URL : https://youtu.be/4UJViREblC4
Format : Analyse financière, ton accessible
Des milliards investis passivement via des ETF sont-ils en train de créer une bulle boursière majeure ? C'est un risque dont on entend de plus en plus parler, notamment avec l'accélération de l'éducation financière et la démocratisation des ETF. John Bogle lui-même, créateur des fonds indiciels, avait prévenu que si tout le monde investissait en fonds indiciel, « ce serait le chaos ». Certains économistes vont jusqu'à dire qu'on est dans « le marché boursier le plus débile de l'histoire ».
Les cours de bourse se fixent normalement via l'offre et la demande : chaque acheteur et vendeur a sa propre analyse de la valeur réelle d'une action. Cela permet de trouver un prix d'équilibre. Avec la gestion passive, les investisseurs achètent sans avis sur la valeur des entreprises, ce qui fausserait ce mécanisme. Résultat potentiel : des actions dont le prix affiché dépasse largement leur valeur intrinsèque.
Les ETF investissent mécaniquement chaque euro reçu dans les entreprises de l'indice, proportionnellement à leur poids. Cela entraîne une concentration des capitaux vers les plus grandes entreprises simplement parce qu'elles sont déjà grandes, ce qui gonfle artificiellement leur cours. L'inclusion dans un indice comme le S&P 500 devient ainsi un facteur de hausse mécanique du prix, indépendant de la qualité fondamentale de l'entreprise.
La hausse continue des prix attire de nouveaux investisseurs vers les ETF. Les bonnes performances suscitent davantage d'afflux de capitaux, ce qui fait mécaniquement monter les prix encore plus haut, attirant à nouveau de nouveaux investisseurs.
La gestion passive est dominée par un nombre très limité d'acteurs de grande taille comme Vanguard et BlackRock, ce qui soulève des questions de risque systémique si l'un de ces acteurs venait à être défaillant.
Michael Green, gestionnaire de portefeuille actif et critique agressif de l'investissement passif, souligne que chaque euro entrant dans un ETF crée de la demande pour les actions sous-jacentes (ex. : Nvidia). L'ETF a donc besoin d'un vendeur. Mais si une grande partie du marché investit passivement, les détenteurs ne vendent pas, ce qui réduit l'offre disponible. Avec une demande forte face à une offre limitée, les prix montent fortement, pouvant créer une spirale haussière.
Selon les statistiques de l'Investment Company Institute :
Ces chiffres ont des limites : l'analyse porte uniquement sur les États-Unis, certains fonds « actifs » se comportent en réalité comme des ETF passifs (tout en facturant des frais actifs), et dans les 70 % restants, il reste une part de passif difficile à isoler. Le consensus est qu'entre 15 et 30 % du marché serait détenu passivement.
Ce niveau reste acceptable : il y a encore suffisamment d'investisseurs actifs pour que le mécanisme de fixation des prix fonctionne correctement.
Lorsque les entreprises publient leurs résultats, on observe toujours des mouvements massifs de cours, des hausses ou baisses de 10 % en une journée pour certaines actions. Cela démontre que le marché intègre encore bien les nouvelles informations sur la performance des entreprises, ce qui ne serait pas le cas si tout le monde était réellement passif.
Grossman et Stiglitz ont montré dans un article de référence que c'est l'opportunité de profit sur les écarts entre prix et valeur intrinsèque qui incite les investisseurs à analyser. Si la gestion passive venait à dominer au point de créer des inefficiences massives, ces inefficiences généreraient des opportunités très rentables pour les actifs, les attirant à nouveau vers le marché. En pratique, il y aura toujours un minimum d'investisseurs actifs assurant une valorisation correcte des actions.
Même dans le scénario extrême d'un marché à 100 % passif (théorique, irréaliste), des opportunités massives se créeraient immédiatement, ramenant des investisseurs actifs.
Acheter une part d'ETF à un autre investisseur ne modifie pas le nombre d'actions sous-jacentes détenues par l'ETF. En revanche, si la demande de parts est forte, le gestionnaire ou le market maker doit créer de nouvelles parts en achetant les actions sous-jacentes (Microsoft, Apple, etc.). À l'inverse, des ventes massives entraînent la destruction de parts via la revente des actions. Tant que les ETF ne détiennent pas la totalité du marché et qu'il reste des investisseurs actifs, ce jeu de l'offre et de la demande fixe les justes prix.
La hausse des cours liée à l'attractivité de la bourse par rapport aux autres classes d'actifs et aux politiques monétaires expansionnistes (quantitative easing) n'est pas une question d'ETF. Elle s'applique à toutes les formes d'investissement en bourse et reflète simplement le fait qu'il y a de plus en plus d'argent dans l'économie.
Beaucoup d'investisseurs utilisent des ETF avec un comportement actif : market timing, achats et ventes en fonction de l'actualité ou de leur analyse de la valorisation générale du S&P 500 ou du MSCI World. Un produit passif utilisé activement contribue aussi à la fixation des prix du marché.
Les investisseurs passifs sont moins réactifs aux nouvelles et aux performances des entreprises, et ont tendance à conserver leurs positions en période de baisse. Cela réduit les retraits massifs en période de stress, ce qui limite la volatilité globale du marché.
Les risques actuels pesant sur la bourse (géopolitique, incertitudes sur le retour sur investissement de l'IA) ne sont pas liés à la problématique ETF. Pour ceux qui souhaitent ajuster leur exposition :
L'investissement passif à long terme reste une solution solide, à condition de conserver un horizon temporel suffisant pour traverser les variations inévitables.