Tadec — Entraîneur emblématique du ping français (
2026-06-16 16 min
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Tadec — Entraîneur emblématique du ping français (interview complète)

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Tadec — Entraîneur emblématique du ping français (interview Partie 1/3 Les débuts : passion et origines polonaises L'arrivée en France : le choc culturel Saint-Égrève : la construction d'un club L'équipe féminine Les joueurs formés La méthode d'entraînement L'école polonaise face à la réalité française Ce qui fait vraiment la différence Détecter les jeunes talents Les livres : deux publications, une philosophie Le livre du Covid Le modèle des quatre paramètres Félix Lebrun vs Alexis Lebrun : deux tempéraments, une même exigence Le travail du service : une priorité que personne ne respecte Les écoles mondiales : la montée en puissance globale La réalité du volume d'entraînement La règle des 10 000 heures La sélection chinoise : un système brutal mais efficace Le tournant Michel Gadal pour le tennis de table français Le modèle de l'entraîneur référent TK Sport : distribuer le matériel pour rester en France Expertise matériel : de l'entraîneur au distributeur Quel matériel pour un débutant ? Matériel adapté aux jeunes joueurs : suite et exemples concrets L'exemple de Johann Bet Anecdote : le colloque des entraîneurs européens

URL : https://youtu.be/_1MK9r73Ltw

Invité : Tadec — entraîneur reconnu en Rhône-Alpes, formateur de joueurs de haut niveau, Saint-Égrève

Format : Interview longue (~40min)


Partie 1/3


Les débuts : passion et origines polonaises

J'ai commencé à 8 ans grâce à mon frère, qui jouait au tennis de table. Un jour je suis parti à l'entraînement avec lui, ça m'a plu. Lui a arrêté au bout d'un moment, moi j'ai continué. Et je continue jusqu'à ma retraite — dans un an.

En Pologne, j'avais de bons résultats en catégories mini, cadet, junior. J'ai participé deux fois au championnat d'Europe junior. Automatiquement, je me suis plongé dans le tennis de table à plus haut niveau.


L'arrivée en France : le choc culturel

Je suis arrivé en France à 28 ans. Je ne parlais pas un mot de français.

Le club de Saint-Égrève me cherchait en Pologne via un échange entre clubs. Ils m'ont proposé de venir comme entraîneur-joueur. À l'époque, j'avais déjà arrêté de jouer en compétition et je travaillais comme entraîneur.

L'anecdote du test : Le club voulait me tester sur leur meilleur joueur, Jacques Lusel, classé 15e, défenseur. Moi, je n'avais pas touché une raquette depuis 8 mois. J'ai pris la raquette, j'ai mis 2-0 à Jacques. Le soir même, les dirigeants me proposaient le poste d'entraîneur-joueur. J'ai accepté.

La première année, je suis venu seul. L'année suivante, ma femme et mon fils m'ont rejoint. Mon fils a terminé ses études ici, arrêté le ping-pong, et vit maintenant en Écosse. Je suis grand-père heureux — un garçon de 9 ans, une fille de 7 ans.

Le choc culturel le plus fort : En Pologne, tous les joueurs que j'entraînais me parlaient en disant "Monsieur Tadec". En France, dès le premier jour, les enfants de 7-8 ans te tapent sur l'épaule et disent "Salut Tadec, comment tu vas ?" J'ai eu un choc, mais on s'adapte vite à la culture française.

Pour la langue, le club m'a inscrit à des cours privés intensifs à Grenoble — 4 heures par jour pendant 3 mois. Au bout de 3 mois, je commençais à parler, à comprendre. Ça fait maintenant 37 ans que je suis en France.


Saint-Égrève : la construction d'un club

L'équipe féminine

Quand je suis arrivé à Saint-Égrève, il n'y avait pas d'équipe féminine. On l'a créée à partir de la division la plus basse possible. On a monté jusqu'en super division, où on a joué 2 ans.

Agath Cos est arrivée au club pendant cette période. On avait le projet de monter une équipe féminine professionnelle. Elle était finaliste au championnat de France seniors avant de rejoindre Saint-Égrève, puis elle est partie à l'ISEP après deux saisons — des propositions financières bien plus intéressantes des clubs de Montpellier.

L'équipe féminine de cette période comprenait :

Les joueurs formés

Parmi les joueurs médaillés au championnat de France, de seniors jusqu'aux benjamins : Nicolas Krien, mon fils, Michaël Samouillon, Patrice Catinho, Stéphanie Jourdan.

Ce qui a fait l'émulation : le club montait chaque année, était l'un des mieux structurés de la région. On récupérait aussi beaucoup d'étudiants qui venaient faire leurs études à Grenoble. Quelques années très intéressantes, même si au bout d'un moment les étudiants terminaient et partaient.

À l'époque, peu de clubs avaient un entraîneur professionnel. On en a profité. La Tranche-sur-le-Chirol était aussi bien structurée, mais avec moins d'entraîneurs.


La méthode d'entraînement

L'école polonaise face à la réalité française

Il n'y a pas de méthode miracle, mais j'étais peut-être plus rigoureux que les entraîneurs français — c'est l'école polonaise, un système plus dur.

Quand je suis arrivé, j'étais joueur professionnel en Pologne, je m'entraînais deux fois par jour depuis 8 ans. Mon président m'a annoncé qu'on allait s'entraîner deux fois par semaine. J'ai cru mal comprendre. Il a répété : mardi et jeudi, deux fois par semaine pour la première équipe de Saint-Égrève.

Je n'arrivais pas à concevoir comment ça pouvait fonctionner.

Avec les jeunes, on s'entraînait évidemment plus que deux fois par semaine. L'entraînement était basé sur la rigueur et beaucoup d'ambition. Mais je n'ai jamais appliqué la méthode polonaise ou russe à la lettre — ça n'aurait pas marché avec des joueurs français.

Ce qui fait vraiment la différence

Ce qui compte, c'est que le joueur sente que l'entraîneur est passionné, qu'il a envie. Quand c'est là, le joueur s'investit. Le problème aujourd'hui, c'est qu'il est de plus en plus difficile de motiver les jeunes à s'entraîner trois ou quatre fois par semaine.

Il y a de nouveaux sports accessibles qui n'existaient pas à l'époque — escalade, padel, golf. Les jeunes essaient, ils progressent, puis quand vient le moment de s'investir vraiment pour aller plus loin, ils abandonnent. Ils n'ont pas forcément l'envie de travailler dur sur la durée. C'est culturel, sociétal.

Au début, je pensais que c'était un problème propre au tennis de table. Finalement, dans tous les sports, c'est pareil.

Détecter les jeunes talents

Je ne me base pas sur un critère unique — il faut avoir le feeling. Mais au bout de 2-3 mois, on voit déjà si un jeune est vraiment motivé, si c'est sa passion. On voit tout de suite s'il aime ou pas.

Quand un joueur aime, on peut aller plus loin : on propose plus d'entraînements individuels, on s'occupe davantage de lui.

Ce que je n'aime pas : travailler avec un jeune qui vient à l'entraînement comme s'il venait à la garderie. On passe beaucoup d'heures avec des joueurs qui n'ont pas envie de jouer. Je comprends l'enjeu financier pour les clubs — les licences, les cotisations — mais moi j'ai toujours préféré travailler avec les joueurs motivés plutôt qu'avec ceux qui viennent juste passer le temps.


Les livres : deux publications, une philosophie

J'ai écrit deux livres — un en 1995, un pendant le Covid. Tous les deux en polonais, parce qu'il y a très peu de publications sur le tennis de table en Pologne. En France, on trouve un peu plus, notamment les ouvrages de Michel Gadal qui sont vraiment intéressants.

Le livre du Covid

Le thème central : la différence entre l'entraînement en Pologne et en France.

En Pologne, l'entraînement est très basé sur la régularité, la répétition. C'est une base solide, et le volume d'entraînement est une chose importante. Mais la qualité compte autant que la quantité.

Mon message aux entraîneurs et joueurs polonais : le tennis de table est un sport de duel. On peut avoir un arsenal technique considérable, mais on ne gagne pas un match sans travailler la tactique, la volonté, le mental.

J'ai aussi calculé les résultats des championnats du monde et jeux olympiques sur 20 ans — les meilleurs Chinois, les meilleurs Européens — pour analyser la domination de la Chine. Aujourd'hui, grâce notamment à Félix Lebrun et Alexis Lebrun, on s'en approche de plus en plus. C'est faisable, à condition que l'entraînement soit basé sur la logique et les bons volumes, avec un fonctionnement qui se professionnalise.

Le modèle des quatre paramètres

Pour moi, un joueur qui joue à un certain niveau a toujours un maillon faible dans cette spirale :

Si un joueur est excellent techniquement, très fort tactiquement, mais pas au niveau physiquement ou mentalement — il joue au niveau de son point faible. Il monte jusqu'à ce maillon-là et pas plus haut.

Mon but avec ce livre n'était pas de donner des leçons, mais d'amener les entraîneurs polonais à se poser la question : est-ce que nos méthodes sont bonnes ? Peut-on travailler différemment ?

L'accueil a été bon — il manquait des publications sur le sujet en Pologne. Je regrette que mes anciens collègues qui ont joué à très bon niveau n'aient pas écrit eux-mêmes comment ils ont atteint ce niveau.

Félix Lebrun vs Alexis Lebrun : deux tempéraments, une même exigence

Félix et Alexis sont deux profils très différents. Alexis est créatif, imprévisible — difficile de le faire panier des balles plus de 5 minutes sans devoir improviser le cours. Félix, lui, est capable de répéter inlassablement le même geste pendant 1h, 2h.

Stéphane Lebrun (leur père) a raconté lors d'un stage d'entraîneurs que Félix s'était fixé très jeune un objectif : être le meilleur serveur du monde. Il a travaillé pour y arriver. Le résultat se voit : en demi-finale contre Lin Shidong (ancien numéro 1 mondial), Félix gagne 11-9 11-9 12-10, avec à chaque set 3 ou 4 points gagnants directs au service et autant de points gagnants parce que l'adversaire remet mal.

Le travail du service : une priorité que personne ne respecte

Le service est le point de départ de tout, mais presque personne ne le travaille sérieusement. En club, même quand tout le monde sait qu'il faut s'entraîner au service, faire une séance de service de 10 minutes relève du miracle. Les exercices à partir du service existent, mais le travail individuel du service seul est quasi inexistant.

Le rôle de l'entraîneur se limite à proposer et à expliquer l'importance du service — il ne peut pas jouer à la place des joueurs. Si un joueur néglige cet aspect, c'est son choix. Mais le travail paye : les heures passées sur le service finissent toujours par se voir en match.

Les écoles mondiales : la montée en puissance globale

Le niveau mondial s'est homogénéisé. Des nations comme l'Égypte, le Nigéria, le Brésil (avec Calderano) ou encore le Portugal et l'Espagne sont désormais compétitives. L'Europe s'est rendu compte qu'il ne suffit pas de "mieux s'entraîner" que les Chinois — le volume d'entraînement reste indispensable pour atteindre certains niveaux.

La réalité du volume d'entraînement

Lors de la rédaction de son livre, l'entraîneur a interviewé une joueuse chinoise vivant en région parisienne. Celle-ci s'entraînait 7h par jour dès la catégorie minime-cadet. En cumulant sur 4 ans, cela représente environ 4 000 heures d'entraînement. Un jeune Français de même catégorie, s'entraînant 2h à 4 fois par semaine, accumule environ 1 000 heures sur la même période.

Face à quelqu'un qui a 4 000 heures de pratique, avoir travaillé "mieux" avec 1 000 heures ne change rien : la différence de volume est insurmontable.

La règle des 10 000 heures

Michel Gadal, alors DTN, avait identifié un point commun à tous les joueurs du top 10 mondial : 10 000 heures d'entraînement minimum. Sans ce volume, l'accès au top 10 n'est pas possible.

La sélection chinoise : un système brutal mais efficace

Une joueuse polonaise, Natalia Partyka (double championne paralympique et championne de Pologne valide), a témoigné d'un stage en Chine : un entraîneur chinois, insatisfait d'une joueuse, lui a donné une gifle et un coup de pied. Choc total pour Natalia. Six mois après, cette même joueuse était championne du monde junior.

En Chine, le système repose sur le volume et une sélection impitoyable : si un joueur se blesse, on prend le suivant. En Europe, ce modèle est inapplicable — et il ne faut pas copier aveuglément, mais adapter intelligemment ce qui fonctionne aux mentalités locales.

Le tournant Michel Gadal pour le tennis de table français

Avant Gadal, si un joueur n'était pas dans une structure fédérale, il ne pouvait pas accéder à l'équipe de France. Un exemple concret : Nicolas Krien, formé en club, s'était qualifié pour le Championnat d'Europe juniors en remportant le Top Terminal (compétition jugée plus difficile que le Championnat de France à l'époque). L'entraîneur national de l'époque lui avait dit : "Tu es là par hasard." Il n'était pas là par hasard — il avait gagné sa place.

Gadal a ouvert la porte : si tu es meilleur, tu joues, peu importe ta structure d'origine. Résultat : la France compte aujourd'hui 7 ou 8 joueurs dans le top mondial. Beaucoup d'entre eux ont pris leur carrière en main en quittant les structures fédérales pour devenir acteurs de leur propre développement.

Le modèle de l'entraîneur référent

Le futur du tennis de table ressemble au tennis : un entraîneur gérant un groupe de 3 à 4 joueurs, accompagnant leur carrière sur le long terme. On voit déjà ce modèle émerger en France avec des structures comme la Team Lebrun ou Côton-Alo. Les joueurs qui s'attachent à un entraîneur référent, qui passe du temps avec eux en dehors des séances (stages, immersion), progressent bien plus vite. La relation de confiance dans la durée est déterminante.

TK Sport : distribuer le matériel pour rester en France

Dans les années 2000, le salaire d'entraîneur en tennis de table en France ne permettait pas de vivre correctement. Tadek Klickovski s'est posé la question : rester en France ou rentrer en Pologne ? Il a fondé TK Sport (Tadek Klickovski Sport), une structure de distribution de matériel, pour équilibrer ses revenus. Le matin : gestion du magasin. L'après-midi : entraîneur à plein temps à Saint-Gratien. Sans TK Sport, il serait reparti en Pologne.

Expertise matériel : de l'entraîneur au distributeur

En tant qu'entraîneur de club, on commande régulièrement le matériel pour ses joueurs — on sait ce dont chacun a besoin. Cela a conduit à des contacts avec les grands fournisseurs, quasi tous basés en Allemagne : Tibhar, Donic, Butterfly, Victas, Stiga, Yasaka (même les marques japonaises ont leurs sièges européens en Allemagne).

La connaissance du matériel couvre désormais toute la gamme : revêtements, bois, tables, chaussures, textiles, bagagerie.

Quel matériel pour un débutant ?

Jean-Pierre Michelon (ancien entraîneur de TTG) a transmis une leçon fondamentale : un débutant n'a pas besoin d'une raquette rapide. Il lui faut un bois avec beaucoup de contrôle — par exemple un Tibhar 4L ou 4S — associé à des revêtements chinois économiques qui accrochent fortement la balle.

L'intérêt des revêtements chinois pour débuter : la balle ne part pas toute seule, le joueur est obligé de produire l'action pour qu'elle avance. Cela force l'acquisition du geste de base. Une fois le geste acquis (au bout d'un à deux ans), on passe aux revêtements européens traditionnels.

Matériel adapté aux jeunes joueurs : suite et exemples concrets

À Saint-Égrève, le travail avec les poussins et benjamins se fait avec Quentin Bouglery. L'approche : des bois spécialement fabriqués avec des manches plus petits, adaptés à la prise en main des enfants. On commence par des revêtements "friendship" pour que les jeunes acquièrent correctement les actions sur la balle — effets, rotations, gestes fondamentaux. Une fois les gestes intégrés, on passe aux revêtements classiques.

L'exemple de Johann Bet

Joueur cadet, classé 25e ou 30e au niveau national, qui ne collait pas ses revêtements. Lors d'un stage de préparation aux Interliges (Équipe Alpes-Dauphiné), il commence à coller. Résultat : performances exceptionnelles à la Semaine des Jeunes, demi-finale aux Championnats de France cadets. L'explication : il avait déjà les bonnes touches de balle, les bonnes actions. La colle a ajouté la vitesse et les sensations — la mayonnaise a pris. Il s'est ensuite qualifié aux Championnats de France seniors et a joué en 16e de finale contre Patrick Chila, alors en équipe de France.

La leçon : d'abord développer les actions sur la balle, les rotations, la technique. Ensuite, le matériel plus puissant fait décoller.


Anecdote : le colloque des entraîneurs européens

Lors de stages communs entre nations européennes (France, ex-Yougoslavie, Belgique, Pologne, Tchécoslovaquie), des colloques d'entraîneurs étaient organisés. À l'un d'eux, l'entraîneur yougoslave Osmanović — qui entraînait Lupulesku, Primorac et d'autres — répond à la question "qu'est-ce qui est le plus important dans le métier d'entraîneur ?" en se touchant le nez :

"Le nez. L'entraîneur doit sentir ce dont le joueur a besoin. La compétence est indispensable, mais sans le nez, on n'arrive à rien. Il faut sentir comment parler avec le joueur, comment il s'entraîne, comment discuter avec lui. Ce sont les petites choses qui font la différence. Sans climat de confiance, on n'arrive pas."


Influences : Michel Gadal

Parmi les entraîneurs les plus marquants, Michel Gadal occupe une place centrale. Tadeusz possède tous ses livres, a participé deux fois à ses colloques d'entraîneurs à Belleville (région lyonnaise). C'est Gadal qui a initié les changements positifs dans la formation en France. Sa vision du tennis de table et sa façon d'aborder le jeu ont fortement influencé l'approche de Tadeusz.


Le coaching : être juste et court

Principes fondamentaux

Le conseil le plus important en coaching : être juste et court avec les joueurs.

En compétition, entre les points, certains entraîneurs — surtout avec les jeunes — parlent deux ou trois minutes et donnent une quantité excessive de conseils. Problème : le joueur ne peut pas tout retenir. Il faut choisir une ou deux choses essentielles, celles qui sautent aux yeux. Si le joueur ne prend pas de risques, ou à l'inverse en prend trop, on signale uniquement ça. Trop de dialogue fait qu'en retournant à la table, le joueur a déjà oublié ce qu'il devait faire.

"Je préfère moins parler et plus travailler en salle. Si tu es bon entraîneur, tes joueurs le prouvent par leurs résultats."

La passion avant tout

Premier critère d'un bon entraîneur : la passion. Quelqu'un de moins compétent mais passionné va apprendre, évoluer, progresser. À l'inverse, un entraîneur compétent mais sans passion — celui qui à 18h02 a déjà son sac dans les mains — n'obtiendra pas de bons résultats. S'il faut rester une demi-heure de plus avec un joueur, on reste.

Gérer les individualités : l'exemple des filles à Saint-Égrève

Lors des saisons où Saint-Égrève était deux fois vice-champion de France cadet féminin par équipes, l'équipe comptait Clara Noyer, Élise, et d'autres joueuses. Tadeusz adaptait son attention selon l'envie du moment : quand Clara venait avec l'envie de s'entraîner, il s'en occupait davantage ; quand Élise avait plus d'appétit, il se tournait vers elle. Résultat inattendu : une légère jalousie entre les filles. Leçon — il faut rester vigilant sur cet équilibre.


Joueurs modèles : l'équipe de Suède et Waldner

L'équipe de Suède des années 1980-1990 — celle qui a battu la Chine — représente pour lui le sommet :

L'entraîneur chinois, interrogé sur le meilleur joueur de l'histoire, aurait répondu : "Waldner avec la balle 38, Ma Long avec la balle 40."


Carrière en Pologne : Andrzej Grubba et le club de Gdańsk

Tadeusz a partagé 8 ans dans le même club qu'Andrzej Grubba. Ils ont été champions de Pologne en double en 2003. Le club de Gdańsk a gagné la Coupe d'Europe en 1985 — l'équivalent de la Ligue des Champions actuelle — et a été sept fois champion de Pologne par équipes.

L'équipe était composée de quatre joueurs : Grubba, Kucharski, Jakubowicz, et Tadeusz. Les trois autres étaient rémunérés par l'État polonais. Tadeusz était le seul à ne pas l'être, faute d'un niveau de classement suffisant pour obtenir une bourse.

La générosité de Grubba

En 2003, avant les Championnats de Pologne seniors, c'est Grubba lui-même qui propose à Tadeusz de jouer le double ensemble — en sachant que si ils gagnent le titre, Tadeusz accédera aux bourses d'État. Initiative des joueurs, pas de Tadeusz qui n'aurait jamais osé le demander. Ils gagnent le championnat de Pologne. Résultat : deux ans de statut de joueur professionnel rémunéré par l'État.

"C'est grâce à lui. On était quatre dans l'équipe, vraiment comme une famille. On s'entraînait deux fois par jour à fond. Quand l'entraîneur n'était pas là, on s'entraînait pareil. Quand on faisait la fête, on la faisait ensemble."

Malheureusement, Grubba est décédé prématurément d'un cancer du poumon, comme Andrzej (un autre coéquipier mentionné).

L'offre manquée

À la fin de sa carrière professionnelle en Allemagne (club de Grenzau), Grubba propose à Tadeusz de revenir en Pologne pour prendre la tête du centre national d'entraînement et de la sélection polonaise. Proposition en 2003 — mais Tadeusz avait déjà signé des crédits bancaires pour ouvrir le magasin Casport. Si l'offre était arrivée un an plus tôt, il serait parti. Il note avec une certaine ironie que Grubba avait déjà un cancer en développement dont il ignorait lui-même l'existence, et est décédé deux ans plus tard.


Retraite et avenir à Saint-Égrève

La retraite prévue au 31 décembre. Après entretien avec son président, Tadeusz propose de rester jusqu'à la fin de la saison suivante si le club ne trouve pas de remplaçant d'ici là. Quoi qu'il arrive, la fin définitive est fixée au 30 juin de la saison suivante.

Après : profiter des petits-enfants, voyager davantage. Mais il restera licencié à Saint-Égrève — le club de son cœur. Il souhaite que le travail engagé avec Quentin Bouglery et les jeunes (benjamins, poussins) se poursuive dans la même direction.

Mes notes

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