URL : https://youtu.be/0ATKjW0g6v8
Podcast : Pink Toky
Invité : Flo — joueur pro, sparring aux JO Paris, doubliste avec Esteban Dorr
Format : Podcast long (~2h)
Florian Bourasso se présente : "Je suis Florian Bourasso, le Bourchaud."
L'interview est enregistrée le 1er mai. Florian rentre d'un gros stage à Nantes avec l'équipe de France pour préparer les championnats du monde par équipes, enchaîné avec une semaine d'entraînement à l'INSEP. Il est en pleine période de prépa.
Il a participé aux tournois d'Asnières et Courbevoie la semaine précédente — deux finales, deux défaites, mais il a pris du plaisir et s'en est servi comme parenthèse avant de repartir à l'entraînement.
L'équipe de France n'a "presque jamais été aussi forte". La Chine reste la Chine mais est moins certaine de gagner à 100 %. Le Japon est dans la course. La France a ses chances — le stage a été d'une vraie intensité, les joueurs ont commencé à se conditionner mentalement : pas juste "on peut gagner" mais "comment on va faire pour gagner". Les risques existent dès les 8es ou quarts, mais l'opportunité est là et ils se sont préparés sérieusement.
Florian est allé en STAPS après le bac, mais s'est mis directement dans le ping. Il n'a jamais eu besoin de travailler à côté — il a pu couvrir le loyer et la nourriture grâce au sport très tôt. Il perd la notion des jours fériés : pour lui, l'année tourne en continu. Il s'est entraîné le matin même du 1er mai.
Il ne ferme pas la porte à découvrir un autre travail plus tard, mais pour l'instant aucun regret.
Il y a une dizaine d'années, c'est le grand-père de Florian qui filmait tout — repas de famille, compétitions de ping, depuis les tribunes, à l'arrache. Les premières vidéos ont commencé comme ça, pour garder des souvenirs entre eux.
Florian a reçu une caméra à Noël et a commencé à filmer ses propres matchs au Pôle France à Nantes, les regardait avec son père, puis les postaient sur YouTube — sans montage, du ping pur. À l'époque, il était classé autour de 200e ou 300e français.
La chaîne a grandi progressivement. Avec elle sont arrivés les haters : "Pour qui il se prend ?" — parce qu'il s'encourageait fort, parfois se plaignait, et le ping n'était pas encore démocratisé. Ça l'a affecté un temps, puis il a compris qu'on ne peut pas plaire à tout le monde et s'est concentré sur lui-même.
Son père a continué à alimenter la chaîne, puis Florian a repris en commençant à faire des vlogs avec des insides.
Sur la continuité : il aimerait avoir quelqu'un qui le suit en permanence et filme, mais ça demande du temps et il ne veut pas que ça affecte ses performances. Il fait donc sans prise de tête. Il est aussi un gros consommateur de contenu ping sur YouTube — il regarde tout, même des matchs de régional.
Chaînes citées : Beast Mode On, Pink Toky, Loy Sport, les frères Kiros, Wangeping, WiePing, Enzo Anglaise, Ibadio, Monkey Pong (avec qui il a fait un gros documentaire sur les championnats du monde).
Florian vient de Chanos-Curson. Il est l'aîné de trois enfants. Son père jouait au ping — classé 17e au meilleur de sa forme, niveau régional. Sa mère travaillait le samedi, donc son père les embarquait tous aux matchs. Vers 7 ans, Florian prend sa première licence au club de Méseria, à 7 minutes de son village.
La relation avec son père s'est construite autour du ping : au début, le père le coachait et donnait des conseils, puis il a laissé la place aux entraîneurs. Aujourd'hui, son père reste une voix consultée pour les choix de club et d'entraînement — pas décisionnaire, mais son avis compte. Ils se parlent encore le dimanche matin pour commenter les résultats de Régionale 2, de National 3, ou une "perle de machin". La mère et les frères et sœurs suivent aussi, mais avec moins de contexte.
Un moment marquant dans cette progression : le jour où son père refuse de jouer en double avec lui parce qu'il sait qu'il va perdre.
Le club de Méseria était en développement, avec beaucoup de jeunes entraîneurs et joueurs qui aidaient. Un joueur de l'équipe première, Maxime, étudiant en STAPS, servait de cobayes pour leur donner un peu de prépa physique. Trois entraîneurs structurants :
Florian revient systématiquement aux tournois de son premier club. Tous les joueurs avec qui il a progressé — 5 à 10 ans de plus que lui à l'époque — sont encore là. "Quand j'y retourne, c'est que des gens avec qui j'ai grandi."
Quand on lui demande ses objectifs, alors que tous les autres gamins du groupe parlent de championnats d'Europe, du monde, des Jeux Olympiques — Florian répond : "Si je suis dans les 1000 premiers français, c'est exceptionnel."
Il avait 11-12 ans. Sa logique : d'abord les 1000, ensuite on verra. Il n'a jamais eu l'instinct de viser directement le titre olympique. Petit à petit, une étape après l'autre.
Résultat : il est le seul de tout ce groupe à être finalement entré dans les 1000 premiers français.
Florian passe de 1920 à 700 au classement mondial en une seule journée de compétition, ce qui le rend euphorique. En Benjamin, il est classé environ 8e série nationale, termine 12e ou 13e à l'année. Au championnat de France, il devait affronter Julien Roland (tête de série dans les quatre) mais ce dernier perd avant. Florian enchaîne les matchs, atteint les quarts, les gagne, puis se retrouve en demi-finale contre le numéro 2 français, Joris Renault. Il mène 2-1 (scores approximatifs 11-7, 3-1 genre) puis quelque chose se bloque dans son corps. Il perd alors qu'il était proche de la finale. Il repart avec la médaille de bronze, ce qui lui vaut un petit contrat avec ATT — des maillots de ping qui lui arrivaient aux genoux.
En minime 1, rien de marquant. En minime 2, il intègre le pôle espoir à Lyon. Grande rupture : il est attaché à sa famille, sa mère vit très mal la séparation, son frère et sa sœur aussi. Lui, la première année, le vit plutôt bien. Il passe du classement 15 à 17-18, soit 200-300 points gagnés. Il décroche une médaille d'argent en double au championnat de France minime 2 avec Joris, mais sort de poule en simple alors qu'il était tête de série dans les 16. Il pensait pouvoir entrer au pôle France cadet à Nantes pour suivre Joris, mais n'avait pas le niveau.
L'année de KD1 (4e, environ 13-14 ans) est la plus difficile. Il rentre tous les week-ends mais un sur deux il y a match. Il voit à peine son frère et sa sœur. Le lundi matin, lever à 5h pour rejoindre le collège depuis Lyon (1h de trajet). Il passe de 19 à 18 au classement, un recul. L'école se dégrade : avertissements de travail et de comportement. Deux entraîneurs en conflit au pôle, lui au milieu. Il se sent complètement perdu.
Avec Michel, son entraîneur (qui deviendra aussi son préparateur mental), ils discutent longuement. Florian pose même la raquette pendant une semaine. Ce qui le raccroche : un stage en Chine prévu en fin de saison avec les meilleurs joueurs de la ligue Grénalpe. Il était éligible mais risquait d'en être exclu. Il se remobilise, refait une bonne saison et y participe.
Premier grand voyage à 14 ans. Il découvre la pauvreté, la nourriture difficile, la chaleur. Les joueurs chinois ont des sauts de balles entiers là où en France il se plaignait de faire 15 balles au panier. Prise de conscience immédiate. Il rentre transformé : explosion sportive. Il passe de 19 à 700, puis 300 en un an. Médaille de bronze au championnat de France, médaille en double également. La fédération lui propose d'aller au pôle France cadet à Nantes — bien qu'il soit junior — comme alternative de qualité. Il se sent enfin à sa place.
Dans les vidéos YouTube actuelles, Florian apparaît comme un guerrier à la table. Ce n'était pas inné. Avant, dès que le match se serrait, il se refermait, tremblait, baissait la tête, parfois pleurait en cours de match. Il reconnaît qu'on pouvait "marcher dessus assez facilement".
Le tournant : un matin à Nantes, il se réveille, se regarde dans le miroir et se sent bien dans son corps. Il commence à utiliser ça systématiquement — se dire chaque matin qu'il se sent bien, s'envoyer des signaux positifs. Ce qu'il appelle "apprendre à aimer son corps". Il distingue nettement confiance et boulard (arrogance). Ensuite vient le côté "ne pas lâcher", puis "vouloir gagner maintenant" : les deux facettes du fighter se construisent progressivement, avec des outils très simples de préparation mentale.
Depuis l'enfance, les retours négatifs fusent : mauvais coup de revers, pas le bon physique pour le ping, il n'arrivera jamais. Certains lui sont dits directement, d'autres passent par ses entraîneurs qui les adoucissent. Il le ressent mais ne mesure l'ampleur que plus tard. À chaque palier — entrée à Nantes, début en pro — les mêmes voix : "il n'a rien à faire là". Il finit par s'en nourrir. Il invite les critiques : "Critiquez-moi, ça veut dire que vous pensez à moi."
Il estime que sans ces critiques, il aurait pu s'asseoir sur ses acquis et arrêter le ping. La personne qu'il est devenu, le niveau qu'il a atteint, c'est en partie grâce à ça.
Avant, il est "monsieur tout le monde" : un peu de revers, un peu de coup droit, sans profil marqué. À 21 ans, il n'a toujours pas de revers établi. Avec son staff, il travaille à identifier ses points forts physiques — puissance, relâchement, force des jambes — et construit son jeu autour d'eux. Les points faibles sont entretenus mais ne sont plus la priorité. Ce travail d'identité de jeu se fait principalement après 20 ans.
En cadet et junior, il oscille entre la 6e et la 8e place nationale. Les équipes sélectionnées sont de quatre joueurs. Il fait une médaille de bronze en junior 1 (J1) au championnat de France, notamment grâce à un match légendaire où il est mené 3-0 (sets) et 0-11 dans le quatrième set, remonte à 11-11 et finit par gagner 4-3. Aucune sélection fédérale ne suit.
Ses premiers championnats d'Europe ont lieu en 2024, en sénior. Ses premiers championnats du monde en 2025.
Facteur aggravant : faute de budget, il ne fait pas les tournois internationaux juniors (US Contender, etc.) que les autres pratiquent. Il fait l'Open de France et l'Open de Belgique, c'est tout. La fédération se base sur les résultats internationaux pour sélectionner — il n'en a pas.
Depuis jeune, il fait attention au sommeil, à l'alimentation (sa mère cuisinait bien, pas de fast food), à l'hydratation, aux étirements (5-10 minutes en fin de séance). Un jeune préparateur physique présent au pôle, très attentif à son corps, l'inspire. À l'internat, les téléphones sont rendus à 21h — pas d'écran le soir. Les matchs de foot, ils les écoutaient à la radio.
Il résume : sommeil, alimentation, entraînement, eau, étirements. Des 5-10 minutes supplémentaires par jour qui font la différence sur le long terme. Aujourd'hui il consacre 20 minutes à l'échauffement et 10-15 minutes aux étirements — parce que c'est son métier et qu'il en a le temps.
Le joueur structure son entraînement autour d'une vision à 5-6 ans : atteindre son meilleur niveau, qu'il estime ne pas avoir encore atteint. Chaque cycle dure environ 3 mois, avec une réévaluation à la fin : continuer, affiner ou changer de cap. Même logique pour le travail physique.
Il est actuellement dans une période d'entraînement intensive de 5-6 semaines, la plus longue depuis 2-3 ans, les tournois et les matchs de Pro habituellement morcelant le calendrier.
La méthode d'entraînement ne se transpose pas mécaniquement en match. Exemple concret : il travaille en ce moment intensément le flip revers, mais en match, il ne le force pas. Si le coup n'est pas nécessaire pour gagner, il ne le joue pas — faire un flip inutile, c'est offrir un point à l'adversaire. L'échauffement peut encore être orienté entraînement, mais dès le premier point, le mode bascule : jouer juste, jouer pour gagner.
Il accepte d'arriver en match fatigué lors des grosses périodes de préparation. Ce n'est pas un problème : il donnera tout, mais ne sera pas à 100 %. La vision long terme prime sur le résultat immédiat.
Lors d'un stage en Chine, l'équipe faisait des tours de piste avec des exigences de vitesse croissante. Lui n'a jamais été à l'aise en course — mauvais appuis, cardio limité. L'entraîneur chinois, le voyant en difficulté, est allé trouver son coach Michel pour lui demander si le joueur n'était pas qualifié pour les Jeux paralympiques.
Son coach Michel lui a transmis la remarque avec un franc-parler : "T'as vu l'entraîneur, il pense que tu peux jouer les Jeux paralympiques." Il l'a très mal pris — honte immédiate, d'autant que les Chinois présents étaient de haut niveau. À partir de là, à chaque séance de course, son coach lui disait : "Pense à l'entraîneur chinois." Ce déclencheur a fonctionné comme motivation.
Il a effectué deux séjours en Chine :
Constat sur les joueurs chinois de niveau intermédiaire : leur volume d'entraînement est si élevé que leur technique reste propre même en fin de séance. Côté français, la fatigue dégrade la technique. En match, il pouvait les battre, mais à l'entraînement, le volume chinois prenait le dessus.
Les salles : immenses, drapeaux partout, sol protégé (interdiction de marcher avec des chaussures de ville), plots de nettoyage entre les tables.
Ce qu'il a aimé : le volume de travail, les conditions d'entraînement exigeantes, la rigueur technique, l'objectif de perfection gestuelle.
Ce qu'il n'a pas aimé : l'absence d'individualisation. Tout le monde fait les mêmes exercices, indépendamment du profil. Un joueur dominant en revers fera quand même 100 % de coups droits. La logique chinoise fonctionne parce qu'ils ont des centaines de milliers de joueurs de haut niveau — si l'un ne s'adapte pas, le suivant prendra sa place. En France, ce n'est pas viable : la personnalisation est nécessaire pour maximiser les chances de chaque joueur.
Il note qu'il y a 10-15 ans, la France copiait aussi cette méthode (exercices répétitifs de coup droit sur toute la table). Selon lui, c'est probablement l'une des causes des nombreuses blessures observées à cette époque. Aujourd'hui, la France s'est différenciée — et c'est précisément en ne copiant pas les Chinois qu'on peut espérer les battre.
Sur la densité chinoise : Fan Zhendong estimait qu'ils pouvaient placer 1000 joueurs dans le top 100 mondial. Lui pense que 30 à 50 joueurs chinois sont clairement de niveau top 100, et que même les joueurs du groupe A des championnats de Chine seraient capables d'y figurer.
Bilan jusqu'à l'an dernier : 5 Chinois joués, 5 défaites. Cette année : 2 ou 3 victoires contre des Chinois. Satisfaction réelle.
Après 3 ans au Pôle France de Nantes, il avait fait une demande pour l'INSEP — refus. Il s'est orienté vers Metz, dont le centre d'entraînement commençait à se professionnaliser, et où il pouvait suivre des études STAPS en parallèle.
Il reste d'abord licencié à Creuse (N1) tout en s'entraînant à Metz. C'est là qu'il commence à travailler son identité de jeu avec son entraîneur Nathanaël Molin : identifier ses qualités, construire un style, se professionnaliser vraiment. Il réalise à ce moment qu'il était encore loin du niveau pro alors qu'il le croyait déjà acquis.
Classement à l'arrivée à Metz : environ 120e français.
Un rêve qui se réalise. Il entre dans le grand bain contre Jules Roland, qui avait déjà 1-2 ans de Pro. Défaite 3-0, l'équipe perd aussi. Mais le souvenir est fort : un t-shirt souvenir fait par un ami, la sensation d'appartenir enfin à ce niveau. "Je sens que c'est le début d'une grande aventure."
En fin de saison : 2 victoires en 8-9 matchs. Il passe dans le top 100 français (parti de 120e). Ces petites étapes ont compté autant que les grandes : première victoire en Pro, entrée dans le top 100, franchissement des 3000 points.
Fonctionner étape par étape lui a permis de ne pas se noyer sous le poids d'un objectif lointain. "Si je me dis 'je vais être champion du monde', c'est loin. Mais si je découpe, c'est atteignable pas à pas." Cette approche s'applique aussi bien au ping qu'à la construction de carrière.
Pour se consacrer à 100 % au ping (et arrêter les études), il a négocié avec ses parents : un an et demi à fond dans le ping, sans filet. Si ça ne passait pas pro, retour aux études. Résultat : il a passé le cap.
Premier contrat à Metz : logement pris en charge par le club + 300 € par mois. Contrats annuels à 3000 € au total. Ses parents ont arrêté de l'aider financièrement dès qu'il est devenu pro — leur logique : "Tu veux le ping, tu te débrouilles." Il ne le vit pas comme un abandon, plutôt comme un coup de pied supplémentaire. Ils auraient aidé en cas de vraie détresse, mais le principe était posé.
Deux ans après ses débuts, Metz fait face à un arbitrage budgétaire : conserver l'équipe féminine de Pro ou l'équipe masculine. Choix : les femmes.
La nouvelle tombe mi-août, à quelques semaines du début du championnat (10 septembre). Réunion dans le bureau avec le directeur et la présidente. Dorian Nicole était déjà là en larmes quand il est arrivé. Esteban était déjà parti vers Pontoise. Lui était encore au club.
(La suite du récit est dans le chunk suivant.)
L'équipe pro de Metz est coupée. Les filles, qui venaient de faire une demi-finale de Ligue des Champions et d'être championnes de France, sont maintenues. Lui rentre chez lui, appelle son père, s'effondre au sol en larmes. Il était à deux doigts de signer son premier contrat professionnel, avait son appartement — et là, une goutte de trop. Plusieurs jours à digérer. Il décide de rester en France et part à Lille pour jouer en club, tout en s'entraînant à Montpellier.
Il avait déjà fait des stages là-bas, s'entendait bien avec les gens. Stéphane Lebrun (le père d'Alexis et Félix) était présent, ainsi que Vincent Avril comme entraîneur. Alexis était autour du top 40-50 mondial, Félix autour du top 80-100. Ça s'est fait naturellement : "si t'aimes pas, t'as pas besoin de rester."
Metz était un centre réservé au haut niveau — calme, spacieux, conditions optimales. Montpellier, c'est un club ordinaire : on partage la salle avec les écoles, les étudiants, tout le monde. La salle est plus bruyante, plus serrée, parfois quatre ou cinq tables par travée.
Ce qui prime à Montpellier, c'est la quantité de matchs. Les frères Lebrun ont grandi dans cette culture — jouer tout le temps, depuis toujours. Ça dure depuis 20 ans dans cette salle.
Une génération 2000-2001 arrive à maturité — environ dix Français dans le top 100. Joé s'est beaucoup blessé mais a retrouvé son niveau autour du top 50 aux Jeux de Paris. Les Lebrun ont montré que c'était possible. "Les places en équipe de France n'ont jamais été aussi chères" — à ce classement-là, il serait numéro 10 français, loin de Tokyo. La barre est montée, et ça tire tout le monde vers le haut.
Félix : reconnu dans la rue toutes les deux minutes à Montpellier. Alexis pareil. Parfois confondu l'un avec l'autre. "Ah, ça va Félix ?" dit à Alexis. Ce sont de vraies stars. Et ce sont aussi des passionnés complets — Félix regarde les résultats de tournois locaux, suit les chaînes YouTube, les réels Instagram de ping. Il doit parfois être interdit de salle pour se forcer à se reposer. Il se dessinait sur le podium des Jeux à 7 ou 8 ans. Aujourd'hui numéro 4 mondial.
Il fait le doublé : toute la préparation avec l'équipe de France (Stéphane Gauthier gaucher et Rémi Bétula pour la défense), puis sparring avec le Luxembourg (Lucas Lucanovic, Sarah de Nutte, Nick Alian — doyenne du tournoi). Il obtient son accréditation, assiste à tous les matchs, passe deux nuits dans le village olympique avant le début des compétitions.
Dans le village : Nadal, Alcaraz, Sinner, Antoine Dupont, Karabatic. "Tout le monde est super heureux d'être là. C'est joyeux. Ça danse dans tous les coins, ça échange des pins, ça fait des photos tout le temps."
Première médaille individuelle de Félix : petit pot entre joueurs, assez calme car le tournoi par équipes commençait le lendemain. La demi-finale par équipes perdue (place 3-4) : un moment de spectateur comme il n'en avait jamais vécu. Puis la victoire, la médaille de bronze par équipes avec Alexis, Simon et Jules. "La fête d'une vie." Il a pu tenir la médaille dans ses mains. "Je peux pas faire mieux."
L'audience explosait en direct : Félix gagnait 30 à 40 000 abonnés par jour, pour dépasser les 300 000. Des joueurs NBA moins suivis que lui. "Dans la salle, il se passait un truc." Le public français, patriote, adoptait Félix — "le petit blondinet à lunettes qui fait du sport de haut niveau, ça n'existe pas." Depuis, dans tous les clubs, une explosion des effectifs. À Montpellier, un joueur sur cinq porte des lunettes là où il n'y en avait qu'un par salle avant.
Grand fan d'Ovtcharov depuis toujours — son poster dans la chambre. Un jour, Ovtcharov lui envoie un message directement (il avait récupéré son numéro) pour s'entraîner ensemble lors des Champions à Montpellier. Il signe "Dima". Le temps de réaliser. Mais ce jour-là, c'est la priorité équipe de France, et Alexis se cale dans son programme. Il doit décliner. "J'étais dégoûté." La première fois qu'il l'avait croisé en vrai : "son aura m'a traversé."
Lors de la célébration de la victoire aux championnats du monde, Esteban se met à terre. Flo pense d'abord à une blessure bénigne — lui-même s'est éraflé le genou sur le tapflex lors de la fête. Mais Esteban lui dit : "Je crois que je l'ai croisé." Flo devient blanc.
La scène dans la chambre : Esteban dans le lit, il pose le premier pied par terre, ça passe. Le deuxième ne touche pas le sol. Scanner confirmé : ménisque pété.
Flo est au fond du trou pendant dix minutes. Puis il relativise : la médaille est là, ils ont gagné ensemble, "ça aurait pu être moi", et Esteban va être out un moment. Il remonte sur le podium et reçoit la médaille.
Contexte supplémentaire : pendant ce temps, Félix joue son match contre Angon et perd. Tout le staff est au fond.
Flo qualifie sa médaille de "médaille du peuple" — et ça le fait rire lui-même quand il le dit. Sa lecture :
Il rappelle qu'ils sont environ 5 ou 6 Français dans l'histoire du ping à avoir une médaille aux championnats du monde. Birochaud lui envoie un message : "Bienvenue dans le club très fermé."
Référence : Eloïs Chila, Génèr — les rares médaillés français.
Lien avec les débuts : en cadet 1, il faisait 18-19 au classement français. Des années plus tard, médaille aux championnats du monde. "Tu peux pas savoir ce qui t'attend dans la vie."
Message aux entraîneurs : ne pas backsetter un joueur trop tôt, on ne sait pas ce qu'il vit, on ne sait pas où il en est.
Les célébrations se préparent cinq minutes avant le match — volontairement pas trop tôt, pour ne pas impacter la performance. L'objectif premier reste de gagner.
L'idée est venue à l'entraînement : ils commencent à célébrer à l'entraînement, puis l'ont transposé en compétition. Danses, saltos, saut de mouton. L'intention : démocratiser l'image du sport, faire vibrer le public dans un sport très point-par-point.
La fusion au Japon : préparée à l'échauffement, deux heures et demie avant le match, devant un miroir. Flo avait une autre idée, Esteban lui propose la fusion. Ils répètent les pas. Résultat : des ramasseurs de balles japonais reproduisent le geste pendant le match. De retour en France, des jeunes font la fusion. "Elle était légendaire."
Revers de la médaille : certains adversaires commencent à penser à leur célébration et perdent le match. "Une bonne célébration, c'est naturel."
Après la blessure d'Esteban, ils reprennent :
Les automatismes sont revenus. Flo note qu'il a lui-même progressé en simple pendant cette période. Sur Esteban : "Il revient bien physiquement mais il n'est pas encore au niveau qu'il avait au championnat du monde."
Il n'y a qu'une seule place en double masculin aux JO. Les concurrents directs : Alexis et Félix (Lebrun). Le plan n'est pas encore formalisé.
Priorités immédiates :
Sur la rivalité avec les Lebrun : "Au pire, il faudra leur faire peur — ça les fera aussi progresser eux."
Flo est rentré dans le top 100 mondial. Prochaine étape visée : top 50. Objectif ultime : intégrer l'équipe de France en simple, ce qui nécessite d'être minimum top 20 mondial.
Il tempère sur les classements : le top 100 d'aujourd'hui est nettement plus fort que celui d'il y a un an. Plus de joueurs, plus de moyens, plus de compétitions WTT.
Flo est très attaché au championnat de France pro, même s'il est peu médiatisé. Son club joue près de chez ses parents — il revoit sa famille. Cette saison : 14 victoires en pro, contre 7 la saison précédente. Son meilleur ratio. Il bat notamment Rouna en début d'année.
Son club finit 5e, éliminé des play-offs à 3 points de la 4e place, à égalité avec Montpellier et Exceo, départagé à la différence de points de rencontres sur 18 matchs.
Bonne performance aux championnats d'Europe. Garder le feu et la passion. Être en bonne santé. Faire le show — il prend le micro sur ses matchs de pro, chante, danse. "J'essaie de donner du kiff et d'en recevoir."
Il se décrit comme devenu extraverti progressivement depuis ses 20 ans. "C'est pas un rôle que je joue, c'est le Bourchard."
Bruno Paretti. "Celui qui a beaucoup d'anecdotes. Il est très fou, mais c'est possible."