Crème solaire : j’enquête sur un scandale de santé
2026-07-09 22 min
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Crème solaire : j’enquête sur un scandale de santé publique

URL : https://youtu.be/l__zQa_DKiw

En France, les cas de cancer de la peau ont plus que triplé depuis 1990. Pourtant, on n' jamais utilisé autant de crème solaire qu'aujourd'hui. C'est ce qu'on appelle le paradoxe de la crème solaire. Et si ce geste que l'on pense indispensable pour notre santé était en fait inefficace ? L'affichage du SPF 50 sur le packaging est mensongé. Il y a aucun moyen pour le contrôle des produits solaires. Les autorités de santé partent du principe que tous les produits qui sont sur le marché sont de bonne qualité. C'est presque l'été et par réflexe, on va tous s'en tartiner généreusement avant de s'exposer. Parce qu'on le sait tous, la crème solaire protège des coups de soleil. Elle prévient le vieillissement de la peau, que tu sois mat ou blanc comme un cachet d'aspirine d'ailleurs. Mais surtout, elle protège aussi des cancers de la peau. Sauf qu'en creusant le sujet, je suis tombé sur plusieurs études assez affolantes. Selon cette métaanalyse qui met en commun les données de plusieurs dizaines d'études auprès de plus de 300000 participants, les chercheurs n'ont pas pu confirmer que la crème solaire nous protège efficacement contre le mélanome, c'est-à-dire le type de cancer qui tue le plus. C'est quand même ballot. Alors, est-ce qu'on nous mens sur l'efficacité réelle de ces produits ? Quelle est la responsabilité des industriels et des autorités de santé ? Et surtout, que faut-il faire ? J'ai mené l'enquête et vous allez voir que c'est assez explosif. Pour commencer cette enquête, j'ai d'abord voulu comprendre notre rapport à la crème solaire et pour ça, rien de mieux qu'un bon vieux microtoltoir. Allez, venez avec moi. Est-ce que vous mettez de la crème solaire et est-ce que vous pensez que ça protège bien ? Je mets de la crème solaire et je pense que ça protège ben ça protège des UV donc des risques de cancer. Est-ce que c'est un effet ? Ouais, je pense que je pense que ça fonctionne bien. Ouais, ça protège des dommages euh des coups de soleil qui peuvent entraîner le cancer. Je pense qu'on peut le dire au vu des réponses qu'on a récolté. La crème solaire a très bonne réputation. Mais avant d'aller plus loin dans notre enquête pour vérifier si c'est mérité, laisse-moi t'en dire un peu plus sur son fonctionnement. Je te présente l'ennemi numéro 1 de ta peau en été, les rayons UV. Le soleil, ça peut être vraiment dangereux et c'est pas moi qui le dit, mais l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé qui classe les rayons UV comme cancérigène certains depuis 2009. C'est-à-dire qu'il n'y a absolument aucun doute, s'exposer au soleil sans protection augmente significativement les chances de développer un cancer de la peau au cours de sa vie. Les UV sont d'ailleurs responsables à eux seuls de 80 % des cancers de la peau. Pour te la faire rapide, le soleil émet des rayons invisibles appelés ultraviolets UV donc situé ici dans le spectre de la lumière. Ils sont classés en trois catégories. Les UVC qui heureusement sont entièrement bloqués par la couche d'ozone, les UVB et les UVA. Le problème c'est que plus un rayonnement a une longueur d'onde courte, plus l'énergie qu'il transporte est forte et donc dangereuse pour notre santé. Les UVB attaquent la couche supérieure de la peau, l'épiderme. Ils provoquent des réactions inflammatoires et des dommages dans l'ADN de tes cellules. Ce sont les plus cancérigènes. Ils sont principalement responsables des coups de soleil qui sont, je le rappelle, littéralement des brûlures. Les UVA moins agressifs pénètrent plus profondément dans le derme et l'hypoderme. C'est principalement eux qui te font bronzer de façon immédiate, mais ils sont également responsables du vieillissement prématuré de la peau et jouent un rôle clair dans le développement et la propagation des cancers. Bref, abuser des UV, c'est clairement pas top pour la santé. D'ailleurs, soyons précis, il existe plusieurs types de cancers de la peau. Le carcinome basocellulaire, le plus commun de tous, qui s'attaque aux cellules basales de l'épiderme, le carcinome spinocellulaire ou épidermoïde qui va toucher les kératinocytes. Et enfin, le mélanome qui s'attaque au mélanocytte, il peut métastaser et se diffuser dans tout le corps via le système sanguin. Donc celui-là, il est vraiment très dangereux. Pour te donner une idée, les carcinomes représentent 90 % des cas de cancers de la peau détectés en France. Ils sont généralement bien traités et pas mortels. Par contre, le mélanome a causé 1980 décès en France, rien qu'en 2018 selon l'Institut national du cancer. Aussi, et c'est important de le rappeler, on n'est pas tous égaux face au soleil. Il y a différents photypes de peau qui te rendent plus ou moins sensibles au rayons UV et ça ça va directement influencer les probabilités de développer un cancer de la peau. Par exemple, moi avec ma peau de requin et mes yeux clairs, il faut que je me protège plus que quelqu'un qui a la peau naturellement foncée. Mais attention, ça ne veut pas dire qu'un phototype mat peut s'exposer sans limite. L'UV reste un facteur de risque pour tout le monde et surtout les cancers de la peau chez les personnes à peau foncé sont souvent détectés plus tard parce que personne ne s'y attend, ce qui les rend bien plus dangereux. Enfin, autre notion importante, la dangerosité d'exposition au soleil dépend de l'intensité des rayons solaires. Et ça, ça varie en fonction de où tu es sur terre et de la période de l'année. On appelle ça l'indice UV, une échelle définie par l'OMS qui va de 1 où le risque est minime à 11 plus où ça chauffe sévère. En bref, s'exposer en plein été sous les tropiques, c'est différent d'une balade dans les plaines normandes à l'automne. Bon, maintenant qu'on sait tout ça, comment est-ce que les crèmes solaires bloquent les UV ? Avec des filtres tout simplement. Il existe deux types de filtres UV sur le marché. les filtres organiques d'un côté et les filtres minéraux de l'autre. La principale différence entre les deux, c'est leur mode de fonctionnement. Les filtres organiques, aussi appelés filtres chimique, sont invisibles et absorbent les rayons UV. Les filtres minéraux, eux, forment une sorte d'écran blanc sur la peau et réfléchissent les UV. Il existe une trentaine de filtres UV autorisés en Europe, listés dans l'annexe 6 du règlement sur les cosmétiques européens. 28 filtres organiques et seulement deux minéraux, l'oxyde de zing et le dioxyde de titane. Alors, lesquels sont les plus efficaces ? Pour le savoir, on s'est rendu dans un laboratoire indépendant de la faculté de pharmacie de Nantes pour tester quelques produits. Céline Couteau et Laurence Coiffard sont docteur en pharmacie spécialisé en cosmétologie et photoprotection topique. En d'autres mots, ce sont des expertes de la crème solaire. Et d'ailleurs, tu t'en doutes ? aller interviewer des experts, rémunérer des journalistes et faire tout ce [musique] travail d'enquête de façon indépendante pour t'aider à protéger ta santé, ça a forcément un coût. Mais bonne nouvelle, tu peux nous aider à financer tout ça tout en faisant des économies sur tes voyages en train. Tu trouveras plus d'infos en description. Et maintenant, retour à Nant, direction le [musique] laboratoire pour tester plusieurs produits et notamment le lait solaire de Carby, une marque bretonne qui formule une gamme minérale et bio. Donc voici notre substrat. sont des plaques de PMMA avec une face rugueuse sur lequel je vais déposer ma [musique] crème. Et je vais déposer environ 50 mg de crème. Voilà. Ensuite, je prends un doitier et je vais étaler uniformément la crème sur la plaque. Donc ensuite, je prends ma plaque et je vais la passer au lapse fer. Je place ma plaque et là je vais faire neuf points comme indiqué ici. Là, on va faire la détermination du bah du SPF invitro. Oui. Le SPF Sun Protection Factor ou facteur de protection solaire en français est un indicateur qui permet de savoir quel pourcentage du VB la crème laisse passer. L'équation est simple, un par indice SPF. Du coup, un SPF de 50 laisse passer 2 % des UVB, un SPF de 30, c'est 3, %, un SPF de 20, 5 %, [musique] et cetera. On pourrait penser que ça ne fait pas beaucoup de différence, mais si cette différence est capitale parce que ce n'est pas une protection linéaire. Chaque pourcentage du V filtré compte. [musique] Vous voyez, pour un lait solaire minéral affiché à 50, nous obtenons une valeur moyenne 5. L'affichage du SPF 50 sur le packaging est mensongé. Nous testons les solaires, notamment les solaires des crèmes minérales et nous obtenons euh très rarement de bons résultats. Et celle-ci, je l'ai testé plusieurs fois et je n'ai jamais dépassé un SPF de 10. [musique] La marque Carby a évolué avec le temps. Lancée en 2021 avec des crèmes solaires entièrement bio et minérales. La marque a récemment développé une nouvelle formule pour son spray solaire hydraglo avec un SPF 50 plus qui lui contient des filtres organiques et que nous avons aussi pu tester. Vous voyez, [musique] on est à 50 28 en SPF et 155 dans l'UVA. Les résultats de ce produit sont donc bien meilleurs, mais notons quand même que pour pouvoir afficher un SPF 50 plus sur son packaging, la réglementation impose un indice de 60 au minimum. Et ce n'est pas le seul problème que pointe la technicienne formulatrice. Alors, il faut savoir que dans la réglementation, il faut un ratio SPFUVA inférieur ou [musique] égal à 3. Et là, si on calcule, on n'est pas dedans. Entre le 50 28 en [musique] SPF et 155 dans l'UVA. Donc ce produit certes sort à 50, mais euh le ratio n'estant pas bon, il n'est pas conforme au vu de la réglementation. On décide de faire un dernier test, cette fois-ci avec un produit des laboratoires dermatologiques Aderma, une crème solaire conventionnelle avec des filtres UV organiques. Alors, voici Laad Derma, très bon produit, très bon produit dans le solaire puisque même celui de cette année avec un affichage de 50 plus, nous le sortons à 647. Donc nous validons à 100 % puisque vous affichez un 50 plus, il faut obtenir un résultat supérieur ou [musique] égal à 60. Donc là, on est complètement dedans. Mais alors, comment expliquer un tel décalage ? Pour Céline Couteau, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Les résultats qu'on a obtenu avec les produits Kirby, c'est des résultats qu'on observe couramment avec tous les produits minéraux. Enfin, donc il y a rien de spécifique à Kerbi. On sait que tous les produits minéraux qui sont formulés à base d'oxyde de zinc donnent des résultats qui sont de l'ordre de 5 à 10. Donc là, il y a pas de surprise. Dans le domaine du conventionnel, on peut avoir de bons résultats comme de moins bons. Donc ce qu'on peut dire de manière schématique et résumé, c'est que dans le domaine du conventionnel, tous les produits ne sont pas mauvais mais dans le domaine du bio ou du minéral, tous les produits sont mauvais. Mais alors, si elles sont si mauvaises, pourquoi est-ce que les crèmes solaires bio existent ? C'est simple. Dans les années 90, des controverses émergent sur la composition des crèmes solaires dites conventionnelles essentiellement composé de filtres UV organiques. Certains filtres sont pointés du doigt comme étant potentiellement néfaste pour la santé, notamment en tant qu'allergène ou perturbateur endocrinien. C'est le cas par exemple de l'acide paraaminobenzoïque, l'oxyinzone, l'octinoxtaée, le 4 MBC ou encore l'octocrylenne. Pire, ces mêmes filtres sont extrêmement nocifs pour l'environnement. Il participe au blanchiment des récifs coraliens et à la destruction de la faune marine. D'ailleurs, les crèmes solaires avec ces composés ont été carrément interdits dans certaines îles des Caraïbes et du Pacifique. Aujourd'hui, l'industrie du solaire a majoritairement abandonné ses filtres nocifs pour en développer de plus sûr. Mais malgré ça, dans les années 2020, un nouveau type de crème solaire arrive sur le marché. Les solaires bio, uniquement composés de filtres minéraux présentés comme meilleurs pour la santé et plus respectueuse de l'environnement. Sauf que la réalité est tout autre. En plus de présenter des SPF remis en cause par les chercheuses que nous avons rencontré, les filtres minéraux seraient en réalité tout aussi nocif pour la faune marine que les filtres organiques. En d'autres termes, une crème solaire écologique, ça n'existe pas. Alors, autant qu'elle te protège au maximum. Mais alors, comment expliquer que ces crèmes solaires soient encore mises en vente sur le marché ? Est-ce une forme de naïveté de la part d'acteurs qui pensent sincèrement pouvoir protéger les écosystèmes ou bien est-ce carrément une stratégie de marketing fallaceuse ? Euh, c'est un petit peu des deux. C'est-à-dire qu'il y a eu beaucoup de naïveté, il y a beaucoup de sociétés qui bah ont voulu se démarquer du du conventionnel. Mais il y a de la naïveté parce que je pense qu'effectivement il y a il y a un souci de formation et il y a un certain nombre de créateurs de laboratoire cosmétique qui n'ont pas la formation adéquate et qui ont pensé bien faire. Mais euh entre la pensée irrationnelle et l'argument scientifique, il y a quand même une grande marche. Suite à ces tests peu probant, nous avons contacté Alan Lebronec, le cofondateur de KBY, qui a accepté de répondre à nos questions par téléphone. Donc voilà, il y a quelques jours, on a pu tester notamment votre lait solaire minéral qui promet une une haute protection et un SPF à 50. Et en fait euh les résultats obtenus en laboratoire donnaient plutôt une moyenne autour de 5, donc 10 fois moins euh que ce qui est affiché sur vos produits. Euh je voulais savoir si vous voilà comment vous expliquez ça ? Je sais pas en fait je vous avoue que nous on peut trouver des tests allant de 0 à 300 hein. Tout dépend de protocole utilisé. Donc on a pu les voir faire plusieurs tests, pas seulement sur vos produits, mais aussi sur d'autres produits. Et en fait, à chaque fois, c'est rigoureusement la même méthode. Elles utilisent vraiment à chaque fois la même masse de produits pour justement avoir une échelle de SPF qui est comparable entre les produits. On a testé un autre produit, donc votre spray solaire hydraglo. Encore une fois, c'était vraiment la même méthode de test et donc elles ont trouvé de bien meilleurs résultats. Si on remet en cause, on va dire, leur méthodologie, comment on peut expliquer que finalement sur ce produit là, il y a eu des résultats qui soient plutôt bons ? Mais franchement, je peux pas vous répondre parce que moi j'ai encore une fois, je connais pas le protocole si vous voulez. Donc on leur a demandé plusieurs fois le protocole en fait je peux même pas commenter les tests et elles ne sont pas transparentes sur le sujet puisque on leur a demandé plusieurs fois le protocole et on l'a jamais eu. Selon le dirigeant, c'est donc le protocole utilisé par les deux scientifiques qui pourraient expliquer ces différences. Sauf qu'on l'a vu, ce dernier a été détaillé devant nos caméras et plusieurs fois devant des journalistes. Ces dernières s'appuyent sur une norme internationale détaillée dans la littérature scientifique. Et bien évidemment, autre précision importante, les deux universitaires ne sont pas rémunérés pour mener ces tests, contrairement au laboratoire mandaté par KBY. Mais au-delà de ça, j'ai aussi voulu comprendre le changement de stratégie de la marque. Euh dans une publication euh LinkedIn du 20 janvier, vous expliquez avoir lancé Carby pour sauver les océans, mais ensuite vous écrivez qu'une crème solaire aura toujours un impact et que votre mission première euh est de sauver des vies. Euh est-ce que vous pourriez nous expliquer ce changement de stratégie ? Ouais. Ben alors, c'est un en effet, c'est un changement de de position de notre part. Euh nous là quand quand on s'est lancé donc après nos études, en effet, on on pensait alors à tort hein que les crèmes solaires alors déjà euh voilà, on employait mal les mots au début, c'est sûr. Alors sauver les océans, je pense pas que c'est nous qui l'ayons dit, c'est peut-être la presse. Je sais pas, j'ai pas l'article sous les yeux de mais je pense que c'est un un publication duest France. Non non, là j'ai j'ai le j'ai votre publication sous les yeux et ça démarre par avant nous voulions sauver les océans. Ah oui, d'accord. Bon après on le prend mot pour mot en fait avant on pensait vraiment pouvoir sauver les océans avec une crème solaire pour s'est lancé mais après quand on a fait les tests on s'est rendu compte qu'il pouvait y avoir des impacts sur certains écosystèmes marins. Donc comme quoi, c'est pas parce qu'on finance des laboratoires qui nous montrent toujours ce qu'on veut entendre. Et du coup bah depuis on le dit à nos consommateurs soit les soit les carb on va limiter l'impact parce qu'on a évité les filtres qui sont vraiment polluants notamment pour les coraux. Après l'impact zéro n'existe pas. Ça on en a pris conscience bah depuis qu'on s'est lancé hein si vous voulez. Voilà, quand c'est rentrant était plus jeune. Pour être totalement honnête avec vous, quand on a démarré cette enquête, on était loin de s'imaginer que l'efficacité de certaines crèmes solaires pourrait être remise en cause par la communauté scientifique. Et ça fait d'autant plus mal au cœur lorsque ce sont des produits étiquetés bio qui sont pointés du doigt. Mais ça me semble important de préciser que cela n'a rien à voir avec l'alimentation bio. Parce que comme l'explique très bien cet article du monde, même s'il existe encore trop peu d'études pour que les liens de causalité soient incontestablement établis, celles dont on dispose montre de vrais bénéfices, notamment des risques moindres de développer certains cancers, des problèmes de surpoids, d'obésité ou de malformation congénitale. Et d'ailleurs, dites-moi en commentaire si vous voulez qu'on enquête sur des sujets en lien avec le bio et l'alimentation. Mais si on en revient au paradoxe de la crème solaire, comme il existe malgré tout des crèmes de bonne qualité sur le marché, pourquoi est-ce que les cas de cancer de la peau continuent d'augmenter en France ? Alors, souvent on voit que les publications scientifiques médicales pointent du doigt l'utilisateur en disant il y a une augmentation des cancers cutanés parce que l'utilisateur n'en met pas assez, ne réapplique pas, il met pas la bonne dose. C'est la faute de l'utilisateur. Alors, il y a sûrement une part de l'utilisateur mais nous, on pense qu'il y a aussi sûrement une part de l'industrie cosmétique puisque ça fait 20 ans qu'on montre qu'il y a un problème au niveau de la qualité des produits solaires sur le marché français. Et est-ce que est-ce qu'il y a pas aussi un effet rebond ? En fait, les gens pensent qu'ils sont protégés lorsqu'ils portent de la crème solaire et donc ils vont plus s'exposer et notamment à des heures qui sont plus nocives. Oui, exactement. Il y a il y a il y a cette notion qui est véhiculée quand même malgré tout par le marketing depuis des années. On met sa crème solaire et on est très bien protégé. On a l'impression qu'on peut être protégé à 100 %. Ça ça n'existe pas. On a vu pendant les tests qu'il y avait des produits qui respectaient pas la réglementation. Comment c'est possible ? Comment on explique qu'il y a des produits qui respectent pas la réglementation qui puissent être commercialisé ? Et j'ai l'habitude de dire, c'est comme dans la vie courante, vous avez un code de la route qui doit être respecté et il y a un certain nombre de gens qui ne respectent pas. Sils sont en race campagne et que personne les voit, ça passe. Donc là dans le domaine solaire, c'est un peu la théorie ou le principe du pas vu pas prix. Ouais. Donc il y a pas assez de moyens pour le contrôle. Il y a pas il y a aucun moyen pour le contrôle des produits solaires, des produits de qualité variables et un vrai manque de contrôle. Voilà la première piste d'explication. Mais est-ce vraiment la seule ? L'histoire de la crème solaire est paradoxale en soi parce que son apparition n'est pas du tout liée à la protection de notre santé, mais plutôt à un enjeu esthétique. C'était déjà le cas des 1936 quand le chimiste Eugène Schüler, le fondateur de l'Oréal commercialise la toute première huile solaire française Ambre solaire. Le but afficher, profiter de la côte d'Azur sans rougir. Aujourd'hui, la majorité des marques mettent en avant la qualité de la protection face au rayon UV, mais la hype du bronzage est toujours bien présente en France. une pub là moi qui est actuelle qui me choquait un peu. Je serais curieux de savoir ce que vous ce que vous en pensez. Voilà, on voit bronzage durable pour 91 % des utilisateurs. On a un mannequin qui est vraiment bronzé et cetera. Enfin donc là on a rien compris au message rien compris. Le produit solaire il protège des UV. UVB UVA les UVA qui font bronzer. Un bon produit ne vous permet pas de bronzer. Il y a eu beaucoup de lobbying là aussi pour montrer que le héros souvent il est jeune, il est musclé, il est bronzé pareil pour la femme et c'est repris effectivement au niveau du marketing. Le produit solaire n'a absolument rien à faire dans la case cosmétique. Nous on milite vraiment pour qu'il passe dans la catégorie des médicaments. Il gagnerait en efficacité en qualité. Quand on a parlé de ce que vous revendiquez de passer la crème solaire en dispositif médical, un dermato nous a opposé l'argument que finalement ça allait faire monter les prix et que du coup ça rendrait la crème solaire moins accessible. Oui. Alors je je suis pas du tout d'accord avec cet argument et bah le meilleur exemple c'est que au niveau du marché donc il y a majoritairement au niveau des solaires des cosmétiques mais il y a également quelques dispositifs médicaux qui sont sur la marche juste qui précèd le médicament avec des compositions très simples et une grande efficacité avec un tarif de d'une quinzaine d'euros. On pourrait tout à fait avoir des médicaments très efficaces avec un tarif assez abordable. On va éliminer le marketing, on va éliminer tout le choix du parfum, on va éliminer les extraits divers et variés qu'on incorpore dans un cosmétique. On va éliminer pas mal de choses, ce qui va permettre d'augmenter réellement l'efficacité intrinsèque. En 2023, une étude internationale propose plusieurs raisons pour expliquer le paradoxe de la crème solaire. En plus du faux sentiment de sécurité, de la qualité très inégale des crèmes sur le marché et d'une mauvaise utilisation du produit par l'utilisateur, les scientifiques propose deux autres hypothèses. La première est toute simple. La médecine s'est largement améliorée depuis les années 90. des outils plus performants, plus de sensibilisation et de dépistage et donc plus de détection des cancers de la peau. Par exemple, en 2008 en Allemagne, il y a eu un programme national de dépistage du cancer qui a entraîné une hausse de 29 % des cas de mélanome détecté, suivi d'une baisse drastique de la mortalité du mélanome. Et oui, plus vite c'est détecté, plus vite c'est traité. D'ailleurs, la France fait face à une réelle pénurie de dermatologue. Avec moins de 3000 praticiens en activité sur le territoire en 2023 et plus de 3 mois en moyenne pour avoir un rendez-vous, la société française de dermatologie tire la sonnette d'alarme. Leur demande : former plus d'internes ou médecins généralistes et renforcer les campagnes de prévention auprès du public. En parallèle, un nouveau genre de clinique et de nouveaux outils commencent à voir le jour pour répondre à cette pénurie. On est parti d'un constat où les Français avaient du mal à trouver un rendez-vous avec un dermatologue pour juste à voir si un grain de beauté était suspect ou non. Et donc c'est pour ça que on a mis en place cette structure maison abeille qui potentialise la prise en charge du cancer de la peau. On a toujours [musique] fait l'analyse des grains de beauté soit à l'œil nu ou soit avec un appareil photo et une règlette [musique] pour pouvoir les comparer dans le temps. Et aujourd'hui, on a une machine qui avec de l'intelligence artificielle va venir capter tous les grains de beauté. Si vous avez 300 grains de beauté, ils vont tous être captés. Ils vont être catégorisés par localisation, par taille et nous ça va nous permettre d'avoir vraiment une mosaïque euh de grain de beauté. On va pouvoir les comparer. Le diagnostic est fait par l'humain. Donc tout l'enjeu, c'est de former des médecins généralistes à la dermoscopie et au repérage des lésions suspectes. On détecte à peu près à maison abeille entre 5 et 7 cancers par jour. Faut pas avoir peur, ça peut être basocellulaire ou c'est des lésions précancéreuses [musique] et aussi des mélanomes. C'est c'est justement la la lésion qu'on essaie d'avoir le plus parce que c'est celle qui se métastase [musique] qui est la plus dangereuse, c'est la plus grave. Notre but ici à Maison abeille, c'est justement d'essayer d'avoir des des patients qui sont le plus à risque possible et essayer de leur donner un rendez-vous assez rapide. Mais aussi, il faut pas oublier tous ceux qui sont inquiets, qui qui aimeraient être rassurés. et c'est aussi leur droit. Donc vraiment, il faut il faut se surveiller, s'autosurveiller avec la méthode A CDE. Donc asymétrie, les les bords qui sont réguliers ou pas, le diamètre qui est supérieur à 6 mm, la couleur qui n'est pas homogène et aussi l'évolution. L'évolution est très très importante, les nouveaux grains de beauté l'évolution. Et pour finir sur ce paradoxe de la crème solaire, une dernière hypothèse pourrait expliquer l'explosion du nombre de cancers de la peau, le réchauffement climatique. Et oui, il n'a pas fini de nous emmerder celui-là. En gros, ce que dit l'étude publiée dans la revue Kancers que j'ai cité précédemment, c'est que le réchauffement du climat pourrait faire grimper l'indice UV. Ça paraît logique, le climat devient plus sec et il y a donc moins de nuage. Mais en réalité, ce lien est très incertain parce que le réchauffement climatique crée aussi plus d'évaporation et donc plus de nuages dans certaines régions. En revanche, lorsque les températures sont plus douces, on passe plus de temps dehors et on se couvre moins. Donc, on s'expose plus souvent dans l'année. Et ça, ça vient renforcer cette hypothèse. Quoi qu'il en soit, dans les projections faites par l'étude, les scientifiques estiment une ha de 14 % des cas de mélanome en Europe d'ici à 2040. Pour conclure, ce que révèle ce paradoxe de la crème solaire, c'est qu'on est face à des produits de qualité très inégale avec une régulation largement insuffisante. Selon moi, le plus gros problème, c'est avant tout notre rapport à la protection solaire qui a été et qui reste très largement influencé par le marketing. N'oublions pas que les enjeux financiers sont colossaux puisque le marché pourrait représenter jusqu'à 20 milliards de dollars d'ici 2030. Alors pour pouvoir quand même profiter des beaux jours sans mettre ta peau et ta santé en danger, je te laisse avec les recommandations de Cécile Couteau. Éviction solaire, éviter le soleil aux heures où les UV sont les plus importants, c'est-à-dire au midi solaire en consultant l'indice UV. Si on a besoin de de sortir aux heures où les UV sont les plus importants, privilégi les vêtements tiens et vraiment si on ne peut pas faire autrement et pour les zones de peau découvertes, utiliser une crème solaire non minérale, non bio en allant plutôt vers le conventionnel. La crème protège mais faut faut pas se dire voilà que c'est un écran qui fait que on est comme c'est comme la cape d'invisibilité, ce serait une cape hyper protectrus. Vous parliez du paradoxe des crèmes solaires. Ce paradoxe, il est lié à un sentiment de sécurité qui est trop important de la part du du public. C'est mieux de s'exposer avec de la crème que sans crème bien sûr, mais ça veut pas dire qu'on est protégé. C'est Paul Panassé. Voilà, j'espère que ce nouveau format d'enquête t'a plu. 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