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ABD Podcast — Respiration, apnée et performance sportive

URL : https://youtu.be/wS-y8lH3uo8

Podcast : ABD Podcast (Aurélien Broussal-Derval)

Invité : Léo (3e passage, spécialiste respiration)

Format : Interview technique sport (~25min)


ABD Podcast — Épisode avec Léo (3e passage) : Respiration, Wim Hof et Oxygen Advantage

Introduction : la respiration comme 3e pilier de la méthode Wim Hof

Aurélien reçoit Léo pour la troisième fois. Dans les épisodes précédents, ils avaient abordé la méthode Wim Hof et le froid. Aujourd'hui : la respiration, troisième pilier de la méthode, encore largement sous-exploitée dans le monde du sport et de la performance.

Léo est le formateur Wim Hof le plus actif en France, et peut-être en Italie. Aurélien, lui, utilise la respiration avec ses athlètes depuis un moment — mais précise qu'à côté de Léo, il est "un poussin du matin".


Expérience personnelle d'Aurélien : la formation Wim Hof

Aurélien a suivi la formation Wim Hof avec Léo sur trois jours. En très court terme, Léo l'a amené à des niveaux d'efficacité respiratoire qu'il ne pensait pas accessibles sans entraînement prolongé : des phases d'apnée d'une minute trente et plus, sans souffrance, sans résistance du corps, sans sensation de manque d'air.

Le protocole le plus marquant : pompes en apnée poumons pleins, avec une seule consigne — "dès que tu as envie de respirer, tu respires". Pas de lutte, pas de challenge. Résultat : 35 pompes lentes, strictes, bien placées. L'arrêt aurait été causé par la saturation musculaire locale, pas par le besoin d'air.


L'exemple des 100 pompes en apnée

Léo raconte sa propre expérience lors de la formation Wim Hof :

On lui demande combien de pompes il peut faire au maximum en respirant normalement. Réponse : une quarantaine. Combien en apnée ? Il estimait une quinzaine, "après ça va être court".

Après le protocole de respiration et la mise en apnée : 100 pompes. Impossible en respirant normalement. Jamais il n'aurait cru ça possible.

Ce que ça démontre :

À raison d'une pompe par seconde, 100 pompes en apnée = plus d'une minute et demie sans respirer sous effort.


Natation et apnée : les meilleurs sprinteurs font 60 % de la course sans respirer

Ce matin-là, Aurélien recevait Florence Garnier (natation). Sujet : les leviers pour améliorer l'efficacité des sprinteurs. On enseigne classiquement à respirer à des moments précis, à ne pas respirer avant le virage.

Pourtant, en regardant les meilleures performances mondiales : sur le sprint, les nageurs font 60 % de la course en apnée, parfois plus.

Ce qui rend ça possible : les protocoles de respiration préalables permettent de saturer les cellules en oxygène. L'oxygène n'est plus stocké au niveau pulmonaire — il est distribué au niveau cellulaire. Les cellules reçoivent un afflux constant et efficace, qu'on n'obtient pas sans préparation.

Cela ne signifie pas qu'il faut tout faire en apnée. Mais si on comprend les principes de la respiration, un potentiel nouveau s'ouvre. L'objectif final reste toujours une oxygénation cellulaire optimale pendant le mouvement — mais pour y arriver, les mécanismes ne sont pas toujours intuitifs. Parfois, c'est même contre-intuitif.


Oxygen Advantage : l'autre courant, complémentaire à Wim Hof

Léo est formateur Oxygen Advantage (instructor master, il forme les nouveaux instructeurs). Il précise d'emblée : complémentaire, pas opposé.

Origine : Oxygen Advantage vient de Patrick McKeown, élève de Buteyko. La méthode Buteyko est née dans le domaine de la santé — contre l'asthme, pour faciliter le travail sur certaines pathologies cardio-respiratoires. Elle a évolué vers l'Oxygen Advantage pour intégrer le domaine du sport.

Ce qu'Oxygen Advantage couvre :

Définitions :

Résultats scientifiques : des études sur 4 à 6 semaines de protocoles Oxygen Advantage dans des sports d'endurance (natation notamment) montrent des gains de performance qualifiés d'"incroyables".


Hypercapnie et entraînement : stimuler le lactique sans se massacrer mécaniquement

Aurélien travaille avec des sportifs qui montent très haut en lactatémie : judo, MMA. Il s'est intéressé à ce que font les apnéistes, notamment via Guillaume Chaudron (préparateur physique dans le golf, venant du sauvetage) et Fabrice Julia (référence mondiale en recherche, basé à Toulon, travaille exclusivement sur l'hypercapnie).

Le principe : des sessions à très faible intensité — moins de 120-130 bpm, moins de 30 minutes d'effort cardiovasculaire sur vélo — avec des phases d'apnée très prolongées. Les niveaux d'acidité montent fort, sans contrepartie mécanique : pas de sauts, pas de burpees, pas de relances explosives.

Apnées monde vide (hypercapniques et hypoxiques) : la combinaison des deux. "La totale." Pas agréable, mais on peut s'y habituer, et c'est un des apprentissages clés — contrôler la réponse psychologique à l'hypercapnie.

Pourquoi c'est difficile psychologiquement : lorsque le taux de CO2 dépasse la tolérance des chémorécepteurs, c'est la peur la plus intense que le corps humain puisse vivre. Apprendre à y répondre autrement, c'est un levier puissant — à la fois physiologique et mental.

C'est une alternative stratégique, pas un remplacement. Un autre chemin pour obtenir des adaptations profondes, avec une charge mécanique minimale.

ABD Podcast — Léo : Respiration, apnée et performance sportive (Partie 2)

Gestion du stress et protocoles d'apnée en situation de combat

Les protocoles d'apnée — apnée à poumon vide, hypoxie, hypercapnie — ont été étudiés dans le cadre de crises d'anxiété et de panique. On peut apprendre à contrôler ces états à un certain niveau.

Dans les sports de combat, il arrive régulièrement de se retrouver sonné, sous un adversaire qui empêche de respirer, en plein effort lactique intense. La panique surgit, la lucidité chute, le contrôle disparaît — alors que physiologiquement tout va bien. L'entraînement à l'hypoxie et à l'hypercapnie permet de rentrer dans ces zones inconfortables en amont, de les reconnaître, et de ne plus se laisser submerger. En MMA notamment, c'est capital.

Autre avantage : ces protocoles respiratoires permettent de maintenir un travail cardio-respiratoire sans solliciter le corps musculo-squelettique. Utile en cas de blessure — on peut s'entraîner en restant statique, comme les apnéistes ou dans les pratiques yogiques.

Respiration : pont entre corps et mental

La respiration est le seul système autonome que l'on peut aussi contrôler volontairement. C'est un pont réel entre le corps et le mental.

Le chemin vers la respiration passe souvent par la méthode Wim Hof, le yoga, puis une plongée plus profonde dans la physiologie respiratoire — jusqu'à des cours universitaires en médecine respiratoire. La dimension mentale est aussi importante que la dimension physique : l'activité cérébrale consomme beaucoup d'oxygène et produit du CO₂, donc pour tenir en apnée, réduire l'activité mentale est essentiel.

La respiration est un art perdu. Des protocoles très anciens, issus du yoga, sont en train d'être réétudi és scientifiquement. Pour la vie quotidienne, bien respirer est fondamental. Pour le sportif de haut niveau, c'est indispensable.

Le livre : La respiration pour la maîtrise de soi — La voie du biohacking

Léo a écrit un ouvrage sur le sujet. Le biohacking, au sens propre, c'est l'optimisation du potentiel humain. La respiration en est l'outil le plus accessible et le plus sous-exploité — invisible, toujours présente, souvent négligée parce qu'elle semble évidente.

Le potentiel de l'apnée : données concrètes

Les records du monde d'apnée statique dépassent 20 minutes. Mais même sans aller jusque là, les écarts entre individus non entraînés sont spectaculaires :

En stage, dès le premier jour avec un protocole d'apnée à poumon vide, la plupart des participants atteignent 2 minutes. À poumon plein, la barre des 3 minutes passe facilement.

Le test BOLT : mesurer son efficacité respiratoire

BOLT (Buteyko Oxygen Level Test) — mesure l'efficacité des chimiorécepteurs, c'est-à-dire la sensibilité du système nerveux central au CO₂.

Comment le réaliser

Ne pas forcer. Ne pas tricher. C'est le premier signal, pas l'apnée maximale.

Interprétation

Score BOLTSignification
< 10 secondesEfficacité respiratoire très faible, marge de progression énorme
~ 20 secondesMoyenne
> 25 secondesCorrect, mais encore perfectible
> 30 secondesObjectif pour un sportif sérieux
40 à 60 secondesNiveau apnéiste

Un score bas n'est pas une mauvaise nouvelle : c'est une marge de progression directement exploitable. Des sportifs de haut niveau ont parfois un BOLT faible malgré leurs performances — travailler la respiration devient alors un levier immédiat.

Entraîner la tolérance au CO₂ : l'hypoventilation

Si le score BOLT est inférieur à 25, la priorité est de développer la tolérance à l'hypercapnie (élévation du CO₂). Les deux grandes familles d'exercices :

Exercice pratique : la respiration réduite

La respiration buccale est une voie d'urgence (sprint, effort extrême) — dans tous les autres cas, exclusivement par le nez.

La respiration Katana : exercice complet développé par Léo

Technique créée par Léo, intégrant en un seul exercice : hypoxie, hypercapnie, hyperventilation et hypoventilation. Reprise par Patrick McKeown dans son ouvrage Breathing Cure.

Protocole

L'exercice est modulable selon le niveau. C'est l'un des plus challengeants en matière de travail respiratoire. Disponible sur la chaîne YouTube de Léo et dans le livre.

Ressources