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Jimmy Gressier — Mindset, athlétisme et résilience

URL : https://youtu.be/7c_C8tWXRmk

Invité : Jimmy Gressier — athlète français, course de fond / 10 000m

Format : Podcast long (~1h15)


Jimmy Gressier — Champion du monde 10 000 m

Présentation

Jimmy Gressier, récemment sacré champion du monde du 10 000 m — un exploit presque indescriptible dans l'histoire du sport français. Dans cet épisode, il raconte son parcours, son rapport à la souffrance, son mental de compétiteur, et ce qui l'anime au quotidien.


Rester soi-même malgré les titres

L'ambition, c'est rester quelqu'un de lambda qui fait des choses avec passion. Rester la même personne que "le Mimi" d'avant — naturel, authentique. Quand il court, les gens ont presque l'impression que c'est facile, qu'il s'amuse. Ce qu'ils ne voient pas : l'entraînement, les remises en question, le doute, le stress, la douleur, les sacrifices.


Ce qui l'anime : la performance, pas la douleur

Ce qui fait vraiment kiffer Jimmy, ce n'est pas la douleur en elle-même — c'est la compétition, gagner, vouloir être meilleur que la veille. C'est la recherche de la performance. Vivre d'objectifs, planifier, et ressentir ce doute : "Est-ce que je vais vraiment réussir ?"

Exemple concret : il part cinq semaines en Afrique du Sud pour préparer le record du monde du 5 km route. Il ne sait pas s'il va le faire, mais il s'enterre au fin fond du monde, pense uniquement à la course, fait attention à l'alimentation, se couche tôt, s'hydrate à 3-3,5 L par jour. Rien d'autre ne peut le perturber.

"Si pendant ces 5 semaines tu ressens la plus grande souffrance de ta vie mais qu'en échange tu as le record du monde du 5 km, tu signes ?" — Tous les jours, tant qu'il ne meurt pas. La vie est trop belle pour mourir pour la course, mais tout le reste, il est prêt à le sacrifier pendant ce tunnel.


Le rapport poids-puissance et les limites du régime extrême

Avant les championnats du monde, il était presque un robot. Haricots, œufs tous les soirs, un yaourt comme extra. Il cherche un rapport poids-puissance limite extrême — et à ce niveau, il sait qu'il est au meilleur de lui-même. Mais impossible de tenir ça toute l'année : mentalement trop dur, risque de dépression. Il faut être vigilant. Ce mode, c'est pour les pics de forme uniquement.


La douleur au quotidien

Des courbatures, plus vraiment. Des jambes lourdes, tous les jours. Pas de douleurs osseuses. Mais il a mal aux jambes quasiment chaque jour.

Pour les débutants qui ressentent des douleurs au début : c'est normal, le corps s'habitue. Et beaucoup font l'erreur de courir avec de mauvaises chaussures — des Stan Smith, des Air Force. Aller chez Décathlon se prendre une paire de running de base, c'est le minimum pour courir dans de bonnes conditions.


Les 3T : Talent, Travail, Temps

Atteindre son niveau sans jamais souffrir ? Impossible. Mais le talent seul ne suffit pas. Il y a la règle des 3T : Talent, Travail, Temps. Sans les trois, impossible d'y arriver.

Il a des amis très talentueux, peut-être autant que lui, travailleurs aussi — mais ils ne se laissent pas le temps. Ils s'entraînent 2-3 mois sérieusement, puis laissent plein de choses parasiter leur vie : se coucher tard, mal manger, ne pas planifier la saison, négliger tout ce qui est extra-sportif. Résultat : le cerveau est plein de problèmes annexes, et la performance en pâtit.


Persévérer sans résultats immédiats

Travailler dur sans résultat — est-ce qu'on peut garder sa détermination ? Oui. Parce que tout le monde peut se fixer des objectifs, mais ce serait trop facile s'ils se réalisaient du premier coup.

Jimmy a dit pendant des années qu'il allait être champion du monde. Il a fait quatre éditions avant d'y arriver — 13e, 10e, 9e, éliminé. Il savait qu'il ne manquait pas grand-chose. Il savait qu'il fallait du temps, continuer à travailler avec la même détermination, ajouter quelque chose à son arc au fur et à mesure.

Son ancien coach Adrien Taigi lui a dit : "Un jour la porte s'ouvrira. Un jour les planètes seront alignées." Jimmy l'a cru. À Tokyo, les planètes se sont alignées.


La course de Tokyo : le jour où tout s'est aligné

Trois semaines avant les championnats du monde, il gagne la finale de la Diamond League — l'équivalent de la finale de la Ligue des Champions en athlétisme — devant tous les meilleurs mondiaux, des mecs avec des records du monde et des médailles olympiques. À cet instant, il bascule mentalement : ce n'est plus "top 5", c'est "je veux gagner".

Avant le départ, il garde un secret qu'il partage uniquement avec son colocataire de chambre. À chaque moment de leur quotidien au précamp — photos, sushis, balades à vélo, laverie — il lui dit en rigolant : "Tu es avec le champion du monde." Mariol, certes. Mais il y croit intimement.

Pendant la course, il est comme habité. Les 5 premiers kilomètres sont lents. Des Éthiopiens et Kényans attaquent devant — il les laisse partir "comme si c'étaient ses petits", alors que trois ou quatre ans plus tôt il les trouvait presque intouchables. Il économise son énergie, il fait chaud, il a appris de ses erreurs passées.

À 5 tours de l'arrivée (2 km), il se replace en 3e position derrière Grant Fisher (américain, médaillé olympique sur 10 000 et 5 000 m), qu'il a battu à la Diamond League trois semaines avant. Il se dit : "Lui, il sait faire des médailles. Il va t'emmener sur le podium." Il gère, il ne s'affole pas malgré la cloche.

À 300 m de l'arrivée, les deux Américains font n'importe quoi en s'empêchant mutuellement de passer, ils prennent l'extérieur. Jimmy reste au couloir 1. Il les voit se cramer et a la lucidité de le reconnaître — course tactique, il n'est pas fatigué.

À 200 m, un autre concurrent multimédaillé commence à ralentir. Jimmy accélère sur 30 m, revient en tête de course, passe 6e puis 3e. Il est médaillé. Mais il voit encore mieux.

À 20-25 m de l'arrivée, il aperçoit devant lui un gars qu'il n'a jamais battu de sa vie. Un monstre. Et là, quelque chose se passe dans sa tête :

"Non, prends-le. Prends cet instant maintenant. Il ne se reproduira peut-être plus jamais dans ta vie. Prends-le."

Dans la difficulté, on reporte tout à demain. Lui, à cet instant, il ne reporte pas. Il passe les épaules. Il célèbre, pince la langue. Le tableau s'affiche. Et ce qui lui vient, c'est :

"Mimi est champion du monde."

Pas "Jimmy Gressier est champion du monde" — Mimi, le surnom de gamin.


Ce que ça confirme : ce n'est pas de la chance

Cinq jours après le titre sur 10 000 m, il est encore médaillé sur le 5 000 m — après avoir fait plus de 50 tours de piste supplémentaires. Ce n'est pas un coup de chance. C'est la cohérence entre le talent, le travail et le temps laissé à ces deux-là pour opérer.

Chunk 2 — Mimi : l'enfant du quartier, le champion du monde

La conviction avant la victoire

Dimitri, c'est l'athlète que tout le monde connaît aujourd'hui — grande gueule, bons résultats. Mais Mimi, c'est le gamin qui a toujours rêvé de sortir du quartier, qui a voulu être footballeur, qui a échoué, et qui a rebondi dans la course à pied.

Sur les championnats du monde, il utilisait l'écran géant comme outil tactique : celui qui est derrière toi ne te voit pas regarder, mais toi tu arrives à voir où il est, à repérer les menaces, à mesurer les écarts. C'est pour ça qu'il ne s'affolait pas quand des mecs partaient devant.

Ce niveau de conviction avant la course, c'était une première. Les années précédentes, il arrivait frustré — il s'entraînait tous les jours pour finir top 10, top 15, et il savait que c'était son niveau, que les mecs pendant la saison il ne les battait pas. Si tu vaux 50 minutes au 10 km, tu peux pas te dire que dans 3 semaines tu vas faire 32 minutes. L'écart était moins important dans son cas vu l'aspect tactique, mais il savait.

Ce qui le frustrait aussi, c'était les garanties de dopage qui tombaient d'année en année. Il sentait pendant la course que ce n'était pas possible, et un an après on lui donnait raison. Ça lui a fait mal.

La question existentielle

Il s'est posé plusieurs fois la question : est-ce que c'est possible de gagner sur 10 000 m, l'une des distances les plus dures au monde, avec la concurrence de l'Afrique de l'Est ?

Aux JO l'année d'avant, il arrive pour la première fois de sa vie blessé. Il finit 13e, bat le record de France, passe sous les 27 minutes — un chrono costaud. Il exulte, profite avec le public. Derrière, il est critiqué par David Douillet. Il le prend mal. Il y a beaucoup d'entraînement derrière ce 13e. Il ne triche pas. Il se lève tous les matins avec conviction.

"Je suis né dans une famille ouvrière. On triche pas chez nous."

Il savait qu'il lui fallait du temps.

Quand on est à son prime, pas besoin qu'on vous parle

Aux championnats du monde, il sait que ce n'est pas la même année. Il arrive en pleine possession de ses moyens, affûté. Il a gagné l'une des plus grosses courses de la saison trois semaines avant. Si tu gagnes et que derrière tu te poses encore des questions, il manque quelque chose — il faut travailler avec un préparateur mental.

"Moi j'ai ce don, entre guillemets, de pas me poser de questions. Quand je suis en pleine possession de mes moyens, j'ai pas besoin qu'on vienne me parler. Je suis un peu entrepreneur dans la vie de tous les jours. Je sais me fixer des objectifs, travailler dur pour les réaliser, me relever quand je réussis pas. Quand je sais que je peux réussir quelque chose, tu as pas besoin de me le dire."

Cinq mois après le titre, il travaille à retrouver son niveau. Après les championnats du monde, les sollicitations ont été nombreuses, l'entraînement moins productif, la tête ailleurs. Aujourd'hui il s'estime entre 27'10" et 26'50" sur 10 000 m, entre 13'05" et 12'55" sur 5 000 m. Dans six semaines il vise sous 12'49". Le plan : enlever le seuil, accélérer — des 400 m en 51-52 secondes, des 1 000 m à 2'33"/km à 1 600 m d'altitude. 7 × 1 000 m récupération 1'30".

"Le plus dur à mon niveau, c'est de maintenir son niveau. C'est même plus de progresser."

L'enfance : Boulogne-sur-Mer, le chemin vert, Franck Ribéry

Pour comprendre Mimi, il faut savoir qu'il a grandi dans une famille ouvrière, dans le quartier du Chemin Vert à Boulogne-sur-Mer — le même quartier que Franck Ribéry. Et ça, c'est un facteur important. Ribéry leur a montré que c'était possible de réussir, de sortir du quartier, de sortir de ce qu'on voyait en bas des cages d'escalier.

Ses frères ne sont pas allés jusqu'au bac. Les gars en bas du bloc, pas beaucoup allaient à l'école jusqu'au bout. Lui, il a fait le nécessaire scolairement — on lui disait que s'il ne travaillait pas bien à l'école il ne pourrait pas être footballeur, et il y croyait. Mais son objectif, c'était réussir dans le sport, à fond, à fond.

Il ne sait pas expliquer pourquoi dans une même famille de six frères et sœurs, un peut avoir un mindset radicalement différent des autres. Sa copine lui dit :

"Il y a une graine qui pousse, tu sais pas pourquoi dans un milieu. Et toi tu es cette graine qui a réussi à prendre."

Pas question de talent. Il parle d'intelligence sociale — savoir s'entourer de bonnes personnes, savoir prendre la main qui est tendue au moment opportun. Cette main, c'est pas un richissime qui la lui a tendue. Ce sont des éducateurs de quartier qui lui ont dit : "Va pas faire ces conneries avec les copains, viens faire du sport, viens jouer." Sur un city, basket, badminton, football. Ça l'a aidé à rester focus.

La fête après le titre

Quand il devient champion du monde, il privatise un restaurant, organise une soirée. Il invite tout le monde : son entraîneur de foot qu'il n'a pas vu depuis 10 ans, son premier éducateur de quartier, ses anciens potes de quartier, ses nouveaux amis — trois mondes différents dans la même salle. Tout le monde a fêté le titre ensemble.

La fresque

Il y a aujourd'hui une fresque de lui à côté de l'école où il a grandi, à 60 mètres de l'entrée. L'initiative est venue de son agent et de son sponsor, qui ont poussé avec la ville sur le modèle de ce qui avait été fait pour Zidane.

"Si demain les profs sortent juste de l'école et montrent l'image aux gamins, peut-être que dans une classe de 20, il y en a trois ou quatre qui réussiront dans leur domaine. Pas que dans le sport — il y a plein de métiers dans lesquels on peut réussir. Mais surtout, le plus important, c'est d'être heureux."

Sur la fresque, il regarde au loin. La médaille autour du cou, mais le regard tourné vers l'avenir.

Football ou course à pied : le choix

Il a fait la Coupe du monde UNSS de football au Guatemala. La même année, à une semaine près, il est qualifié au championnat du monde de cross-country en Chine. Il n'a jamais voyagé, fait un passeport en urgence, va en Chine, rentre trois jours à Boulogne, repart au Guatemala jet-lagué et avec la tourista. Il finit 81e au cross-country. En football, son équipe est éliminée en demi-finale par la Turquie, devant 20 000 personnes, retranscrit à la télé.

C'est après ça qu'il décide d'arrêter le football et de se lancer à fond dans la course à pied. Un choix difficile — il kiffe encore le foot à fond. Dans cette même équipe de France scolaire : Colin Dagba (PSG, Ligue des Champions contre Manchester United), Aurélien Tchaouna (D1 belge), Moussa Niakhaté (défenseur central à l'OL, vainqueur de la CAN avec le Sénégal).

Mais voilà le raisonnement qu'il a tenu :

"En football, tu peux être très bon et rester sur le carreau. En course à pied, tu es bon, tu es sur le devant de la scène. Quand tu cours et que tu arrives premier parmi 200 sur la ligne de départ, c'est le signe que tu peux sortir, réussir au niveau social, au niveau économique, aider ta famille. J'ai eu l'intelligence sociale de faire ce choix avant tout pour ça."

Comme LeBron James qui était fort en football américain et en basket, et qui a choisi le basket.

La génétique de la compétition

À la maison, c'était normal de vouloir performer. Ses frères jouaient au foot avec un caractère bien trempé, toujours l'envie d'être le plus fort. Son père a fait de la boxe. À FIFA contre son frère Jessie (surnom Tina), c'était la guerre à chaque fois.

À 6 ans, il courait déjà plus vite que ses frères à 8 ans.

Un jour, il emmène Jessie sur un 10 km au Touquet, organisé au dernier moment. Son frère débarque sans s'échauffer, avec de mauvaises chaussures. Premier kilomètre passé en 3'33", Jessie est à côté de lui et lui parle. Il lui dit : "Tu vas exploser." Son frère s'est arrêté trois fois dans la course — et a quand même terminé en 40'30", les pieds en sang.

Chunk 3 — Les sacrifices, la routine, et l'écosystème d'un champion

Les sacrifices dont on parle le moins

Le sacrifice le moins évoqué dans le sport de haut niveau, c'est s'écarter de sa famille, de ses amis, de ses proches. Ne pas assister à des moments de vie fondamentaux : une naissance, un mariage, parfois même la fin de vie de quelqu'un. Quand tu es à l'autre bout du monde et qu'un proche disparaît, tu prends parfois la décision de rester. Tu passes le message, tu envoies tes condoléances.

Le mariage d'un ami d'enfance — Jimmy n'y est pas allé. Il était en préparation pour les championnats du monde. Un mois après, il était champion du monde. L'ami ne lui en veut pas.

Les débuts : une famille qui soutient sans condition

Quand Jimmy commence la course à pied, sa mère préfère ça au foot. Dans le nord, on est chauvin — et il gagnait déjà les petites courses du coin, ses noms dans les journaux locaux. Son père lui avait fait un débardeur à son nom de société : Graissier Plaquisteur. Lunaire. Mais toute la famille était fière. Son grand-père gardait les journaux de l'époque, il les a encore aujourd'hui. Personne ne s'est demandé s'il y avait de l'argent à gagner dans la course à pied. Tout le monde était à fond, dès le début.

Une semaine d'entraînement type

Les grosses semaines : 160 à 170 km. En approche de compétition (5 dernières semaines) : 130 à 140 km. En période de compétition : descente jusqu'à 60 à 70 km pour avoir des jambes le week-end.

Sur les footings, Jimmy court à 4'20 à 4'30 au km. Proportionnellement à son niveau, il pourrait courir à 3'20 en restant en zone aérobie — mais mécaniquement, à 18 km/h, le cerveau, l'impact, la perception de l'espace : ce n'est plus du footing.

L'habitude la plus sous-estimée : le sommeil

Le sommeil, c'est le plus important. Avant l'alimentation, avant l'hydratation. Sans sommeil suffisant : blessures, mauvaise récupération, ou simplement être aigri de la vie.

Jimmy fonctionne en mode on/off — il s'endort vite. Mais ses règles :

La patience et la résilience

La nouvelle génération n'est pas assez patiente. Même dans la génération de Jimmy, des collègues veulent réussir trop vite. Les gens pensent que ça tombe du ciel.

Et on n'enseigne plus assez la résilience. Si tu restes en bas, il t'arrivera rien de positif. Fais. Échoue. Apprends. Repars. Tu peux échouer 10 fois — à la 11e, tu réussis.

Jimmy est devenu champion du monde à sa 4e ou 5e participation. À chaque fois, les aigris des réseaux sociaux le narguaient. Aujourd'hui, il est champion du monde à vie. Peu importe s'il finit 5e, 6e ou 20e aux prochains championnats : la médaille, elle est là.

Le but : se fixer des objectifs, travailler pour les atteindre. Mais aussi être heureux dans le processus. Sans plaisir, ça mène à rien. Si tu t'imposes trop de choses dures sans écouter ton corps et ton esprit, tu tombes en burnout. Jimmy s'entraîne 12 fois par semaine — il pourrait faire 14. Mais à 14, il sait qu'il se blesse et perd l'envie.

Question posée : si la compétition n'existait plus et que le titre revenait à celui qui s'entraîne le plus, continuerais-tu ? Réponse : non, jamais de la vie.

La place du talent au plus haut niveau

À l'entraînement, le talent ne suffit pas à se différencier. Tout le monde s'entraîne autant, tout le monde a les chaussures carbone, le jus de betterave, les outils d'optimisation. Les chronos actuels ne se comparent pas à ceux d'avant : sans les chaussures carbone, les anciens champions courraient 2 minutes plus lentement sur marathon. Ce n'est pas les mêmes performances.

Ce qui fait la différence, c'est ce qui se passe le jour J, à confrontation égale. Jimmy s'est entraîné avec des gars monstrueux avant de devenir champion d'Europe de semi-marathon. Leurs prises de lactate étaient meilleures que les siennes. Physiologiquement, ils dépensaient moins d'énergie à la même vitesse. Deux semaines après, Jimmy les mettait 1 minute 30 à 2 minutes dans la même compétition.

Le talent, ce n'est pas que physique. C'est aussi mental. Les deux réunis, c'est le bon combo.

L'écosystème économique d'un athlète

Trois sources de revenus :

Jimmy ne demande plus les aides des collectivités — il considère que ce serait se foutre du monde de les prendre alors qu'il gagne bien sa vie et paye des impôts. Il les renvoie vers les jeunes qui en ont besoin.

Il a lui-même travaillé à la Caisse d'Épargne à 600 € par mois, tout en allant à l'école et en s'entraînant. C'est à cette période qu'il avait besoin de partenaires. Son partenaire le plus ancien, Ginésis, l'accompagne encore aujourd'hui — pas pour les chiffres, mais parce que ce que Jimmy fait vivre aux gens dépasse les frontières de l'argent.

Jimmy a créé une association qui permet à ses anciens partenaires de financer des stages pour les athlètes, coachs et membres de son écosystème — sans que ce soit lui qui paye directement, pour éviter les jalousies et les sentiments de redevabilité.

Fourchette des contrats de sponsoring : de 50 000 € à 1 million d'euros par an, selon les contreparties demandées. Certaines marques apportent aussi de la visibilité, de la hype, sans être le contrat le mieux payé — faut être malin.

Le coût d'une saison d'athlétisme au niveau mondial

Budget actuel de Jimmy : environ 120 000 à 140 000 € par an. Il pourrait rester à 10 000 à 15 000 € s'il restait chez lui sans se structurer, mais ce ne serait pas la même performance.

Ce que ça comprend : stages en Afrique du Sud (conditions météo garanties à 32°C vs 15°C en France ou au Portugal), un kiné, un vidéaste-photographe, un coach assistant (embauché cette année), des billets en business pour les grandes compétitions.

Sans sponsors, ce serait impossible. La Fédération aide, mais c'est le sponsoring qui rend tout ça viable.

Sur LeBron James et ses 3 millions de dollars par an pour la récupération : à partir d'un certain niveau de budget, l'argent supplémentaire ne change plus la performance. Ça peut même te disperser — acheter un immeuble, le gérer en Airbnb, les petits problèmes qui surviennent, ça peut te monter à la tête. Ce qui compte, c'est d'avoir une base solide : le salaire fédéral, plus 20 000 à 30 000 € pour les stages. Le reste, c'est du superflu.

La démocratisation de la course à pied

La course à pied est devenue populaire parce que tout le monde peut gagner. Que tu finisses 3000e ou premier, tu peux gagner contre toi-même. Tu te fixes un objectif de temps. Moi, je peux gagner en étant premier, mais aussi en étant 10e si je réalise mon record personnel. Les gens l'ont compris.

Les chaussures haussières ont créé un effet de mode. Les réseaux sociaux font défiler des réels dans ton feed, tu dis "tiens, je vais essayer", et les gens s'y prennent au jeu. Ce n'est pas un effet de mode passager — les nouvelles générations arrivent, les chaussures continuent d'évoluer. Ça va durer.

À Boulogne, les mecs d'Intérieur Sport me disaient : "Putain, c'est fou, tout le monde court." La copine d'un pote qui n'était pas sportive fait maintenant ses 5 km. Des amis qui détestaient la prépa physique préparent un marathon. Ça s'est vraiment démocratisé. Les gens se donnent des objectifs, et ça, c'est cool.

Conseils pour bien débuter la course à pied

Bien se chausser. Ne pas courir avec des chaussures de ville. Ne pas écouter n'importe quoi sur les réseaux — ce que je partage sur mon Instagram, c'est pour des gens qui courent depuis minimum un an, qui préparent des marathons ou des semi-marathons.

Comme le dit Doriand Louvet : il n'y a pas de petits coureurs. Que tu coures à 8 minutes au kilomètre ou à 2'30, tout le monde peut se mettre à la course à pied.

L'erreur classique : vouloir battre son record le lundi, y retourner le mercredi pour le rebattre, être à bloc à chaque fois. Résultat : on se dégoûte, on se blesse.

Ce qu'il faut : la progressivité. S'entraîner deux fois par semaine les premiers mois. Commencer par une minute de course, une minute de marche, alterner. Bien se chausser. Faire du renforcement musculaire — beaucoup de débutants ne sont pas gainés, ce qui crée des instabilités et des douleurs. On peut courir à 80 kg, mais il faut apporter du tonus à l'ensemble.

S'entourer correctement. Les clubs d'athlétisme ont des coachs formés. Même sans prendre de licence, participer à un premier entraînement, demander des conseils — ça change tout.

Se fixer des objectifs sans se poser de limites

Je ne me suis jamais fixé de limite parce que je me demande : qu'est-ce que j'ai à perdre ? Rien. Si tu n'arrives pas, tu te poses les bonnes questions : pourquoi tu n'as pas atteint ton objectif ?

Ce qui favorise la réussite, c'est mettre les choses en place. Fixer un objectif et ne pas travailler pour y arriver, ça ne marche pas. Me coucher tard, sortir en boîte trois jours avant une compétition — ça, j'ai essayé quand j'étais plus jeune. Ça ne fonctionne pas. Mais si tu te focuses : sommeil, alimentation, hydratation, tu peux réussir.

Quelques écarts, ça arrive — manger un plat à 2000 calories, ce n'est pas un problème. Par contre, tomber dans l'extrême à chaque fois, non. Que ce soit dans la politique, l'amitié, l'amour, le sport : garder les pieds sur terre et travailler avec intelligence.

Les nouveaux objectifs : vers les Jeux olympiques

Maintenant que je suis champion du monde du 10 000 m, je veux être champion olympique. Au pire, médaille olympique. Il y a une part de mon cerveau qui dit que c'est peut-être impossible. Mais la plus grosse partie me dit : travaille dur et tu vas peut-être y arriver. Tant que je ne me suis pas présenté sur la ligne de départ avant d'annoncer ma retraite, je penserai toujours que c'est possible.

Ce que la course à pied m'a appris

La résilience. Et la générosité.

La générosité, je l'ai apprise dans le quartier quand on partageait un kebab à plusieurs, des frites à plusieurs. Ce mot me colle encore plus à la peau aujourd'hui. En course à pied, si tu n'es pas généreux dans l'effort, tu n'iras jamais chercher l'excellence.

Kip Choge l'a dit : beaucoup de personnes attendent que les résultats tombent du ciel. Sur 10 personnes en course, les 10 ont mal. Si tu es celui qui pousse la douleur encore plus loin — mentalement et physiquement — tu seras peut-être celui qui bat les neuf autres à côté de toi qui ont ressenti la même douleur.

La plus grande victoire

Sur le plan sportif : le titre de champion du monde.

Sur le plan humain : la fresque. Pas pour me mettre en avant, mais pour le message qu'elle envoie à tous les gamins qui vont la regarder. Ça aurait pu être celle de Franck Ribéry — le message aurait été le même : croyez en vos rêves, travaillez dur pour les réaliser, et un jour vous atteindrez le sommet.

Un jour, si j'ai des enfants, je pourrai leur montrer cette vidéo et leur dire qu'un jour j'ai été le meilleur du monde, le 14 septembre 2025. C'est un truc de fou.

Mon grand-père

Il a pleuré devant la télé pendant la course. Ces dernières années, il a perdu ma grand-mère — la femme de sa vie. S'il s'accroche encore, c'est aussi pour me voir réussir. Quand tu vas chez lui, c'est un musée. Mon étiquette de la Diamond League, mes débardeurs — il garde tout, tout est accroché.

C'est lui qui m'accompagnait à l'entraînement quand personne ne pouvait m'y conduire et que j'étais obligé d'y aller à pied. Il prenait sa voiture, il râlait un peu parce qu'il était devant son émission du soir — mais il venait. Avec ma grand-mère, ce sont les personnes qui m'ont tout donné sans compter.

Que j'aie pu lui faire vivre ça de son vivant — une immense fierté.

Pendant la course, je suis focus, je ne pense à rien. Mais tout de suite après, je vois mon coach qui pleure, ma copine en tribune qui pleure. Je me dis : j'ai réussi à leur faire vivre un truc de fou. Ce sont eux qui sont là au quotidien — quand je doute, eux doutent. Quand je ne vais pas bien, ils sont là. Et ce jour-là, je les fais pleurer de joie.

Il y a une photo de ma copine dans le stade, choquée, en larmes. Je lui ai dit : "Je vais te la mettre en fond d'écran. Tu as pas envie de faire pleurer ta copine — mais quand tu la fais pleurer comme ça, c'est beau."

Ce que je veux laisser

La générosité : dans l'effort, dans l'amitié, dans la transparence. Dire les choses avec respect, savoir se remettre en question. Si quelqu'un m'dit qu'il l'a mal vécu, je l'écoute et j'adapte. On est tous différents dans la perception des choses.

Le respect. C'est hyper important dans le monde d'aujourd'hui. Peu importe les religions, le sexe, l'orientation — se respecter les uns les autres. Les réseaux sociaux permettent de transmettre des choses qui font mal, très mal, indirectement. Je veux que les gens retiennent deux mots de ce podcast : respect et générosité. C'est ce qui nous permettra de vivre tous ensemble plus facilement.

Les célébrations

Si je savais faire des saltos, je ferais des saltos. Mais je ne sais pas le faire.

Au championnat d'Europe à Gand, je savais que j'avais un adversaire redoutable, l'Espagnol Tirillo. L'arrivée finit en montée. J'avais imaginé arriver avec un camelback et des bâtons de randonnée de Décathlon — je n'ai pas pu la faire. L'histoire me rappelle qu'il faut garder l'humilité à toute épreuve.

Quand tu arrives dans la dernière ligne droite et que tu fais une célébration, tu es à des années-lumière de penser à ce que les gens vont en penser. Tu vis le moment à l'instantané. Si ça blesse quelqu'un, je serai le premier à m'excuser. Mais aucun de mes adversaires n'est jamais venu me voir pour me dire que c'était irrespectueux. Entre athlètes, on me voit comme le mec un peu foufou, électrique — et ils aiment ça.

J'aime McGregor. Le trash talking, je kiffe. Tout en restant dans le respect. Il faut distinguer : le trash talking à tête reposée, et la célébration dans l'instant où la testostérone est à fond.

Citation laissée dans le livre

"Vivre pour courir, courir pour vivre."

Ma vie tourne autour de la course à pied, et la course à pied m'a fait vivre des choses extraordinaires. Elle m'a rendu la vie plus belle. Et je pense qu'elle rend la vie d'autres personnes plus belle aussi.