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The Elevate House — Benoît Paire : la vérité derrière les craquages

Chaîne : The Elevate House

Invité : Benoît Paire, tennisman français (ex-18e mondial, 36-37 ans)

Lieu : Roland Garros, court Philippe Chatrier

URL : https://www.youtube.com/watch?v=F8hNK5_zFSk

Date d'analyse : 2026-06-03


Résumé exécutif

Interview longue et intime de Benoît Paire à Roland Garros, où il est consultant pour France Télévision après un an de blessure au dos. Il se livre sans filtre sur son parcours : l'enfance à Avignon, le père prof de tennis SNCF, le renvoi de la Fédération à 17 ans, le mécène providentiel, la carrière en top 20, les craquages sur le terrain, le Covid comme seul vrai regret, la gestion des émotions, l'alcool, l'équilibre entre profiter de la vie et performer, et la question fondamentale : a-t-il été heureux ?

L'interview est un cas d'école de ce que ça signifie être un sportif de haut niveau avec un profil atypique dans un système qui ne sait pas gérer les profils atypiques. Elle éclaire de l'intérieur la mécanique de la colère sportive, le rapport au talent et au sacrifice, et ce qui sépare les « génies » du reste du circuit.


Parcours : les moments-clés

L'enfance à Avignon

Le talent précoce repéré

Le renvoi de la Fédération (CNE, 17 ans)

Benoît est au CNE (Centre National d'Entraînement) à Roland Garros, internat à côté du court Philippe Chatrier. Patrice Gelover, DTN de l'époque, le reçoit dans son bureau : « Je t'ai jamais vu jouer, tu m'as l'air sympathique, mais le comportement ça colle pas avec la Fédération. Tu es viré. »

Du jour au lendemain : plus de structure, plus d'aide de la Fédé, plus rien. Il rentre à Avignon, s'inscrit en lycée agricole, reprend le foot, arrête quasiment le tennis.

Sa critique de la Fédération : « En France, on a du mal à gérer les profils atypiques. On met tout le monde dans le même moule. Il fallait nous approcher différemment. Prendre le temps de comprendre pourquoi je m'énervais, pas juste virer. »

Le mécène providentiel

Un licencié du petit club d'Avignon, proche du père mais pas un ami intime, va voir le père : « Je crois en Benoît. Je suis prêt à financer toute une saison. »

Les parents hésitent. Benoît accepte. Ce qui change tout : « Quand c'est pas tes parents qui payent, tu te sens redevable. C'est un truc fort. Je me suis dit : je peux pas décevoir cette personne. »

La pression positive : contrairement à la pression destructrice de la Fédé, la confiance de ce mécène crée une pression qui pousse vers le haut. Entre 17 et 18 ans = la période de plus forte progression. Premier tournoi junior gagné, premier tournoi pro gagné la même année.

L'anecdote : le mécène lui avait dit à 17 ans (alors que Benoît était classé moins de 6) : « Un jour, si tu joues Nadal à Roland Garros, je veux être dans les tribunes. » Benoît a joué Nadal à Roland Garros. Le mécène était dans les tribunes.

L'entrée sur le circuit (18 ans)


La colère : d'où ça vient ?

Ce qu'il dit

« J'ai du mal à l'expliquer. On a essayé : des psys, des sophrologues, des hypnotiseurs. J'y allais toujours à reculons parce que je me disais : si je veux être calme, je peux être calme. C'est juste que j'arrivais pas à me contrôler. »

« La psy me disait : tout va bien. On essayait de revenir dans mon enfance, mais mon enfance a été belle. Mon présent était nickel. D'où ça vient, personne n'a jamais trop su. »

La distinction court / vie

L'évolution qu'on ne voit pas

« Ce qui est difficile à comprendre pour les gens, c'est que j'ai vachement évolué mentalement, même si j'ai des crises de temps en temps. Si vous m'aviez vu à 13-14 ans, quand j'insultais tout le monde et que mes parents me sortaient du court, j'étais beaucoup plus cholérique qu'à 21 ans sur le circuit. Tout est relatif. »

Le regret immédiat

« Quand le match se termine, je suis le plus triste. Je me dis : comment j'ai pu dire des horreurs pareilles, casser mes raquettes ? Vraiment, je peux pas l'expliquer. Je suis le premier à regretter, le premier malheureux. »

Jamais calculé

« Jamais j'ai cherché le buzz. Jamais j'ai joué un jeu. Jamais j'ai voulu être une personne parce qu'on attendait ça de moi. On gagne notre vie grâce au tennis, pas grâce au buzz. Qu'on parle de nous dans la presse ou pas, ça change rien à notre carrière. »


Talent vs sacrifice : la question centrale

Sa position honnête

« Si j'avais voulu être numéro 1 mondial, il aurait fallu que je sacrifie beaucoup de choses et je sais pas si j'étais capable de le faire. Le sérieux que certains joueurs ont pour leur préparation physique, leurs étirements, l'alimentation, je l'ai jamais fait de toute ma carrière. »

« Si on me dit : est-ce que tu refais la même chose mais avec plus d'efforts ? Je réponds non. Je serais incapable de faire ce que les autres ont fait. Et je les respecte énormément pour ça. »

L'argument de la longévité

« Si j'avais tout sacrifié, j'aurais pas joué aussi longtemps. J'aurais craqué à 17-18 ans. Si faut faire tout ça pour y arriver, j'en suis incapable. »

Le gap avec les génies

Sur Sinner, Alcaraz, Federer, Nadal, Djokovic :

« Ils sont exceptionnels. Ils font tout mieux que nous. Meilleure vision de la balle, meilleur retour, meilleur service. Ça s'explique pas. On est tous des humains, on devrait tous être capables de faire la même chose. Mais ils ont un truc en plus. »

Le talent comme évidence invisible

« Moi, j'ai l'impression que tout le monde peut faire ce que j'ai fait. Mais au final, on a un talent, un don, de la chance. Quand tu es à leur place, tu comprends pas pourquoi les autres y arrivent pas. »


Le Covid : le seul vrai regret

« Le seul regret que j'ai dans ma vie, c'est la période Covid. Si c'était à refaire, je referais différemment. J'ai tellement déconnecté du tennis. Bu d'alcool à la maison, une phase bizarre. J'étais pas habitué à rester enfermé aussi longtemps. »

« Je me plains pas, je sais que le Covid a été dur pour beaucoup. Mais si je devais refaire un truc, c'est cette période où j'ai trop profité. »


La vie de circuit : la réalité

Une semaine type

Le rythme

Le staff réduit

L'entraîneur comme ami

« J'ai toujours voulu que mon entraîneur soit quelqu'un avec qui je m'entends bien et dont je suis très proche. Au bout de 3 semaines ensemble, on a plus rien à se dire. Quand le kiné arrive, il est tout frais, content de nous revoir, il raconte des nouvelles histoires. C'est génial pour voyager. »


L'alcool et les soirées : la vérité

« Cette image est faussée. Pendant ma carrière, c'était très rare que j'aille en soirée. Quelques soirées, en fin de longue tournée. Pas la veille d'un match. »

L'anecdote de Saint-Brieuc

À 18-19 ans, challenger. Il bat son premier top 100, sort en soirée, boit. Le lendemain : joue en quart, est nerveux, casse sa raquette, perd. C'est la première et dernière fois qu'il sort la veille d'un match.

« À partir de ce moment-là, j'ai jamais fait de soirée la veille d'un match. Jamais. »

Le pattern

Les grosses soirées : en fin de tournée (ex : après l'US Open), quand il savait qu'il avait 1-2 semaines de repos. « Tu es à New York, tu as fait 4 semaines de tournoi, tu as gagné ton argent, tu es avec tes amis. Si je rentre à l'hôtel et prends mon vol le lendemain, j'aurais été déçu. »


La face avec les légendes

Federer : 3 balles de match

Contre Federer en Allemagne, 3 balles de match. « C'était mon idole depuis tout petit. Si j'avais pu le battre une fois, j'aurais trop aimé. » Il les perd. Federer lui dit en serrant la main : « Celui-là, tu méritais de le gagner. » Réponse de Paire : « Alors laisse-le moi. »

Chacun sa qualité terrifiante

Ce qui les sépare des autres

« Ils jouent mieux, ils ont une meilleure vision de la balle, ils retournent mieux, ils servent mieux. Ils sont mieux préparés, mieux entraînés. C'est comme LeBron James, Steph Curry, Tiger Woods. Il y a des surdoués dans chaque sport, des talents innés. »


Le bonheur et l'héritage

A-t-il été heureux ?

« Oui, j'ai été heureux la plupart du temps, sauf le jour où je perdais mon match. »

Le rituel post-défaite : rentrer à l'hôtel, prendre un bain, 2-3h sans parler à personne. Appeler ses parents : « J'arrête le tennis, c'est fini. » Sa mère : « Mais non Benoît, attends un peu. » Le lendemain ça allait mieux. Le surlendemain, il avait qu'une envie : retourner en tournoi.

« Le nombre de fois où j'ai appelé mes parents pour leur dire "j'arrête le tennis", c'est incalculable. J'ai 37 ans et j'ai qu'une envie, c'est continuer à jouer. C'est vraiment paradoxal. »

Ce qu'il dirait au Benoît de 17 ans viré du CNE

« Tu as une belle vie qui t'attend. Tu vas vivre des émotions comme on en vit rarement. Profite des années qui arrivent, ce seront les plus belles. Reste toi-même et continue à kiffer. »

Comment il veut qu'on se souvienne de lui

« Comme un mec cool qui a profité, qui a donné des bonnes émotions au public. Qui a toujours été lui-même. Qui a jamais manqué de respect à personne. De temps en temps les arbitres, mais ça il faut m'excuser. »

Sa devise (tatouée)

« Vis ta vie. Kiffe. »


Applications pour Tom

En tant que coach : la gestion des élèves colériques

C'est LE sujet de cette interview. Paire est le cas d'école du joueur talentueux avec un problème de gestion émotionnelle que personne n'a su résoudre, y compris des psys et la Fédération.

1. La colère n'est pas un problème d'éducation

Paire est bien éduqué, calme dans la vie, poli dans le vestiaire. La colère sur le court est un phénomène spécifique au contexte compétitif, pas un défaut de caractère. Ne pas juger l'élève qui s'énerve comme « mal élevé ».

2. La colère vient de la passion

« Si on aime la défaite, c'est pas normal. »

L'élève qui s'énerve après une défaite est souvent celui qui tient le plus au sport. Celui qui s'en fiche ne s'énerve pas, mais ne progresse pas non plus.

3. La Fédé a fait l'inverse de ce qu'il fallait

Elle a viré au lieu de comprendre. Paire demandait qu'on « prenne le temps de comprendre pourquoi il s'énervait ». Le rôle du coach n'est pas de sanctionner la colère, mais de la comprendre et d'aider à la canaliser.

4. L'évolution est réelle mais invisible

Paire dit qu'il a « vachement évolué mentalement » depuis ses 13 ans, même si le public ne voit que les crises. Le coach doit mesurer la progression émotionnelle sur le temps long, pas sur un match isolé.

5. L'approche psy n'a pas marché pour lui

Il y allait à reculons, « je me disais que si je voulais être calme, je pouvais ». La psy remontait à l'enfance mais « mon enfance a été belle ». Ça montre que l'approche thérapeutique classique ne fonctionne pas avec tous les profils. Parfois, il faut accepter que la colère fait partie du package.

6. Sport collectif = calme / sport individuel = colère

Paire était calme au foot. Le tennis, sport individuel, concentre toute la pression sur un seul individu. En ping-pong (individuel aussi), la même dynamique existe. Le coach peut aider en créant des moments collectifs dans un sport individuel (doubles, entraînement en groupe).

En tant que coach : le rapport au talent

7. Ne pas forcer les jeunes trop tôt

Paire a fait tennis + foot jusqu'à 13 ans, s'entraînait peu jeune, n'a pas été poussé. Résultat : carrière longue, motivation intacte à 37 ans. « Si j'avais tout sacrifié, j'aurais craqué à 17-18 ans. »

8. Le mécène = la puissance de la confiance d'un tiers

Un inconnu qui dit « je crois en toi » et met de l'argent dessus a changé la trajectoire de Paire. Parallèle direct avec le Dr Cyril Mach (vidéo précédente) : la confiance vient de l'autre. Le coach peut être ce tiers qui croit en un élève quand personne d'autre n'y croit.

9. La pression positive vs la pression négative

10. Honnêteté sur les limites

Paire dit sans honte : « Si on me demande de faire plus d'efforts, je réponds non. Je serais incapable. » Aider les élèves à trouver leur niveau de sacrifice acceptable, pas le niveau maximal théorique.

Pour Tom personnellement

11. Le parallèle sport individuel / coach

Paire décrit la solitude du tennisman : tu es seul sur le court, tu gères ta carrière, tu es ton propre patron. Tom, en tant que coach freelance, vit la même chose. L'entraîneur-ami que Paire décrit (quelqu'un avec qui tu manges, tu parles, tu partages tout) est un modèle de relation coach-joueur.

12. Profiter de la vie ET performer

Paire n'a jamais sacrifié sa vie sociale pour le tennis. Il a visité les villes, mangé dans les bons restos, pris des bières en fin de tournée. Et il a eu une carrière de 20 ans en top niveau. L'idée que le sacrifice total est obligatoire est un mythe.

13. Le rituel post-défaite

« 2-3h dans un bain, pas me parler. Appeler mes parents pour dire j'arrête. » Avoir un rituel de décompression après une mauvaise performance est sain. Le problème n'est pas l'émotion, c'est de ne pas avoir de processus pour la traverser.


Liens avec les autres vidéos analysées


Citations marquantes

« Si on aime la défaite, c'est pas normal. »

« Quand c'est pas tes parents qui payent, tu te sens redevable. C'est un truc fort. »

« En France, on a du mal à gérer les profils atypiques. On met tout le monde dans le même moule. »

« Si j'avais tout sacrifié, j'aurais pas joué aussi longtemps. J'aurais craqué à 17-18 ans. »

« J'ai l'impression que tout le monde peut faire ce que j'ai fait. Mais au final, on a un talent, un don, de la chance. »

« Le nombre de fois où j'ai appelé mes parents pour dire "j'arrête le tennis", c'est incalculable. J'ai 37 ans et j'ai qu'une envie, c'est continuer. »

« Quand le match se termine, je suis le plus triste. Comment j'ai pu dire des horreurs pareilles ? Je suis le premier à regretter. »

« J'ai toujours été moi-même. J'ai jamais joué de jeu. »

« Vis ta vie. Kiffe. »


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