URL : https://youtu.be/I4wJ7MjDg0M
Format : Documentaire enquête (~55min)
Dans les marchés bio parisiens, la croyance est quasi unanime chez les consommateurs : le bio n'utilise aucun pesticide. On paie plus cher pour la santé, et on est "sûr". Seul Grégory, primeur depuis 10 ans, nuance : il existe bien une liste de "petits trucs tolérés, en infime quantité".
Cette liste existe. Elle est publique, accessible en ligne : le Guide des produits de protection des cultures biologiques. Une fois imprimée, elle fait des milliers de lignes. Elle répertorie 392 produits autorisés en bio à ce jour, avec leurs usages par culture : insecticides, fongicides, tous les fruits et légumes concernés (tomates, poivrons, pommes, cerises...).
La différence avec l'agriculture conventionnelle : ces produits sont d'origine naturelle. Ce sont des biopesticides.
Marcel Amichot, toxicologue à l'INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, Nice) est le spécialiste français des biopesticides.
"Faut s'enlever de l'esprit l'idée que puisque c'est naturel, on aura peu de problèmes. C'est pas une règle absolue. Il y a un certain nombre de biopesticides dont on ne connaît pas ou mal les effets secondaires."
Exemple : la morsure de moustique ou le venin de scorpion sont naturels et dangereux. Le raisonnement "naturel = sans danger" ne tient pas.
Le Bacillus thuringiensis (BT) est une bactérie insecticide. Pulvérisée, elle produit des toxines sous forme de cristaux qui pénètrent dans l'intestin des chenilles. En quelques heures, mort par infection généralisée. Fabricant principal : Valent Bioscience.
C'est le biopesticide le plus épandu dans le monde.
Benoît Eon, maraîcher bio depuis 15 ans à Guérande (Loire-Atlantique), 15 hectares, quarantaine de légumes. Il utilise le BT sur ses choux attaqués par les chenilles (sans traitement, le chou est entièrement dévoré, invendable). Les autres cultures — salades, notamment — poussent sans biopesticide. Principe : traitement uniquement quand le risque de perdre la culture est avéré.
Son observation sur le bio grande distribution :
"Je pense qu'ils ont eu plusieurs passages de traitement, certainement beaucoup plus que moi, pour avoir un produit beaucoup plus beau à la finition. Il vaut mieux avoir davantage confiance dans un chou qui a des petits trous plutôt qu'un chou impeccable."
Étude ANSES 2021 (Agence française de sécurité sanitaire) : "Analyse du Bacillus thuringiensis en lien avec des intoxications alimentaires en France". Portée sur 250 intoxications alimentaires collectives entre 2007 et 2017. Symptômes : diarrhée, nausées, vomissements aigus — parfois jusqu'à l'hospitalisation. Dans 8 à 20 % des cas étudiés, le BT serait responsable. Les chercheurs recommandent des investigations plus approfondies.
Marcel Amichot :
"BT peut provoquer des intoxications alimentaires. Si on mange des légumes traités avec BT, oui, c'est un cas possible de contamination."
Raphaël Rousset, chercheur au CNRS, étudie les effets à long terme du BT sur l'intestin des drosophiles (parallèles forts avec l'intestin humain) :
"Notre hypothèse : l'ingestion de bactéries BT pourrait induire un processus d'inflammation. Si cette inflammation devient chronique, c'est la porte ouverte au développement de cancer de l'intestin."
Ses travaux, financés par des associations de lutte contre le cancer, n'auront pas de résultats définitifs avant plusieurs années.
Position de Valent Bioscience : la dangerosité n'est pas prouvée ; les études ANSES s'appuieraient sur des données insuffisantes.
Conseil pratique (Amichot) : bien laver et frotter les fruits et légumes. Le BT reste en surface (à la différence des pesticides chimiques qui pénètrent la peau).
Le Spinosad est un insecticide mis au point dans les années 1980 par le géant américain de la chimie Dow Chemical, initialement pour l'agriculture conventionnelle. Aujourd'hui autorisé en bio pour de nombreuses cultures : fraisiers, haricots, maïs, et bien d'autres.
Il agit sur le système nerveux : c'est un neurotoxique — pas uniquement pour les insectes, mais pour tout organisme doté d'un système nerveux.
Mentions sur son étiquette :
Étude Agroscope 2021 (Institut public suisse de recherche agronomique) : premier classement de tous les pesticides par toxicité sur les abeilles. Résultat : le Spinosad est en tête, plus dangereux que des pesticides de synthèse comme le chlorpyrifos (interdit dans l'UE depuis 2020), classé seulement 3e.
Il y a 5 ans, l'EFSA (Agence européenne de sécurité alimentaire) a recommandé de classer le Spinosad toxique pour la reproduction. Elle le soupçonne d'être un perturbateur endocrinien (mention "ED" — endocrine disruptive — dans son rapport).
Suite à cette alerte, la Commission européenne a lancé un nouveau processus d'évaluation. Une interdiction est possible.
Pierre-Michel Perinot, président de l'association Alerte des médecins sur les pesticides, après 18 mois d'analyse documentaire sur plusieurs pesticides suspects :
"Parmi les différentes espèces sur lesquelles il a été testé, c'est toujours la thyroïde qui est la plus sensible. La perturbation thyroïdienne a des effets particulièrement notables pendant la grossesse : un dérèglement des hormones thyroïdiennes peut entraîner des impacts sur le cerveau de l'enfant en cours de maturation."
Sa position :
"Il faut avoir le courage d'appliquer le principe de précaution. C'est l'interdiction de mise sur le marché."
Philippe Camburet, président de la FNAB (Fédération nationale d'agriculture biologique, +10 000 fermes), céréalier bio dans le Lyonnais. Il n'utilise aucun produit sur ses céréales.
Sur les pesticides en bio : il les présente comme un recours de dernier ressort, issus de produits naturels sans danger. Sur le Spinosad :
"Ce produit a été autorisé en 2008. Au fur et à mesure de l'observation, certains potentiels risques ont remonté. On l'a dans notre viseur et on a commencé à chercher des alternatives, parce qu'il pourra être interdit prochainement."
Sa position de principe :
"Si ces produits étaient offensifs, ils ne seraient pas autorisés."
L'enquête montre que cette logique — autorisé donc inoffensif — est précisément ce que les scientifiques remettent en question.
Un rapport de dangerosité pour les abeilles classe le spinosade en numéro 1, devant le chlorpyrifos (numéro 3), pourtant interdit en Europe depuis 2020 car pesticide de synthèse. Le spinosade, produit d'origine naturelle autorisé en agriculture biologique, serait donc plus dangereux pour les abeilles que ce pesticide de synthèse interdit.
Le président de la FNAB (Fédération nationale de l'agriculture biologique), Philippe Camburet, déclare ne pas connaître l'étude citée et affirme ne pas utiliser de spinosade sur sa propre ferme. Il reconnaît cependant que peu d'agriculteurs bio font de même.
Un rapport de l'EFSA (Agence européenne de sécurité alimentaire) datant de 2018 indique que le spinosade est soupçonné d'être un perturbateur endocrinien (désigné "ED" pour "endocrine disruptor" dans le document). Le spinosade cumule donc deux signaux d'alerte :
Face à ces éléments, Philippe Camburet refuse d'appeler à l'interdiction immédiate du spinosade, s'en remettant aux autorités sanitaires européennes et françaises. Il affirme travailler au quotidien avec les agriculteurs sur des alternatives, sans pour autant en faire une consigne formelle d'arrêt par principe de précaution.
Le spinosade est soumis à des limites maximales de résidus (LMR) définies dans un règlement européen applicable à l'agriculture conventionnelle comme biologique. Ces LMR concernent notamment les tomates, aubergines, concombres, courgettes, etc.
L'institution publique chargée de contrôler le bio en France est l'INAO (Institut national de l'origine et de la qualité). L'INAO délègue ce contrôle à 11 organismes certificateurs privés agréés par l'État, qui délivrent le logo AB. Leur mission inclut des analyses chez les agriculteurs bio, définies par un document de l'INAO : recherche des substances interdites (pesticides de synthèse) et des substances autorisées (biopesticides).
Écocert, fondé il y a 30 ans, certifie aujourd'hui 300 000 agriculteurs bio en France, soit plus de la moitié d'entre eux.
Selon une ancienne auditrice d'Écocert (appelée "Juliette"), un audit de producteur est limité à 4h20, temps de route, préparation et synthèse compris, soit 2 à 3 heures sur place effectivement. Ce temps contraint oblige les auditeurs à prioriser les vérifications.
Selon plusieurs auditeurs d'Écocert (dont certains sous accord de confidentialité et s'exprimant anonymement) :
Citation d'un auditeur anonyme : "Si c'est une substance autorisée, on ne va pas chercher plus loin."
Citation d'un autre auditeur anonyme : "On ne fait pas de recherche de biopesticides."
Un document confidentiel interne d'Écocert intitulé "Prélèvement et échantillonnage pour analyse" a été transmis aux journalistes. Ce guide de 27 pages détaille précisément les protocoles de prélèvement (matériel requis : sacs, glacière, pelle à main, boussole ; schémas selon la forme des champs) et liste les substances à rechercher. Conclusion : aucune mention des biopesticides ni des LMR associées sur l'ensemble du document.
Confronté à ces révélations, le président de la FNAB se dit surpris. Il affirme que l'agriculture biologique est "la plus contrôlée qui soit" et que les consommateurs peuvent être rassurés. Face aux preuves apportées, il reconnaît qu'il faudra "être plus exigeant par rapport aux organismes de contrôle" et être "peut-être plus précis", qualifiant cela de "progrès qui reste à faire".
Après une vingtaine d'échanges par mail et une dizaine de conversations téléphoniques, Écocert refuse toute interview filmée. Par écrit, Écocert confirme la position suivante :
"Lorsque les substances autorisées ne font pas l'objet de limite spécifique au bio tel que le spinosade, elles ne sont pas recherchées par Écocert."
Le directeur général d'Écocert France, Thierry Stiezel, contacté par téléphone, avance dans un premier temps qu'il dispose de rapports d'analyse dans lesquels le spinosade aurait été recherché. Puis il concède qu'il n'est effectivement pas recherché "spécifiquement" mais uniquement dans des "analyses de routine". La position d'Écocert reste contradictoire selon les interlocuteurs.
Par la suite, Écocert précise par courriel qu'en 2022, des prélèvements ont été réalisés chez 5 % de leurs agriculteurs bio (qu'ils utilisent ou non du spinosade) et qu'aucune analyse n'aurait révélé de problème. Ils maintiennent néanmoins ne pas être chargés de surveiller spécifiquement le spinosade, faute de limite explicite dans le règlement bio européen.
L'INAO, contacté, refuse l'interview mais confirme par écrit la même position qu'Écocert : le spinosade ne fait pas l'objet de LMR explicite dans le règlement européen de l'agriculture biologique, donc les organismes certificateurs n'ont pas à rechercher ses résidus.
Les journalistes se rendent à Bruxelles pour interroger la Commission européenne. Le porte-parole Stéphane de Keersmaeker affirme :
Confronté au règlement européen de l'agriculture biologique de 2021 (règlement d'exécution de la Commission), où la colonne "limites / conditions spécifiques" en face du spinosade est vide, le porte-parole reconnaît que cela peut "induire en erreur" mais maintient que l'obligation de respecter toute la législation européenne s'impose implicitement.
Le porte-parole de la Commission admet que les LMR "peuvent changer régulièrement" et qu'il ne serait "pas d'un point de vue législatif la meilleure solution" de modifier les textes bio à chaque changement, préférant renvoyer à la "législation concernée".
La Commission européenne reconnaît que les résidus de pesticides biologiques autorisés doivent être contrôlés et que des dépassements de limites doivent conduire à une intervention. Pourtant, en France, la surveillance du Spinosad sur le terrain est inexistante.
Après investigation :
Conclusion : aucun organisme ne surveille spécifiquement le Spinosad sur le terrain.
En 2021, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) émet une nouvelle alerte sur le Spinosad et recommande une baisse significative des limites maximales de résidus (LMR) sur plusieurs légumes :
| Légume | LMR actuelle (mg/kg) | LMR recommandée (mg/kg) |
| Poivron | 2 | 0,6 |
| Laitue | 10 | 4 |
| Épinard | (valeur en vigueur) | divisée par ~4 |
| Endive | (valeur en vigueur) | réduite |
| Blette | (valeur en vigueur) | réduite |
L'avis de l'EFSA est consultatif. La décision d'abaisser ou d'interdire appartient au Scopaf.
Le Scopaf (Standing Committee on Plants, Animals, Food and Feed — Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et de l'alimentation animale) siège à Bruxelles et guide la Commission européenne sur la réglementation des pesticides, dont la fixation des LMR.
Caractéristiques de fonctionnement :
Éric Andrieux, député européen (Socialistes et Démocrates), ancien président de la commission spéciale sur les pesticides (2018, dossier glyphosate), qualifie le Scopaf de "boîte noire" : les élus eux-mêmes ignorent qui siège en son sein et comment les États membres votent.
La Commission justifie l'opacité par la nécessité de permettre un "libre échange d'idées entre États membres sans pression extérieure".
Fin 2021, le Scopaf se réunit pour voter sur le Spinosad. La décision n'est pas rendue publique immédiatement. Éric Andrieux obtient la réponse en juin 2022 via des questions écrites à la Commission.
Décision : abaissement des LMR du Spinosad, conformément aux recommandations de l'EFSA.
Implication : reconnaître que les LMR antérieures étaient insuffisantes pour protéger la santé. Le Spinosad est soupçonné d'être un perturbateur endocrinien pour les humains. Sa toxicité pour les abeilles est avérée.
Interdiction non retenue : la Commission a commandé des études scientifiques supplémentaires à l'EFSA. Le Spinosad reste sur le marché au minimum jusqu'en 2025.
L'EFSA avait émis sa première alerte en 2018. En 2023, cinq ans plus tard, aucune décision d'interdiction n'a été prise.
Le ministère français de l'agriculture a finalement confirmé, après plusieurs mois de silence, que ce sont principalement ses agents qui siègent au sein du Scopaf et que la France avait voté pour l'abaissement des LMR sur le Spinosad.
Le biocontrôle désigne des pesticides d'origine naturelle destinés à l'agriculture conventionnelle (non biologique). Le ministère de l'agriculture a établi une liste officielle de produits de biocontrôle, distincte de la liste des substances autorisées en agriculture biologique. Certains produits apparaissent sur les deux listes (ex. : Bacillus thuringiensis, Spinosad).
Objectif gouvernemental : réduire de 50 % l'utilisation des pesticides d'ici 2025 (plan Écophyto).
Résultat : plus de 700 produits de biocontrôle disponibles pour les agriculteurs conventionnels.
Tests menés en Bretagne par la chambre d'agriculture (ingénieure agricole Maette Lolan, évaluation de 13 produits) :
Syngenta est un mastodonte du secteur des pesticides et du biocontrôle. En 2021, la multinationale a engrangé 16,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Elle se présente comme championne des pesticides de synthèse et développe désormais une branche biocontrôle.
Une employée de Syngenta a transmis à l'équipe d'enquête une clé USB contenant des documents confidentiels couvrant 2015 à 2021. Ces documents détaillent les techniques de vente de pesticides de synthèse et de biocontrôle.
Un ancien commercial de Syngenta, appelé "Philippe" (anonymat préservé, voix reconstituée par un acteur), témoigne :
"J'ai travaillé chez Syngenta parce que je pensais qu'on vendait des solutions aux agriculteurs. Je trouvais que c'était un métier noble, sauf qu'après j'ai découvert l'envers du décor. Chez Syngenta, il y a deux règles : la règle officielle et la règle cachée."
Syngenta vend ses produits aux coopératives agricoles et aux grossistes, qui les revendent ensuite aux agriculteurs. Les cadeaux ciblent les acheteurs de ces coopératives et grossistes pour influencer leurs décisions d'achat.
"Il faut s'imaginer un acheteur d'une coopérative qui a le choix entre deux produits identiques, sauf que l'un des fournisseurs lui propose un voyage ou des cadeaux. Le choix est vite fait."
Selon Philippe, les cadeaux représentent plusieurs millions d'euros en France.
Extraits des documents confidentiels :
| Cadeau | Montant |
| Voyage de groupe à Budapest | 22 860 € |
| Voyage au Cap-Vert (thème : biocontrôle) | 35 000 € |
| Deux soirées au casino | 7 700 € |
| Week-end ski en Autriche (dont 1 100 € de location de ski) | 8 775,80 € |
| Dîner gastronomique | 2 500 € |
"On invite des patrons, on organise des chasses pour les directeurs — des chasses à gibier à l'étranger, très haut de gamme. On n'emmène pas en voyage des gens qui ne vendent pas. C'est donnant-donnant."
En parallèle des voyages, Syngenta aurait utilisé des cartes cadeaux dont la valeur est proportionnelle aux volumes de pesticides vendus :
"C'est extrêmement simple : vous voulez vendre un produit que les agriculteurs n'achètent pas assez. On propose une somme d'argent à notre client. Les vendeurs vont vendre un maximum de ce produit pour toucher cette prime. Moi, je trouve ça choquant."
Maître Christophe Curtelin, avocat spécialisé en droit des affaires et législation anticorruption (plus de 10 ans d'expérience), analyse les pratiques décrites :
"Si ce cadeau me fait changer de décision pour faire quelque chose qui n'est pas dans mon intérêt professionnel, on est vraiment dans un sujet qui relève du pénal."
Le président Bruno Baran a refusé toute interview. Un courriel de l'entreprise indique :
"Syngenta s'est toujours conformé aux lois en vigueur. Les pratiques de type carte cadeau en euros par litre ou par kilo sont strictement prohibées pour les produits phytosanitaires conventionnels. Les événements que vous mentionnez sont anciens et licites."
Selon les informations de l'enquête, en 2022, Syngenta a continué à organiser des séjours ski dans des hôtels de luxe à l'Alpe-d'Huez. En 2023, des voyages à l'étranger, notamment en Irlande pour le tournoi des Six Nations.
Depuis 2019, les pesticides conventionnels ont disparu des rayons des jardineries. Les biopesticides ont pris leur place. Le pyrèthre domine les rayons : insecticide contre pucerons, insectes volants et rampants, fourmis, moustiques.
Le pyrèthre est cultivé sur les hauts plateaux de la vallée du Rift, à 2 800 m d'altitude. Conditions optimales : altitude élevée, terre volcanique et humide. La récolte est continue toute l'année.
L'acteur principal de la filière est Kentgra, entreprise américaine dont l'usine est située en banlieue de Nairobi. Kentgra achète les fleurs séchées aux agriculteurs locaux et produit une tonne d'extrait pur par mois. Prix de vente : 250 € le litre. L'entreprise fournit déjà tous les principaux fabricants de biopesticides en Europe.
Prix d'achat des fleurs séchées aux cultivateurs : moins de 2 € le kilo.
Kentgra a financé, avec une entreprise agronomique partenaire, un laboratoire de recherche sur les engrais. Ce laboratoire a mis au point un engrais de synthèse spécifiquement pour les cultivateurs de pyrèthre :
Le laboratoire a bénéficié de 460 000 € de financement européen (Union européenne).
Un agronome partenaire de Kentgra a confié hors caméra recommander plusieurs fongicides, dont le Vum Prime, commercialisé par Bayer.
En 2019, une étude coordonnée par un chercheur français du CNRS a mis en évidence la toxicité du Vum Prime sur les cellules humaines et les abeilles.
Kentgra a récemment interdit l'usage des herbicides. Conséquence : le désherbage doit se faire à la main, nécessitant 10 personnes pendant une semaine par parcelle.
Les cultivateurs Joshua et Ben estiment une perte de 40 % de leur profit depuis cette décision. Le prix d'achat des fleurs par Kentgra n'a pas été revu à la hausse pour compenser.
"Eux font du profit, mais nous on est désavantagé. Ils profitent de nous."
Les cueilleuses de fleurs sont payées au rendement, sans salaire fixe :
Le pyrèthre vendu comme biopesticide naturel repose sur une filière qui utilise :
"Ni vraiment bio, ni vraiment éthique. Avec les biopesticides, il faut se méfier des apparences. Elles sont parfois trompeuses."