Alors aujourd'hui, on va parler du stoicisme. Bon donc le stoicisme c'est un gros morceau. Euh ça correspond à la période de l'antiquité. On est au 3e siècle avant Jésus-Christ. Donc c'est un mouvement philosophique qui vient après Socrate, Platon, Aristote. Et c'est un mouvement qui a perduré à travers les siècles, qui a subi pas mal de d'évolution voire de déformation. Alors, c'est toujours difficile d'aborder un un grand courant philosophique comme celui-là parce que la question c'est de savoir mais par quel bout par quel bout le prendre. Et le problème se pose d'autant plus que le stoicisme correspond à ce qu'on pourrait appeler une philosophie totale. Philosophie totale, c'est-à-dire que c'est ce n'est pas seulement euh un système de pensée, un système de compréhension du monde. C'est à la fois une philosophie théorique et une philosophie pratique. C'est une philosophie qui est tournée à la fois vers la compréhension mais aussi vers l'action vers l'action dans le monde et qui est donc destiné à l'individu. Alors on va partir de quelques citations. Je je donnerai des citations de mémoire parce que je n'ai pas je n'ai pas préparé là cette vidéo. Je préfère je préfère improviser, donner des pistes et puis ensuite chacun prend ce qu'il a envie de prendre et poursuit ses recherches. Alors, je vais partir d'une première citation à laquelle on fait souvent référence pour résumer le stoicisme qui est de dire il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. Donc la vision stoicienne du monde, elle est déjà basée sur une première séparation. une séparation dont on doit prendre conscience pour comprendre nos nos limites, nos limites en tant qu'être humain et nos limites en tant que qu'individu. Il y a des choses qui dépendent de nous. Par exemple, il dépend de moi de travailler pour réussir. Il dépend de moi de rechercher la vérité. Il dépend de moi de bien agir. Il ne dépend pas de moi d'être grand, fort puissant. Il ne dépend pas de moi d'être beau. Il ne dépend pas de moi de naître à tel ou tel endroit. Donc on arrive assez bien à comprendre en fait ce que nous disent les stoïens. Il y a ce dont on hérite et il y a ce qu'on ce qu'on construit par soi-même. Évidemment, on pourra toujours répondre que cette limite est assez floue. Par exemple, les stoïciens disent qu'il ne dépend pas de nous d'être riche. Or, on peut faire remarquer que ben si, il dépend de nous d'être riche. C'est-à-dire que bah si je dirige mon action vers la réussite matérielle financière, j'ai plus de chance d'être riche que si je ne fais rien. Donc en ce sens, on pourra toujours trouver des points de détail sur lesquels cette division entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous est discutable. Mais dans les grandes lignes, encore une fois, on comprend ce que ça veut dire. Prendre conscience de cette distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. En fait, pour les stoiciens, c'est juste un premier pas. C'est le premier pas vers la conscience que nous ne sommes pas en capacité de tout faire et que nous sommes fondamentalement limités. Donc, de ce point de vue-là, la philosophie stoïcienne, c'est un appel à l'humilité. l'humilité qui n'est rien d'autre que la reconnaissance de notre impuissance, de notre finitude. On peut le dire de manière inversée. Si j'ai des souhaits ou des désirs ou des ambitions totalement démesurées, d'une manière ou d'une autre, je vais être confronté à mes limites. Je ne vais pas pouvoir accéder à tout ce que je souhaite. Et lorsque je rencontrerai des obstacles à mes désirs, ben le problème c'est que je risque d'être malheureux. Pour le dire de manière synthétique, si je désire des choses impossibles, je vais souffrir. Je vais souffrir parce que je vais m'en rendre compte que par définition ce qui est impossible ne m'est pas accessible. Alors ça a l'air totalement évident et banal de dire ça. On peut se dire "Mais c'est vraiment ça la philosophie ? dire que ce qui est impossible est impossible en quelque sorte. C'est c'est une totologie. Oui, mais si les stoïens prennent la peine de le préciser, c'est parce que dans notre comportement quotidien, dans notre comportement réel, on a tendance à l'oublier. On a tendance à croire que certaines choses peuvent dépendre de nous alors qu'elles n'en dépendent pas. Et ils prennent quelques exemples très concrets. Premier exemple, je sais, j'ai conscience que ma vie est limitée. Mon existence sur cette terre est limitée dans le temps. Et d'ailleurs, l'existence de tous les êtres humains est limitée. que lorsque quelqu'un meurt et bien même si c'est quelqu'un à qui je tenais beaucoup, même si c'est quelqu'un que j'aimais, je dois accepter sa disparition, je dois accepter la mort de cette personne puisque c'est dans l'essence de l'être humain de naître, de vivre et de mourir. Être triste parce que un être cher meurt pour les stoïens, c'est d'abord une aberration logique. Et c'est vrai, c'est une aberration logique. Je ne peux pas faire en sorte que les gens que j'aime soient éternels. C'est un fait. Donc cette cette première limite de la nature humaine qui est qui est la mort, donc la limite temporelle, je dois pas seulement savoir qu'elle existe, je dois l'accepter. Et c'est là qu'on voit que chez les stoïens, comprendre quelque chose, avoir conscience de quelque chose, c'est pas simplement savoir que ça existe, c'est l'accepter au plus profond de son être et même au plus profond de sa chair. Et c'est à ce moment-là qu'on s'aperçoit que la philosophie stoïenne n'est pas seulement une philosophie théorique mais bien une philosophie pratique. C'est à la fois une philosophie et une psychologie. Notre vie n'est pas éternelle. Nous devons accepter la mort. Nous devons accepter notre propre mort. Alors Épicure disait apprendre à vivre c'est apprendre à mourir. Et la philosophie c'est tout le travail d'acceptation de la mort. Mais ce n'est pas l'accepter comme quelque chose de triste, de regrettable. C'est l'accepter comme une nécessité. c'est l'accepter comme une loi de la nature. Et c'est seulement à partir du moment où je l'accepte profondément comme une loi de la nature que je peux m'émanciper de la tristesse, du chagrin, de la souffrance que cette idée normalement véhicule. Si vous pensez l'instant, vous essayez d'imaginer à quel âge, en quel lieu, dans quelles circonstances, est-ce que vous allez mourir d'une mort naturelle ? Est-ce que vous allez mourir dans votre sommeil ? Est-ce que vous allez mourir d'un accident de voiture, d'une maladie incurable ? Bien, tout de suite, ce qui va vous envahir, c'est un sentiment d'angoisse. Et ce sentiment d'angoisse pour les stoïciens, il est la preuve que d'une certaine manière, vous n'avez pas accepté l'idée de la mort. Alors, on retrouve beaucoup cette idée, que ce soit chez les stoïens ou chez les épicuriens, qui est de dire que la mort n'est rien. La mort n'est rien. Pourquoi ? Ben parce que lorsque l'on vit, bien la mort n'est pas là et lorsqu'on meurt et ben on n'est plus là pour souffrir. Donc finalement, on ne rencontre jamais la mort. La mort nous emporte mais en un claquement de doigt qui fait que on n pas le temps de l'avoir. Donc l'angoisse de la mort, c'est l'angoisse d'une idée et non pas l'angoisse d'une réalité. C'est l'angoisse d'une projection mentale. Et c'est là qu'on commence à s'approcher un petit peu plus du noyau de la philosophie stoiccienne qui est le rôle de la de la projection imaginaire qui fait que l'individu n'est jamais totalement dans sa réalité présente. On n'est jamais vraiment dans l'instant présent si on peut dire. On est toujours dans l'anticipation du futur ou dans la nostalgie du passé, mais au final on n'est jamais réellement dans le présent. Le problème de ces projections, c'est que elles font naître en nous des émotions. Des émotions que les stoïens appelaient des passions. Donc c'est l'ancien terme pour parler des émotions. Alors passion ça en grec ça se dit pathos. patos qui veut dire souffrance. Et la passion, c'est aussi ce face à quoi nous sommes passifs. C'est ce que nous subissons. La peur, le regret, la jalousie, l'envie, la colère, tout ça, ce sont des émotions, ce sont des passions, mais ce sont des choses qui sont d'abord des créations de notre esprit. Et c'est la preuve que nous n'acceptons pas l'existence telle qu'elle est. J'ai pris l'exemple de de l'angoisse de la mort, mais on pourrait prendre un tas d'autres exemples. C'est par exemple je suis jaloux de mon voisin. Je suis jaloux de mon voisin parce qu'il a une plus belle voiture que moi ou parce qu'il a une plus belle femme que moi, des plus beaux enfants que moi, peu importe. Bien, cette jalousie, c'est une projection de mon esprit. C'est-à-dire que bah si mon voisin euh n'avait pas tout ce que je n'ai pas, je ne serais pas malheureux. Donc c'est parce que mon voisin a ce que je n'ai pas que j'ai cette frustration qui se traduit par la jalousie. Mais dans ce cas-là, ce n'est pas mon voisin qui est responsable, c'est moi. C'est moi qui laisse cette pensée et les émotions qui découlent de cette pensée. C'est moi qui laisse ces émotions prendre le dessus. Prendre le dessus sur moi, prendre le dessus sur mon état affectif. Donc, j'en suis responsable. Donc ça dépend de moi. Et là on en arrive à cette idée d'istoccien qui est que je ne dois pas être affecté par ce qui ne dépend pas de moi. D'accord ? Donc premier constat, il y a ce qui dépend de moi, il y a ce qui n'en dépend pas. Deuxième constat, je ne dois pas être affecté par ce qui ne dépend pas de moi. Je disais tout à l'heure que la peur de la mort pour les stoïs, c'était une aberration logique. Mais en fait, pour les stoïs, toute émotion est une aberration logique pour une raison simple qui est que une émotion ne résout pas le problème qui en est la cause. Alors, en réalité, pour les stoïens, la cause de nos émotions, c'est nous-même. Et nous identifions spontanément la cause de nos émotions à quelque chose d'extérieur à nous. Si je suis en colère, ce n'est pas de ma faute. C'est parce qu'on m'a rendu en colère. C'est parce qu'on m'a mis en colère. Pour les stoïs, ça c'est de la fouise. Si on est en colère, c'est parce qu'on arrive pas à maîtriser nos émotions. Et l'autre n'est qu'un prétexte pour justifier notre colère, c'est-à-dire pour justifier notre incapacité à maîtriser nos émotions. Nos émotions, nous en sommes responsables. Une preuve de ça, c'est que il y a des personnes qui arrivent très bien à gérer leurs émotions. Il y a des personnes qui arrivent à ne pas se laisser perturber ou affecter par des événements extérieurs, y compris des événements qui peuvent apparaître comme extrêmement graves et pénibles. Et d'ailleurs, on dit de ces personnes qu'elles savent rester stoïques. Stoïque dans le langage courant, ça signifie impassible. impassible sans passion. C'est une forme d'indifférence mais qui n'est pas une indifférence disons liée à à une absence de conscience. Au contraire, c'est une indifférence maîtrisée. C'est une indifférence assumée puisqu'elle correspond à la conscience qu'il y a certaines choses qui ne dépendent pas de nous. Et les stoïciens nous disent pourquoi être affecté de ce qui ne dépend pas de toi ? Ça ne résoudra pas le problème. La colère ne va pas faire disparaître les raisons de la colère. La jalousie ne va pas faire disparaître les raisons de la jalousie. Pour les stoïs, les émotions, c'est un petit peu la la chaleur que produit une énergie que nous n'arrivons pas à canaliser. Alors, on a besoin d'extérioriser cette énergie par une émotion, mais ça ne résout pas le problème. Si je me cogne le genou contre le coin de ma table basse, bah j'aurais beau insulter ma table basse ou lui taper dessus, ça ne va pas faire disparaître ma douleur. Quoique ça va me permettre de dépenser l'énergie qui est d à à ma douleur et à la colère qui résulte de cette douleur. Si je regarde une émission télé avec pour invité principal BHL, bah j'aurais beau l'insulter et jeter ma télécommande à travers ma télé, ça ne résoudra rien. Donc ce que nous disent les stoïens, c'est que il ne sert à rien d'être dans l'émotion et que à travers nos émotions, en réalité on masque notre incapacité à accepter le monde tel qu'il est. C'est pour ça qu'une autre des citations des stoïens, c'est de dire "Ne cherche pas à changer la réalité mais à changer le point de vue que tu as sur la réalité." Alors là, évidemment, on va se dire "Mais qu'est-ce que c'est que cette philosophie qui est finalement une philosophie de la soumission, une philosophie de la passivité ?" C'est légitime de se dire ça. Si j'accepte tout, c'est une forme de renoncement. Ça revient à dire, je dois accepter les injustices. Je dois accepter par exemple que l'on puisse me mentir, que l'on puisse me voler, que l'on puisse me tromper. Je dois accepter l'immoralité euh de mon voisin parce que les stoïciens me disent que si je n'accepte pas, et bien je suis dans la folie. Oui et non. N'oubliez pas que les stoïens font la différence entre ce qui dépend de moi et ce qui ne dépend pas de moi. Il y a des choses sur lesquelles je peux avoir un contrôle. Et les stoïciens nous disent bien, donne-moi la force de changer ce qui peut l'être. Donc la première difficulté, c'est de savoir qu'est-ce qui peut être changé et d'agir à mon niveau sur ce qui peut être changé. Mais je ne dois pas avoir des prétentions qui sont au-delà de mes moyens. Je ne dois pas penser que je suis capable de révolutionner le monde tout seul avec mes petits bras. Je dois accepter que seul les changements que je peux apporter, les transformations que je peux opérer sur le monde et bien elles seront à l'image de mes capacités. C'est-à-dire pas grand-chose relativement au monde, pas grand-chose. Mais j'ai le choix entre faire ce que je peux faire et laisser tomber en disant après tout ça sert à rien. J'ai le choix. Je peux accepter de renoncer et de me dire à quoi bon. Mais dans ce cas-là, pour les stoïciens, je ne fais pas ce qui dépend de moi. J'abandonne, je renonce, je démissionne. Mais pourquoi ? parce que je ne supporte pas l'idée de ne pas avoir plus d'emprise sur le monde. Donc en fait, je renonce par ego. Je renonce parce que je dis de toute façon à moi tout seul, je ne pourrais pas opérer les changements que je souhaite opérer. D'accord ? Mais ça c'est un raisonnement qui est dicté par l'ego, qui est dicté par l'émotion, qui est dicté par le sentiment et le désir de toute puissance. Mais là pour les stoïs, on est toujours dans l'abération. Donc pour les stoïs, on agit sur le périmètre sur lequel on peut agir. Et on ne se préoccupe pas du reste. On ne se soucie pas du reste parce que le reste ne nous appartient pas, parce que le reste appartient au monde et que le monde poursuit son chemin sans nous. Nous faisons partie du monde. Nous déposons sur lui notre empreinte, mais nous n'en sommes pas propriétaires. Il appartient à nous en tant qu'individu de faire des choses dont nous sommes capables. Il ne nous appartient pas en tant qu'individu d'agir à la place des autres. Donc plutôt que d'une philosophie du renoncement, moi je parlerai plutôt d'une philosophie de la lucidité. Je pense et là c'est un jugement tout à fait personnel. que les personnes qui accomplissent de grandes choses sont des personnes qui ne se soucient pas de ce qu'elles ne sont pas capables de faire. Ce sont des personnes qui se soucient exclusivement de ce qu'elles sont capables de faire. Avoir des rêves inatteignables, c'est le meilleur moyen de ne jamais en réaliser un seul. Désirer l'impossible, c'est le meilleur moyen de rester dans l'inaction, donc dans la passivité. et donc dans la frustration qui accompagne nécessairement cette passivité. La philosophie des stoïen est une philosophie pratique parce que c'est une philosophie qui nous pousse à mettre nos actes en conformité avec nos pensées. On disait tout à l'heure, si j'évolue dans des émotions telles que la colère, la jalousie, le ressentiment, mes actions porteront la marque de ces émotions. Au contraire, si j'agis dans l'enthousiasme, si j'agis dans une sorte de gaieté, de joie inconditionnel, de joie qui n'a pas besoin de raison d'être, et bien pour lesensiens, je suis beaucoup plus libre car je ne dépends pas de mes émotions, car je ne dépends pas d'une ambition irréaliste, je ne dépends pas de l'illusion. Pour les stoïs, nos émotions nous rendent esclaves. C'est très clair. Nos émotions nous empêche de voir et de comprendre la réalité telle qu'elle est. C'est comme un filtre qu'on mettrait entre nous et la réalité et qui du même coup déformerait cette réalité à nos yeux. Si je pars du principe que le monde a existé avant moi et qu'il existera toujours après moi, bien d'un coup ça relativise ma capacité d'action et de transformation de ce monde. Mais ça ne veut pas dire que je ne suis capable de rien. Ça veut dire que j'ai conscience des limites dans lesquelles je peux agir. Les émotions nous rendent esclaves puisque par définition nous ne choisissons pas d'avoir des émotions. En fait, pour les stoiciens, il serait plus juste de dire que nous subissons nos émotions parce que nous ne faisons pas l'effort qu'il faut pour les maîtriser. Les stoïciens pensent que le but de l'existence humaine, c'est d'atteindre le bonheur et la sagesse. Puisque pour eux, la sagesse, c'est la condition du bonheur. Et la sagesse est liée aussi à la connaissance, à la compréhension. Je comprends le monde, je comprends la manière dont il fonctionne. Je l'accepte et parce que je l'accepte, je peux être heureux. Il y a une phrase de de Sartre pour le coup qui résume assez bien en fait le point de vue des stoïens qui est de dire l'important n'est pas ce qu'on a fait de nous mais ce qu'on fait de ce qu'on a fait de nous. Ça veut dire quoi ? Ben ça veut dire que nous avons tous un caractère ou ou un tempérament, même si il convient de distinguer ces deux notions et nous sommes tous plus ou moins enclins à à ressentir à éprouver des émotions, des passions. Ça ça ne dépend pas entièrement de nous. Il y a des gens qui sont plutôt colériques, il y a des gens qui sont plutôt calmes, il y a des gens qui sont plutôt inquiets, d'autres qui sont plutôt paisibles. C'est vrai. Mais rien ne nous empêche de travailler sur ça. Rien ne nous empêche de prendre conscience de ce de ce caractère qui est le nôtre et de travailler à le changer puisque ça c'est dans nos possibilités. Et pour changer ça, et bien ça passe par une démarche de compréhension du monde et de ses lois. La vision stoicienne du monde est une vision déterministe. Ça veut dire que pour les stoïciens, tout ce qui arrive dans l'univers arrive pour une certaine raison. Alors, pour une certaine raison, ça ne signifie pas qu'il y a des dieux qui tirent des ficelles et qui nous poussent à agir dans un sens plutôt que dans un autre. On pourrait le résumer comme ça, mais ce serait un peu trop simpliste. Et puis surtout, il y en a qui diraient "Ah, c'est encore une vision religieuse, ça m'intéresse pas, c'est pas pour moi." Non, c'est pas aussi simple. Ça consiste à dire que quand quelque chose se produit, ben c'est qu'il y a des causes à ce à cet événement. Aucun événement ne se produit sans cause. Donc quand on dit que tout a une raison, en fait, on veut dire que tout a une cause. Mais le mot raison est intéressant. On verra pourquoi. Tout ce qui arrive à une cause ou un ensemble de causes, ce qui fait qu'on peut expliquer tout ce qui arrive. Expliquer ne signifie pas accepter automatiquement. Et expliquer ne signifie pas non plus justifier au sens de légitimer sur le plan normatif, sur le plan moral. Par exemple, si un homme commet un crime, on peut expliquer son crime par un diagnostic médical, psychologique, psychiatrique. On dira par exemple que c'est quelqu'un qui a subi lui-même des violences extrêmes, qui est devenu ce qu'on appelle un psychopathe et qu'il est passé à l'acte. bien mais ça ne justifie pas son geste au sens où ça ne l'excuse pas. Pour les stoïs, cette distinction entre expliquer et excuser, elle n'a pas vraiment lieu d'être. Quand je dis qu'elle n'a pas lieu d'être, évidemment qu'elle a lieu d'être dans le cadre social, mais elle n'a pas lieu d'être au sens où si une chose arrive, c'est que de toute façon, elle avait des raisons d'arriver. c'est que de toute façon elle a des causes puisque rien n'arrive sans cause. Tout ce qui arrive est un effet de cause qui le précède. Donc si on était capable du point de vue de notre connaissance d'identifier toutes les causes de ce qui arrive, et bien on s'apercevrait qu'en fait tout est normal. Et je devrais dire plutôt que tout est normal, c'est un terme qui prête toujours à polémique. Tout est logique, tout est rationnel. Tout est rationnel. La raison englobe tout ce qu'il est possible de comprendre. Et si quelque chose se produit, c'est que cette chose avait des causes et ces causes sont compréhensible. Je ne dis pas que nous sommes capables de d'identifier toutes les causes de ce qui arrive, mais on est capable de savoir que ces causes existent. Je vais prendre l'exemple de la coïncidence, la fameuse coïncidence. Vous rencontrez quelqu'un, ça faisait un petit moment que vous l'aviez pas vu et vous le rencontrez dans un contexte totalement improbable. C'est pas possible qu'on se rencontre ici, là maintenant. Quelle coïncidence ? La coïncidence ou plutôt le sentiment de la coïncidence extraordinaire. C'est quelque chose qu'on a tous déjà vécu mais qui pour les stoïen correspond seulement à notre point de vue individuel. Et si on voulait être un peu méchant, on dirait qu'il correspond à notre point de vue d'ignorant. d'ignorant parce qu'en fait nous sommes surpris de quelque chose quand nous n'en connaissons pas les causes. C'est ça en fait la surprise. On ignore les causes. Mais si on avait connu les causes de l'événement avant que cet événement se produise, on aurait été capable de l'anticiper. On aurait été capable de le prédire comme étant la conséquence logique rationnelle nécessaire de ces causes. Je vais prendre une image. Imaginez que vous êtes dans le ciel et que vous avez vu sur une ville, vous voyez toutes les rues entre les immeubles et donc vous voyez toutes les personnes qui s'y déplacent et donc vous êtes capable de voir à quel moment deux personnes vont se croiser à un angle de rue parce que vous avez le point de vue omniscient, vous êtes au-dessus et donc vous voyez la rencontre avant que la rencontre n'ait lieu. Pour vous, rien n'est surprenant, mais pour les individus qui se rencontrent et qui se rendent dedans au coin de la rue, c'est extraordinaire. Donc, on est dans une question de point de vue en fait. La surprise, l'étonnement, la coïncidence, le sentiment de coïncidence, c'est un sentiment qui est propre à l'individu. Mais si l'individu était capable de s'élever du point de vue rationnel, c'est-à-dire du point de vue objectif, du point de vue omniscient, et bien en fait, il ne serait pas surpris. il s'y attendrait. Pour les stoïciens, rien de ce qui arrive n'est étonnant parce qu'ils adoptent ce point de vue omniscient. Parce qu'ils savent que lorsque quelque chose se produit, c'est qu'il y avait des raisons que ça se produise. Et c'est ça le déterminisme. C'est le fait de se dire que tout ce qui arrive est l'effet nécessaire, c'est-à-dire fatal de cause qui précède cet événement. Pour les stoïciens, l'univers est totalement rationnel. S'il est rationnel, il obéit aux lois de la logique. Il est donc compréhensible dans sa totalité. Si le réel est rationnel, si le réel est logique, l'homme doit dans la mesure du possible se conformer à ce modèle de rationalité. L'homme en tant que que partie de l'univers doit chercher à se comporter comme cet univers. Plus il se comportera comme l'univers, c'est-à-dire de manière rationnelle et logique, et moins il sera soumis à la souffrance, à la frustration, à la tristesse. Bref, moins il sera soumis à ses émotions, plus il se rapprochera de ce modèle de rationalité et plus il sera libre. et plus il sera libre, plus il sera heureux. Le bonheur, c'est lorsque je deviens capable de ne plus dépendre de mes émotions qui sont comme des des sensus qui m'empêchent de déployer mon potentiel rationnel. Alors, évidemment, on pourra dire "Mais qu'est-ce que c'est que ce modèle totalement inhumain Oui, effectivement, on peut considérer que c'est quelque chose d'absolument inaccessible à l'être humain. Ce cette capacité d'objectivité absolue qui fait qu'on ne va plus dépendre de ses émotions, on peut le considérer. Mais les stoïs s'en foutent. Les stoïiciens se disent "Est-ce qu'on est capable d'aller vers cet idéal ? Est-ce qu'on est capable de se déprendre de l'influence de nos émotions ?" Oui, on est capable. On en est capable mais c'est pas facile. Évidemment que c'est pas facile mais les stoïs n'ont jamais dit que la sagesse était quelque chose de facile. Les philosophes d'une manière générale n'ont jamais dit que le bonheur ou la connaissance était des choses faciles. Ils disent c'est possible, c'est faisable. La preuve que c'est faisable puisque on peut en former le projet. Donc oui, on peut se débarrasser, on peut vaincre nos émotions et c'est par ce travail de combat contre nos émotions qu'on peut aller vers la sagesse et le bonheur. Le bonheur pour les stoïciens, ce n'est en aucun cas la satisfaction de ses désirs. Pour eux, satisfaire ses désirs, c'est le contraire du bonheur. Alors, si vous m'avez suivi jusque-là, vous devriez deviner pourquoi. Pourquoi est-ce que le bonheur c'est le contraire de la satisfaction du désir ? Et bien parce que le désir c'est quelque chose qui ne dépend pas de nous. Le désir c'est un sentiment qui nous habite, un sentiment qui peut même devenir physique et qui vient manifester notre manque d'un objet extérieur. Je désire quelque chose que je n'ai pas par définition, mais lorsque je le désire, je prouve que je dépends de cet objet. En tout cas, je trouve que mon bonheur dépend de cet objet et je vais spontanément associer mon bonheur à l'acquisition de l'objet que je désire. Ça pour les stoïs, c'est une c'est une illusion totale. Et d'ailleurs, je pense que chacun d'entre vous, vous pouvez en faire l'expérience. Si vous désirez quelque chose, vous avez envie d'une cigarette par exemple comme moi en ce moment, ben vous allez fumer votre cigarette et puis quand vous l'aurez terminé, il va pas vous falloir longtemps avant d'avoir envie de la prochaine. Donc vous n'aurez pas tué votre désir au sens où vous ne l'aurez pas satisfait. Donc la cigarette que je suis en train de fumer actuellement, elle ne me rend pas heureux. Elle comble un désir, elle comble un manque mais qui ne manquera pas de de ressurgir dans quelques temps. Donc le bonheur, c'est pas obtenir quelque chose qu'on désire. Le bonheur, c'est ne plus dépendre de ses désirs. Le bonheur, c'est ne plus désirer. Je désire quelque chose lorsque je suis en manque fatalement. Lorsque je ne suis plus en manque, lorsque je suis comblé, bien je ne désire plus. On peut être heureux dans la maladie, on peut être heureux dans la solitude, on peut même être heureux dans la souffrance physique. D'ailleurs, ça me fait penser à une autre citation d'pictet. Épicet était un esclave puisqu'il y avait des esclaves qui étaient stoïciens. Vous allez me dire "Ben, il valait mieux être stoïcien quand on était esclave." Ça aidé à supporter. C'est vrai, mais il y avait aussi des empereurs qui étaient stoïciens comme Marc Orel par exemple. Et Pictet à un moment donné rapporte une anecdote. Il disait que on essayait de lui casser le bras en lui faisant une clé quoi en le tordant et il avait dit "Tu vas finir par me le casser ce bras." Et puis ben son bras se casse et il dit "Ah ben tu vois, je te l'avais bien dit. Donc c'est une citation un peu amusante pour dire que le stoiccien total, le stoïcien accompli, c'est celui qui est capable d'être dans la pure constatation sans sans aucune émotion et sans aucune expression de souffrance. Alors oui, on peut considérer que c'est un idéal un peu difficile à atteindre, mais je ferai remarquer que certaines personnes humaines de notre époque sont capables d'atteindre ce genre d'état, ce qu'on appelle les yogi qui sont capables d'endurer une souffrance absolument intolérable par un détachement de de l'esprit. Donc les stoïciens préconisent effectivement ce genre de pratique, notamment la pratique de la méditation qui est un canal vers la sagesse au sens où la méditation nous permet de nous concentrer sur notre conscience plutôt que sur notre corps. Alors, je vais essayer de de conclure. Les stoïciens nous disent qu'il y a ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous et qu'il ne dépend que de nous de ne plus être dépendant. de ce qui ne dépend pas de nous. Pour les stoïciens, l'univers obéit à des lois, des lois implacables, ce qu'on pourrait appeler les lois de la fatalité. Mais la fatalité n'a pas chez les stoïens une connotation négative. D'ailleurs, si on veut être un peu honnête, c'est surtout dans nos sociétés contemporaines que la notion de fatalité a une connotation négative puisqu'on considère qu'à partir du moment où il y a fatalité, il y a absence de de libre arbitre. Mais pour les stoïens, c'est pas du tout ça. Le libre arbitre existe pour les stoïciens au sens où il dépend de nous de ne pas nous affecter, de ne pas nous émouvoir de la nécessité implacable du monde. Il dépend de nous et il ne dépend que de nous d'être heureux dans la situation qui est la nôtre. Ce qui n'implique pas que nous devons être passifs face à l'existence, face à ce qui arrive. Ce qui implique seulement que nous devons faire preuve de discernement, de lucidité sur ce qui peut être changé, sur les raisons de changer ce qui doit l'être et sur les moyens employés pour changer ce qui doit l'être. Le stoicisme, c'est une philosophie pratique. D'ailleurs, aujourd'hui, le stoicisme s'est en quelque sorte converti dans les techniques de développement personnel. Je n'ai rien contre les techniques de développement personnel. Je pense simplement que elles sont un aspect superficiel de quelque chose de beaucoup plus profond qui est une philosophie à part entière. On ne peut pas simplement prendre l'aspect pratique de la philosophie stoïicienne et se dire que ça suffit. Non, puisque pour les stoïs, cette capacité à maîtriser ses émotions, cette capacité à redevenir le capitaine sur le paquebo de notre existence, cette capacité-là ne peut être que le résultat d'une démarche de compréhension du monde. Comprendre le monde ne signifie pas l'accepter, mais il est impossible de l'accepter si on ne cherche pas à le comprendre. Comprendre le monde, c'est comprendre que ce qui arrive a des raisons d'arriver et que ce qui est est le seul arbitre. Je peux déplorer à titre individuel une situation, mais il n'empêche que cette situation a une raison d'être. Et peu importe si je n'en comprends pas le sens, peu importe si je n'en comprends pas les causes, il n'empêche que cette situation est là et je ne peux que l'accepter. Il ne sert à rien de résister face à ce qui est implacable. Il ne sert à rien de s'énerver parce qu'il pleut ou parce qu'il fait froid. Ça n'arrangera rien. Quoi que si je m'énerve, je peux au moins me réchauffer. C'est déjà ça. Mais si j'accepte ce qui m'est a priori désagréable, et bien ça cesse d'être désagréable. Personnellement, j'utilise beaucoup le stoicisme quand je lis certains commentaires sous mes vidéos. Je me dis bon, il y a une raison à ça donc j'accepte. C'est très pratique le stoicisme et surtout c'est une philosophie qui agit sur nous lorsqu'on lorsqu'on en lit des fragments. Je vous conseille vraiment de lire les les pensées de Marc Orel, pensé pour moi-même. Et vous allez vous apercevoir qu'en lisant, vous avez une une sensation étrange d'apaisement au fur et à mesure de la lecture comme si l'évidence logique implacable de ce que vous lisez vous équilibrez, vous alignez à l'intérieur. Et lorsque vous êtes dans cet état d'esprit, lorsque vous êtes dans cet état de neutralité par rapport à vos émotions, bah vous vous rendez compte qu'effectivement tout est justifié. D'un point de vue rationnel, en tout cas, tout est justifié. et que si la vie ne se limite pas à la raison, et bien il n'a pas de raison que la vie soit une longue succession de souffrance. Merci à vous. Bonjour à tous. Aujourd'hui, on va reparler du stoicisme. Ma première vidéo sur le stoicisme a été sans doute l'une des plus importantes de ma chaîne et l'intérêt que vous avez manifesté pour cette vidéo m'a fait comprendre que vous ne seriez pas opposé à l'idée d'un deuxième épisode. Même si cette première vidéo était assez complète au sens où j'y définis les bases de la philosophie stoiccienne, je me dis que ça pourrait être pas mal de compléter cette première vidéo par une deuxième dans laquelle je vais vous proposer une autre approche. Mais avant ça, un petit rappel historique sur le stoicisme. Donc le stoicisme c'est un mouvement de la philosophie grecque du 3e siècle avant Jésus-Christ. Le stoicisme a été fondé par Zénon de Kiton à ne pas confondre avec Zénon Dé le sophiste. Et la première chose très importante qu'on doit retenir à propos du stoicisme, c'est qu'il s'agit d'une philosophie totale. Une philosophie totale, c'est-à-dire à la fois une philosophie théorique et une philosophie pratique. Si vous préférez, le stoicisme ne consiste pas simplement dans un système d'explication et de compréhension du monde. Il existe des philosophies qui ont pour objectif principal de comprendre le monde. Mais avec le stoïisme, on va un peu plus loin parce que le but ultime, ce n'est pas seulement de comprendre, c'est aussi d'agir. Le stoicisme c'est une philosophie de l'action et une philosophie de l'action ça porte un nom, ça s'appelle l'éthique. Le stoicisme est une éthique. Éthique, ça vient du grec et éthos qui signifie précisément comportement. Et c'est l'idée qu'on retrouve dans le mot éthologie qui est l'étude des comportements animaux. Donc l'éthos, c'est un comportement, c'est une conduite, c'est une manière d'être et le stoicisme va nous éclairer, va nous renseigner sur la meilleure conduite à adopter dans notre vie. Il va nous dire, pour le résumer simplement, comment agir pour être heureux. Le bonheur a toujours constitué l'aspiration ultime de la philosophie. On trouvait déjà cette idée chez Socrate puis chez Platon à savoir que la philosophie doit nous guider vers le bonheur et le bonheur s'identifie avec la sagesse. Atteindre le bonheur c'est atteindre la sagesse. Mais vous me direz quel rapport entre le bonheur et la sagesse ? Bien c'est très simple. Le sage c'est celui qui parce qu'il a compris le monde, parce qu'il a compris l'ordre des choses, n'en est plus affecté. Affecté au sens émotionnel. Le sage, c'est celui qui n'est plus troublé, dont l'âme n'est plus tourmentée. Et pour les anciens, c'était ça le bonheur, le fait de ne plus être tourmenté, le fait de trouver l'équilibre, l'alignement, ce qu'on appellera la paix intérieure. Alors, avant d'aller plus loin, on va faire une petite distinction importante entre la morale et l'éthique. Je vous ai dit que le stoicisme c'était une éthique et je distinguerai bien ici l'éthique de la morale. Pourquoi ? Parce que la morale c'est un ensemble de règles de comportement qui repose sur la séparation entre le bien et le mal. Et on en a parlé dans la dernière vidéo sur Nietzsche parler de bien et de mal, c'est sous-entendre que le bien et le mal sont des absolus. des absolus qui ne se discutent pas, des absolus transcendants et des absolus qui réclament de notre part une obéissance aveugle. La morale, c'est ce à quoi on obéit sans se poser de questions. Et d'ailleurs, on en trouve l'illustration dans l'éducation qu'on peut donner à nos enfants. Quand un enfant fait une bêtise, quand il enfrain une règle morale, bien généralement, on va le sanctionner, on va le punir. Autrement dit, la morale repose sur la notion d'impératif. La morale, ça ne se discute pas, ça ne se négocie pas, ça représente une autorité à laquelle on n'a pas le droit de désobéir. C'est vraiment ça qui est contenu dans l'idée de morale, l'idée d'un commandement. La morale nous commande. Et d'ailleurs, on trouve une assez bonne illustration de ces règles morales dans la religion. Dans la religion, il nous a dit que si on enfrain les règles morales, les règles morales édictées par Dieu, on sera puni, on sera envoyé en enfer, on sera jugé par le Tout-Puissant et ce jugement sera la marque du caractère absolu des règles morales, du fait que nous n'avons pas notre mot à dire sur les règles morales. La formule qui résumerait le mieux l'esprit de la morale, c'est agis ainsi. Et d'ailleurs, ça nous rappelle immédiatement l'impératif catégorique de Kant qui commence de cette manière. agit de telle sorte que donc dans la morale, il y a l'idée que nous n'avons pas le choix. Nous devons obéir, nous devons nous soumettre aux impératifs moraux et si nous nous en écartons, nous serons punis, nous serons sanctionnés sans possibilité de corriger notre comportement, sans possibilité d'apprendre de nos erreurs. Ça c'est pour la morale. Qu'en est-il maintenant de l'éthique ? Bien, l'éthique c'est un petit peu différent. C'est-à-dire que là où la morale commande, l'éthique recommande. Elle recommande, c'est-à-dire elle nous avertit, elle nous informe. Elle nous informe de quoi ? Et bien, elle nous informe des conséquences d'un mauvais comportement. L'éthique ne nous dit pas agis ainsi. L'éthique nous dit si tu agis ainsi, voilà ce qui va arriver. Si tu agis ainsi, voilà les conséquences. Donc, il n'y a pas d'impératif dans l'éthique. Il y a simplement l'avertissement des conséquences de nos actes. Il y a simplement la prévention des effets de notre conduite. Donc, si vous préférez, l'éthique repose sur la notion de responsabilité. On est responsable de nos actes au sens où on doit en répondre. Et en répondre, c'est en assumer les conséquences. c'est de dire par exemple, tu veux voler la voiture de ton voisin, OK, fais-le, mais attends-toi à ce que ton voisin se venge. Attends-toi à te retrouver en garde à vue et à être condamné par la justice. Et donc à ce moment-là, l'individu a le choix, il a le choix de transgresser la règle. Il a le choix d'aller à l'encontre de la règle. Mais en faisant ce choix, il choisit en même temps les conséquences de son choix. Et c'est ça la responsabilité, c'est connaître les conséquences de nos choix, les conséquences de nos actions et de choisir si on agit ainsi ou pas. Mais une fois qu'on a fait cette distinction entre la morale et l'éthique, on s'aperçoit malgré tout qu'il y a un dénominateur commun. Le dénominateur commun, c'est que dans les deux cas, on présuppose qu'il existe un modèle de bonne conduite. Un modèle de bonne conduite, ça veut dire qu'on ne peut pas faire tout et n'importe quoi. Ça veut dire qu'on est obligé de donner un cadre à notre comportement. On ne peut pas faire tout et n'importe quoi parce que la morale nous punira ou parce que l'éthique nous aura prévenu que nous devrons assumer les conséquences de notre comportement. Mais dans les deux cas, il y a bien l'idée que nous devons donner à notre action un cadre et des limites. Dans la morale, ce modèle de bonne conduite, c'est tout simplement l'idée du bien, le concept de bien avec toutes les difficultés que cela implique du point de vue de sa définition. Dans la religion, c'est Dieu qui définit le modèle de la bonne conduite. C'est par exemple les 10 commandements dans l'Ancien Testament, c'est par exemple la parole du Christ dans les évangiles ou encore les cinq piliers dans l'Islam. Mais dans les tixtoyciennes, quel est le modèle de la bonne conduite ? Quel est le modèle que nous devons suivre dans notre comportement quotidien ? Bien pour les stoïciens, la réponse est très simple. Le modèle à suivre dans notre conduite, ce sont les lois universelles. Les lois universelles, c'est-à-dire l'ordre naturel, l'ordre cosmique. Et là, on voit bien que le modèle de comportement destien n'est pas un modèle transcendant au sens où il s'agirait d'une autorité extérieure au monde. Ce qui doit nous guider dans notre comportement, ce sont les principes inhérents à notre monde, inhérents à l'univers, ce qu'on appellera la raison universelle. Parce que pour les stoïciens, il existe un ordre naturel, il existe un ordre cosmique. Et cet ordre cosmique, ce n'est rien d'autre que l'ensemble des principes et des lois qui font que notre monde fonctionne, qui font que notre monde est viable et que tout est à sa place dans l'univers. Que se passerait-il si les planètes décidaient tout à coup de changer leur trajectoire ? Autrement dit, que se passerait-il si les planètes désobéissaient à l'ordre cosmique ? Bien, l'univers tel que nous le connaissons n'existerait tout simplement pas. Le moindre décalage, le moindre écart vis-à-vis des lois universelles provoquerait tout simplement l'effondrement du monde. Donc, il existe un ordre universel, il existe une harmonie cosmique et d'ailleurs c'est presque un pléonasme puisque cosmos en grec, ça signifiait ordre, ordre ou harmonie. Donc le mot même de cosmos présuppose l'idée d'un ordre. Le monde n'existerait pas s'il n'y avait pas un ordre du monde. Et d'ailleurs, ça peut paraître une idée assez étrange, assez abstraite, mais quand on y réfléchit, que font les physiciens ? Que font les cosmologistes ? Ils étudient l'ordre de l'univers. Ils étudient les lois de l'univers. Les lois de l'univers en mouvement qui, si elles venaient à être modifiées, ferait que notre univers n'existerait plus. Parler de loi physique, c'est présupposer qu'il existe derrière les phénomènes physiques observables un principe qui les régit, une loi qui les guide. Et donc cette expression même de loi physique, elle dit bien ce qu'elle veut dire. Elle veut dire que les phénomènes physiques ne sont pas des phénomènes aléatoires, ne sont pas des phénomènes irréguliers qui auraient la possibilité de se modifier à chaque instant. Parler de loi physique, c'est parler d'une métaphysique. C'est parler de quelque chose qui excède le pur phénomène physique. Parce que la loi physique, elle n'est pas observable. La loi physique, elle n'est pas elle-même physique. C'est ça qu'il faut comprendre, c'est qu'il y a dans l'idée même de loi physique l'idée qu'il existe quelque chose au-delà du physique ou en tout cas quelque chose dans le physique qui échappe au physique, quelque chose dans le physique qui n'est pas physique. C'est en ce sens que chez les stoïens, la physique et la métaphysique ne font qu'un. Il n'y a pas de distinction à faire entre le physique et la métaphysique puisque la physique est gorgée de métaphysique. Et ça c'est quelque chose qu'on peut facilement comprendre à travers l'idée de loi de la causalité. La loi de la causalité, c'est ce qui fait qu'une cause va produire un effet et c'est ce qui fait que les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets. Alors, évidemment, c'est très difficile dans le cadre de l'expérimentation de reproduire exactement les mêmes causes parce que par définition, deux phénomènes ne se reproduisent jamais à l'identique, ne serait-ce que parce qu'ils ne se produisent pas au même moment. Et donc s'ils ne se produisent pas au même moment, ils ne peuvent pas être identiques. Mais la loi de la causalité, vous l'expérimentez tous les jours. Vous l'expérimentez même à chaque instant. C'est-à-dire que si vous tenez votre verre d'eau et que vous le lâchez, qu'est-ce qui va se passer ? Ben le verre d'eau va tomber par terre. il va se briser à vos pieds et vous savez très bien, n'allez pas vous amuser à vérifier les lois physiques en vous disant tiens peut-être que si je lâche mon verre d'eau cette fois-ci, il va tomber vers le haut ou peut-être qu'il va rester à flotter dans les airs. Non, vous savez bien que non. Vous savez bien que non parce que vous avez suffisamment expérimenté les lois physiques et notamment la loi de la gravitation pour savoir ce qu'il va arriver si vous lâchez le verre. Vous savez qu'il va tomber. La loi de la causalité, c'est donc l'idée que toute action va entraîner un effet et que cet effet, il est directement dépendant de l'action que vous aurez effectué. Il n'y a pas d'indépendance entre la cause et son effet. Il y a au contraire un lien de nécessité. Le lien de nécessité, c'est-à-dire l'idée que ça ne peut pas se produire autrement. Il peut pas y avoir d'autres effet que celui qui est inclus dans la cause. C'est ça le lien de nécessité. C'est ça la loi de la causalité. C'est l'idée que l'effet contient en lui la cause dont il est issu. On va prendre un autre exemple qui n'est pas de nature physique, mais simplement pour montrer que la loi de causalité ne régit pas simplement les phénomènes physiques. Imaginez que vous vous baladez dans la rue et vous allez voir un passant, vous vous interposez devant lui et vous lui dites "Dis donc toi, tu sais que tu es vraiment moche. Tu sais que tu as vraiment une tête d'imbécile ? On peut imaginer lui dire autre chose, mais imaginez que vous lui dites quelque chose d'offensant, quelque chose de gratuitement méchant. À ce moment-là, qu'est-ce qui va se passer ? Peut-être que la personne va vous mettre un coup de boule. Peut-être que la personne va vous renvoyer vos insultes ou peut-être que la personne va continuer son chemin en se disant il y a vraiment des cas sur terre. Dans tous les cas, votre action aura eu un effet un effet qui est en correspondance directe avec la cause. C'est-à-dire que c'est assez rare que la personne vous fasse un grand sourire et vous prenne dans ses bras. Alors, je ne dis pas que c'est impossible, mais c'est quand même assez rare. Et pourquoi c'est assez rare ? Parce qu'en agissant de manière hostile, vous aurez produit une réaction à votre hostilité qui ne peut-être par définition qu'une contre hostilité. L'hostilité peut se traduire de différentes manières. Elle peut se traduire par une violence physique comme elle peut se traduire par une indifférence méprisante. Mais dans tous les cas, une action hostile va produire une réaction hostile. Autrement dit, le réel va répondre à ce que vous lui aurez fait subir. Le réel va répondre à votre action sur lui. Le réel aura produit l'effet dont vous étiez la cause. Donc vous voyez que la loi de la causalité n'est pas simplement cantonnée au phénomène physique à proprement parler et que dans les interactions humaines, dans nos choix de vie les plus quotidiens, il y a aussi de la causalité. C'est simplement qu'il s'agit d'une causalité multifactorielle et que donc les réactions humaines ne sont pas aussi mécaniques que les réactions des objets inanimés. Il y a des paramètres psychologiques, il y a des paramètres émotionnels, il y a des paramètres contextuels qui font que tout le monde ne va pas réagir exactement de la même manière aux mêmes causes. Mais ce que nous disent les stoïciens, c'est que la loi de la causalité, elle contraint tout, elle englobe tout. On ne peut pas y échapper. On ne peut pas tout à coup en faire abstraction comme si elle n'existait pas. Et parce que nous possédons une raison, parce que nous possédons un discernement, nous sommes capables d'ajuster nos actions en fonction de cette loi de la causalité. Et donc ce que nous disent les stoïciens, c'est que la première étape pour bien agir, la première étape pour adopter une bonne conduite et trouver le bonheur, c'est être conscient de cette loi de la causalité qui contraint tout, qui englobe tout. C'est conscient que chacune de nos actions a une conséquence, une série de conséquences puisque les conséquences deviennent à leur tour des causes qui vont produire d'autres effets. La première étape pour devenir un sage stoïcien, c'est donc de comprendre l'ordre du monde. Et si on arrive à comprendre l'ordre du monde, bien à ce moment-là, il va nous devenir possible de vivre en accord avec ces lois cosmiques. On va devenir capable de vivre en conformité avec l'ordre naturel. Et la sagesse pour l'estens, c'est vivre en conformité avec l'ordre naturel. Un comportement juste pour les stoïciens, c'est un comportement qui imite en même temps qu'il s'en inspire l'ordre naturel. Parce qu'en agissant conformément à l'ordre naturel, on devient une partie de cet ordre naturel. On devient une fraction de l'ordre cosmique. C'est-à-dire qu'en tant qu'individu, en tant que partie du monde, nous en sommes en même temps un fragment. Et le fragment se doit d'être composé aux mêmes proportions que ce dont il est le fragment. Pour atteindre le bonheur, nous devons être un échantillon de l'ordre cosmique. Ainsi, pour les stoen, pour bien agir, il faut d'abord comprendre le monde. Il faut d'abord en passer par la physique du monde. Et la physique du monde va nous conduire à la métaphysique du monde, c'est-à-dire aux lois qui se tiennent en amont des phénomènes physiques. Et une fois qu'on a accédé à cette métaphysique, une fois qu'on a accédé à cet ordre cosmique, il devient possible d'imiter l'ordre cosmique dans nos comportements. Et à ce moment-là, qu'est-ce qui se passe ? Et bien, il se passe que nous ne sommes plus un corps étranger au monde. Nous ne sommes plus une fourmie perdue dans l'univers intergalactique qui cherche sa fourmilière. Nous devenons des incarnations sur terre de l'ordre cosmique. Voilà pourquoi il est possible de dire que le stoicisme est une philosophie totale. Parce que le stoicisme c'est à la fois une physique, une métaphysique et une éthique qui en découle. La physique conduit à la métaphysique et la métaphysique débouge sur le modèle éthique. Et c'est ce qui fait que d'une manière générale dans la philosophie antique, tous les domaines sont indissociables. Tous les domaines sont interdépendants. Parce que dissocier la physique de la métaphysique ou de l'éthique, c'est ne pas comprendre la loi de correspondance qui unit tous ces domaines. C'est ne pas comprendre qu'il s'agit de la même chose vue différemment. Alors la prochaine question qui se pose, c'est comment agir ? conformément à cet ordre naturel. Comment être les incarnations de l'ordre cosmique ? Ce que nous disent les stoïciens, c'est que la nature nous envoie des informations en permanence et c'est ça qui définit le lien entre la compréhension de la nature et la vertu, c'est-à-dire l'imitation de cet ordre naturel. La nature nous envoie des signaux en permanence et c'est à nous de les prendre en compte. C'est à nous de les voir ces signaux et de les utiliser comme moyen d'orienter notre action. Parce que se passe-t-il si on ne prend pas en compte ces signaux ? Que se passe-t-il si on n'écoute pas les informations que nous envoient la nature ? On va souffrir. Si on n'écoute pas les signaux de la nature, on va souffrir. Les lois de la nature, c'est le guide de nos actions pour éviter la souffrance. La nature, c'est le manuel crypté pour atteindre le bonheur. Quand vous souffrez, il y a toujours une raison. Cette raison peut ne pas vous apparaître de manière évidente. Cette raison peut être une raison enfouie, mais il y a toujours une raison. La souffrance n'est pas une réponse à rien, c'est une réponse à quelque chose parce que tout est une réponse à quelque chose, parce que tout est une réaction à une cause. Et donc ce que nous disent les stoïciens, c'est que quand nous souffrons, la première question que nous devons nous poser, c'est pourquoi souffrons-nous ? D'où vient ma souffrance ? Quelle est la cause dont ma souffrance est la conséquence ? C'est ça que nous disent de faire les stoïciens, comprendre quelle est la cause de notre souffrance. Et parce que le monde est régi par la loi de la causalité, autrement dit parce que tout est rationnel, parce que la raison contre un tout, il y a forcément une cause. Il y a toujours une raison. Mais alors, quelle est cette raison qui fait que nous souffrons, y compris quand nous n'avons pas l'impression d'avoir fait quelque chose de mal ? Et quand je dis quelque chose de mal, je veux dire par là quand nous avons l'impression de ne pas avoir initié d'action dont notre souffrance serait la conséquence, dont notre souffrance serait la réponse. Donc là on parle d'une souffrance intérieure, on ne parle pas forcément d'une souffrance physique comme la gueule de bois est une souffrance physique comme le fait de tomber par terre alors qu'on s'est jeté dans le vide est aussi une souffrance physique. Parce que là c'est facile de comprendre la cause de cette souffrance. La cause de cette souffrance, elle nous est donnée directement par la connaissance des lois physiques. Mais lorsqu'on parle d'une souffrance intérieure, lorsqu'on parle du tourment de l'âme, comment comprendre cette souffrance ? Comment la comprendre pour la supprimer ? Comment la comprendre pour s'en libérer ? Et c'est là qu'on en arrive à la réponse célèbre des stoïciens qui est de dire que ce qui tourmente notre âme, c'est le fait de désirer que les choses se produisent autrement que de la manière dont elles se produisent. C'est de désirer que l'ordre des choses ne soit pas ce qu'il est, mais ce que nous voudrions qu'il soit. Pour prendre une analogie, c'est comme de désirer qu'il fasse 35°gr en plein hiver. Le problème ne vient pas de l'hiver. Le problème vient de notre désir. Le problème vient de notre désir que l'ordre des choses soit autrement que ce qu'il n'est. Donc ça c'est très facile à comprendre dans la vie de tous les jours. Par exemple, si le matin avant de sortir vous vous apercevez qu'il pleut, bah vous allez prendre un paraplui. Vous allez vous équiper en conséquence. Vous allez pas vous dire "Ah non, moi aujourd'hui je veux qu'il fasse beau, donc je me mets en t-shirt et le temps va changer pour moi." Bah non, vous savez que ça ça n'arrivera pas. Vous savez que vous n'avez pas le pouvoir de changer le climat. Mais l'être humain pense qu'il a le pouvoir ou en tout cas il aimerait se persuader qu'il a le pouvoir de changer l'ordre des choses autour de lui. Il aime croire par exemple qu'il peut avoir des résultats sans faire les efforts pour les obtenir. Prenons le cas de celui qui veut devenir riche et pour qui le projet de devenir riche ça consiste tout simplement dans le désir de devenir riche. Mais si ce désir à un moment ou un autre n'est pas le moteur d'une série d'actions pour parvenir à ce résultat, mais cet homme-là, il se condamne au malheur, il se condamne à la déception, à la frustration, il se condamne à ne jamais voir advenir son désir dans la réalité. Et là encore, j'ai pris un exemple assez extrême, mais on est tous concernés par cette tendance, la tendance à vouloir des résultats sans en vouloir les causes. Parce que les causes, elles sont coûteuses, parce que les causes, elles dépendent de nos efforts et qu'on aime pas faire des efforts. On aimerait que les conséquences se produisent sans les causes. Et inversement, on aimerait parfois que les causes n'entraînent pas de conséquences. On aimerait aller voir le passant et l'insulter sans qu'il y ait de sa part une réaction d'hostilité. Encore, je caricature, mais l'idée c'est qu'on voudrait que notre comportement n'est pas de conséquence ou en tout cas n'est pas de conséquence fâcheuse pour nous, n'est pas de conséquence désagréable. On fonctionne souvent comme ça. On fait quelque chose et on s'étonne des réactions à ce qu'on fait. On s'étonne de la réponse que le réel apporte à ce qu'on fait. Par exemple, on décide de vivre de manière totalement égoïste. On refuse de partager, on refuse d'aider, on refuse d'écouter. Et le jour où on a besoin qu'on nous donne, qu'on nous aide ou qu'on nous écoute, bah il y a plus personne. Et là, on se plaint. Et là, on se dit "Mais le monde est injuste. Le monde est injuste avec moi. Le monde m'a pris pour cible. L'univers conspire à me faire du mal. l'univers conspire à me faire souffrir. Autrement dit, on a une tendance à prendre les choses personnellement, à ne pas vouloir entendre qu'il y a des mécanismes qui régissent la réalité et que ce n'est pas parce que nous sommes pris à l'intérieur de ces mécanismes que ces mécanismes s'adressent à nous. Ce n'est pas parce que la loi de la causalité se montre parfois dure contre nous qu'on a créé la loi de la causalité pour nous faire du mal. La loi de la causalité n'a pas été créée pour nous faire du mal. Elle a été créée pour nous faire comprendre comment éviter la souffrance. Il y a des cas où la souffrance est injuste au sens où elle n'est pas la conséquence directe de notre comportement. Ça ça existe. Et puis il y a des cas où notre souffrance est aussi la résultante de ce que nous avons fait. Celui qui se comporte de manière égoïste toute sa vie ne pourra pas se plaindre que la réponse du réel à son égoïsme ce soit un contreégoïsme. Celui qui se comporte toute sa vie de manière violente ne pourra pas se plaindre le jour où cette violence va se retourner contre lui. Il devra l'assumer. Devra l'assumer comme la réponse du réel à son comportement. Vous voyez, c'est là qu'on retrouve la distinction entre la morale et l'éthique dont on parlait au début de cette vidéo. À savoir que la sanction ne réside pas dans une autorité extérieure qui nous dit c'est mal, la sanction réside dans une réponse interne aux lois naturelles qui font que chaque cause produit son effet. Dans tous les cas, le tourment de l'âme n'est pas l'œuvre d'un monde méchant et hostile avec nous. C'est l'œuvre de notre incapacité à comprendre pourquoi nous souffrons. Le tourment de l'âme, c'est l'œuvre de nous-même. Et c'est d'autant plus l'œuvre de nous-même que nous sommes en capacité de modifier nos états d'âme. Nous sommes en capacité de modifier nos états d'âme parce que nous sommes en capacité de modifier la représentation que nous avons des choses. Nous avons la capacité de modifier notre perception du monde. Ce qui veut dire que si tout à coup au lieu de recevoir la souffrance comme une injustice que nous inflige le monde, on se pose simplement la question que puis-je faire ? La réponse des stoïciens sera de dire accepte. Accepte parce que tu n'as pas d'autre choix que d'accepter. Alors si tu as le choix de refuser, mais alors ce refus va être la source de ta souffrance. Parce qu'en réalité ce qui te fait souffrir n'est pas ce qui t'arrive. Ce qui te fait souffrir c'est le refus que cela t'arrive. Ce qui te fait souffrir, c'est une représentation de ce qui t'arrive. Nous ne souffrons pas à cause de ce que nous vivons. Nous souffrons à cause de la représentation de ce que nous vivons. Nous souffrons à cause de l'idée que l'on s'en fait. Et cette idée, elle va venir tourmenter notre âme. Elle va venir générer des émotions. Elle va venir générer du ressentiment, générer de l'inquiétude, de la jalousie, de l'aigreur, du regret. Elle va venir brasser nos émotions et en faire un brasier à souffrance. C'est l'inaceptation de ce qui est qui nous fait souffrir et non pas ce que nous vivons. Ce ne sont pas les événements qui sont la cause de notre souffrance, c'est notre perception des événements. Nous ne pouvons pas faire en sorte que le monde se comporte comme on voudrait qu'il se comporte. Nous sommes pas en capacité de modifier l'ordre cosmique, mais nous sommes en capacité de comprendre que l'ordre cosmique ne peut pas être autrement que ce qu'il n'est. Nous sommes en capacité de comprendre qu'il y a des choses qui ne dépendent pas de nous, qui ne dépendent pas de notre désir, qui ne dépendent même pas de notre action. Et dans ces cas-là, le tourment de notre âme, ce n'est rien d'autre que le refus que l'ordre du monde soit ce qu'il n'est. Le tourment de l'âme, c'est le refus d'accepter que les choses soient ce qu'elles sont. C'est le refus de comprendre la raison universelle. Alors évidemment ce problème du tourment de l'âme, ce problème de la souffrance intérieure, c'est d'abord un problème humain. Parce que même si on peut trouver ce qui s'apparent à des émotions dans le règne animal, il est clair que les animaux sont davantage dominés par leur instinct et que d'une certaine manière, les animaux n'ont pas vraiment la possibilité de contourner leur instinct. C'est ce qui fait que les animaux n'ont pas besoin d'un manuel pour savoir comment se comporter parce que leur manuel, il est inscrit dans leur code génétique. Il est inscrit dans leur instinct. Nous sommes des animaux. Nous possédons une dimension animale. C'est ce qui fait que nous aussi nous avons un instinct. Nous avons un instinct de conservation qui va se traduire par la lutte pour la survie, qui va se traduire par le fait de se reproduire. Ça c'est notre dimension animale. Mais nous n'avons pas qu'une dimension animale. Nous avons aussi une propriété qui fait de nous ce que nous sommes, qui fait de nous des êtres humains. C'est le choix. Le choix par exemple de suivre les recommandations de la nature ou de nous en écarter. Le choix d'obéir à notre instinct ou de ne pas lui obéir. Le choix de dire oui ou de dire non. Or, fondamentalement, qu'est-ce que le choix ? Il y a le choix, c'est la capacité à créer des chemins alternatifs par rapport à l'ordre naturel. Le choix, c'est toujours le choix de désobéir, le choix de s'écarter, le choix de dévier de la trajectoire naturelle. Donc le choix, c'est l'origine de l'erreur. De l'erreur ou de l'érance. Parce que si on choisit de s'écarter de la voix de ce qui est bon, si on choisit de s'écarter du modèle de l'ordre naturel, bien on peut passer beaucoup de temps à aérer. C'est beaucoup plus facile de suivre un chemin quand il n'y a qu'un seul chemin. C'est beaucoup plus difficile quand les chemins se multiplient. C'est d'ailleurs ce qui fait qu'on peut trouver un lien entre l'intelligence et la souffrance, parfois même entre intelligence et folie. Parce que l'intelligence, c'est aussi la capacité à multiplier les chemins de pensée. L'intelligence va de paire avec la complexité. Et donc quand il y a plusieurs chemins, quand il y a trop de chemin, quand il y a trop de choix, on est dans ce qu'on appelle l'embarras du choix. l'embarras d'avoir à choisir parmi une multitude de chemins. Or, choisir c'est renoncer et renoncer c'est souffrir. Et à partir du moment où nous désirons, au-delà du nécessaire, au-delà de ce qui est nécessaire à notre survie, comme le font les animaux, nous désirons des choses qui nous sont parfois inaccessibles. Nous désirons des choses qui parfois ne dépendent pas de nous. C'est ça le problème du choix. C'est ça le problème du choix. Et c'est ça l'origine du tourment humain, la capacité à choisir qui est en même temps la capacité à s'écarter de la voix bonne. D'ailleurs, c'est amusant parce que Bakunin, l'anarchiste russe du 19e siècle, a écrit un texte dans lequel il faisait l'éloge de Satan. Satan qu'on a coutume d'identifier au mal parce qu'il disait que Satan était celui qui avait apporté à l'homme le choix. Il se trouve qu'étymologiquement diabole ça signifie ce qui divise. Donc c'est l'idée de dualité. Et le choix commence avec la dualité. Le choix commence quand une voix alternative apparaît. Vous savez, c'est l'image du petit ange sur l'épaule droite et du petit diable sur l'épaule gauche. C'est à ce moment-là que la conscience est prise dans un dilemme. Donc c'est le chemin unique qui tout à coup se divise. Et ça pour Bakunine, c'est la naissance de la liberté, c'est-à-dire la possibilité de choisir une autre voix, la possibilité de transgresser. D'ailleurs, c'est ce qu'on retrouve très bien dans le mythe d'Adam et Ève parce que ce que vient apporter le serpent dans le jardin d'Eden, c'est le choix et la responsabilité qui découle de ce choix. Le choix de transgresser la demande de Dieu, de ne pas goûter le fruit défendu. Et ce n'est pas pour rien que ce fruit, c'était le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Donc Satan, c'est à la fois le père de la liberté, le père du choix, mais c'est en même temps la source de notre malheur. Parce qu'il n'y a pas de malheur quand on suit un chemin sans se poser de questions. Parce que quand on suit un chemin sans se poser de questions, il n'y a pas de doute, il n'y a pas de regret, il n'y a pas d'amertume puisqu'il n'y a pas la possibilité d'envisager qu'un autre chemin ait été possible. Donc le problème de l'homme, c'est le choix. et le choix conduit l'homme à faire des erreurs, des erreurs qui le mènent à la souffrance. Donc si on résume un peu, il y a deux idées à retenir dans ce qu'on a dit sur la souffrance. Premièrement, que la souffrance c'est d'abord le fait d'une réponse de la réalité à notre comportement et deuxièmement que nous avons le pouvoir d'agir sur notre souffrance en modifiant la représentation que nous avons des événements. Donc le premier axe, c'est celui de l'adaptation de notre comportement à la réalité. Le deuxième axe, c'est l'adaptation de notre représentation des choses par rapport à la raison universelle. Ce qui veut dire que dans ce deuxième cas, c'est la raison qui nous permet de neutraliser la souffrance. C'est la raison qui nous permet d'annuler notre tourment et de trouver la paix intérieure, de trouver l'alignement. Parce que l'alignement, c'est la mise en accord de notre pensée avec les événements. C'est la mise en accord de notre raison avec la raison du monde. Et lorsque notre raison est en accord avec la raison du monde, le tourment disparaît. Le tourment disparaît parce qu'alors on accepte ce qui est. On l'accepte comme une nécessité. On l'accepte comme quelque chose que nous n'avons pas le pouvoir de modifier. Et comprendre pourquoi les choses sont ce qu'elles sont. Comprendre les règles de la nature, c'est ne plus être affecté par le monde. C'est ne plus subir le monde. C'est se libérer du tourment lié au fait que les choses ne sont pas ce qu'on voudrait qu'elles soit. C'est l'accepter comme une nécessité et y prendre part activement. Accorder notre raison à la raison universelle, c'est non plus vouloir que les choses soient comme on le désire, c'est vouloir que les choses soient comme elles sont. C'est vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent. Parce que si elles arrivent comme elles arrivent, c'est qu'il y a une raison. Il y a toujours une raison. Il y a toujours un sens. Et c'est notre incapacité à percevoir le sens immédiatement qui fait qu'on va plonger dans le tourment, qui fait qu'on va plonger dans le refus et l'incompréhension. Il n'y a pas plus grande source de tourment que l'incompréhension. Alors bien sûr, vous allez me dire, on peut savoir qu'il y a une raison à ce qui arrive. On peut être conscient que tout a un sens. Mais que se passe-t-il quand on ignore cette raison ? Que se passe-t-il quand on sait qu'il y a une raison mais qu'on ne la connaît pas ? Et bien là, j'ai envie de vous dire, c'est votre confiance en la raison qui va faire la différence. Et cette confiance dans la raison, elle n'est pas comme dans la religion le fruit d'une foi aveugle. Elle n'est pas le fruit d'une croyance, elle est le fruit d'un savoir que la raison régit tout. Cette confiance nous vient du fait de savoir que la raison est dans tout et que tout est dans la raison. Tout a une raison, y compris les choses qui nous paraissent les plus absurdes. Parce que l'absurdité, ce n'est rien d'autre que le nom que l'on donne à ce qu'on arrive pas à comprendre. L'incompréhensible est toujours incompréhensible pour nous. Incompréhensible du point de vue de notre esprit. Mais rien n'échappe à la raison. Tout est compréhensible. Tout est compréhensible parce que tout ce qui est a une raison d'être. Rien n'arrive sans cause. Et même si la cause se situe au-delà de notre schéma de compréhension, au-delà de nos capacités cognitives, ce n'est pas pour ça que la cause n'existe pas. C'est simplement que la cause se situe sur un autre plan de compréhension. Donc vous voyez, si on adopte cet angle rationaliste, rationaliste au sens littéral, c'est-à-dire que tout obé à la raison, ça signifie que l'absurde est inclu dans la raison. L'absurde n'échappe pas à la raison, il échappe à nos moyens de compréhension. C'est très différent parce que sinon ça voudrait dire que nous sommes capables de tout comprendre, autrement dit que nous serions des êtres omniscients. C'est pas le cas. Il y a des choses qui nous échappent. Il y a des choses que nous sommes fondamentalement incapables de comprendre. Mais le fait d'être incapable de les comprendre ne doit pas occulter le fait qu'il y a une raison. Il y a toujours une raison. Et comprendre ça, c'est devenir capable d'accepter que les choses soient ce qu'elles sont. Et non seulement qu'elles soi ce qu'elles sont, mais de le considérer comme une nécessité, de le considérer comme quelque chose qui ne pouvait pas en être autrement. Comprendre que tout est régi par la raison, c'est accepter tout ce qui est comme une nécessité. Alors, vous allez me dire "OK, savoir que tout a une raison et donc accepter que les choses soient ce qu'elles sont." C'est bien beau mais c'est facile à dire. Merci la raison cosmique. Alors oui, c'est facile à dire, mais c'est facile de dire que c'est facile à dire. C'est moins facile de l'appliquer mais ce n'est pas impossible. C'est une question de choix. On peut choisir la voix de la complainte. On peut choisir la voix de la complaisance dans la souffrance, le fait de se nourrir de ce tourment. Mais on peut aussi faire le choix de l'acceptation. On peut faire le choix de la confiance dans la raison qui ne nous fait rien subir qui nait du sens. Il y a ce qui dépend de nous et il y a ce qui ne dépend pas de nous. À chaque fois que nous sommes tourmentés par ce qui ne dépend pas de nous, nous négligeons ce qui dépend de nous. Nous sommes ingrats envers ce qui dépend de nous. Nous nous privons nous-mêmes de notre pouvoir de modifier la trajectoire. Lorsque nous occultons ce qui dépend de nous, on se mutile parce qu'alors on s'empute de notre raison qui est notre ange gardien personnel. Avoir conscience que ce qui dépend de nous dépend de nous, c'est se donner l'opportunité de bien agir. C'est se donner l'opportunité de faire ce qui est bon pour nous. Les événements qui nous arrivent, on ne les décide pas toujours, mais pour certains, on les choisit, on les provoque, on les crée. Et tant qu'on refusera de voir cette capacité que nous avons à créer, tant qu'on refusera d'assumer ce pouvoir d'accepter ou de refuser ce qui arrive, ce pouvoir d'agir ou de ne pas agir sur la voie du bonheur, on ne pourra s'en prendre qu'à soi. Le monde n'est pas responsable de notre malheur parce que ce serait faire du monde notre maître et ce serait faire de nous. Les esclaves du monde. Nous ne sommes pas esclaves, nous sommes maîtres. Et être maître, ça commence par en prendre conscience. Prendre conscience que la raison est de notre côté. Prendre conscience que la raison ne nous trahira jamais. Prendre conscience qu'en comprenant les raisons, nous devenons la raison. Nous devenons semblables au Dieu et alors peut-être trouverons-nous laude, trouverons-nous l'alignement, la paix intérieure. Je vous remercie. Bonjour à tous. Aujourd'hui, on va parler du stoicisme. Vous commencez à connaître mon intérêt pour le stoicisme. C'est une philosophie dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises et qui selon moi mérite d'être promu parce que c'est une philosophie pratique, parce que c'est une philosophie qui ne nécessite pas d'avoir un bagage particulier en philosophie pour la comprendre et parce que ces enseignements s'adressent à tous. Il y a des philosophes qui parlent de choses qui n'intéressent pas grand monde ou en tout cas qui en parlent dans des termes qui peuvent ne pas raisonner en nous alors que les stoïcien au contraire nous parle de choses familières. Il nous parle des émotions, du désir, de la déception, de la souffrance, bref de toutes ces choses qui jalonnent notre quotidien. et que pour beaucoup nous ne questionnons plus parce que nous les avons intégrés. Nous avons intégré la souffrance, nous avons intégré la déception et le regret. Nous les avons normalisé selon l'idée que si ces choses font partie de notre vie, c'est qu'elles doivent faire partie de la vie et que donc on ne peut rien y changer. Et bien ce que nous disent les stoïens, c'est qu'on peut y changer quelque chose, qu'on peut même faire changer radicalement les choses, mais ça implique de commencer par en prendre conscience. Quand on évolue dans le stress émotionnel, quand on évolue dans la frustration, dans la colère, dans toutes ces émotions négatives et qu'on s'y habitue, on finit par les épouser, on finit par se confondre avec elle. Un peu comme on s'habitue à la gravité. Quand vous marchez, vous ne vous dites pas que vous évoluez dans la gravité. Mais si vous tombez du 4rième étage, vous allez vous en rendre compte. Et bien, c'est la même chose avec les émotions. On s'y habitue, on les normalise au point de ne même plus s'en rendre compte. Ce que nous disent les stoïs, c'est que non, la souffrance n'a pas à être normalisée. Non, la déception et le regret n'ont pas à être normalisé. Aucune émotion négative et même aucune émotion tout court n'a à être normalisée parce que nos émotions, nous pouvons nous en libérer. Alors, je précise que les stoïciens n'utilisaient pas le mot émotion, il parlait de passion. On est dans l'antiquité. Le vocabulaire n'était pas exactement le même. Et les passions, contrairement à l'image qu'on s'en fait aujourd'hui, ce n'est pas quelque chose de positif. Passion du grec pathos, c'est ce qu'on subit. La passion nous rend passif. Et le pathos, c'est en même temps la souffrance, la douleur de l'âme. Et donc quand je dis que pour les stoïciens, nous pouvons nous libérer de nos émotions, il faut évidemment prendre le temps d'expliquer parce que j'entends d'ici les personnes qui vont dire "Comment ça, on peut se libérer de ces émotions ?" Mais les émotions, ça ne se contrôle pas. Une émotion, on la constate, on y assiste, on en est pas responsable parce qu'on n'est pas responsable de sa sensibilité. Et bien, c'est là qu'il va falloir donner quelques explications. Pour les stoïciens, nous sommes responsable de nos émotions parce que nos émotions sont le produit du jugement, du jugement que nous portons sur le monde, du jugement que nous portons sur les autres et du jugement que nous portons sur nous-mêmes. Clair pour les stoïciens, se libérer des émotions et de la souffrance qui en découle, ça passe par se libérer du jugement. On va partir d'une citation d'Épictè. Je rappelle qu'Épictè, c'était un stoïen qui avait la particularité d'être un esclave. D'ailleurs, le nom Épictète signifie serviteur en grec. Et disait ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'il portent sur les choses. L'air de rien, cette phrase résume tout. Maintenant, on va essayer de comprendre pourquoi il dit ça. Dire que ce qui nous trouble, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'on porte sur les choses. C'est dire que les choses pourraient ne pas nous affecter, mais que nous acceptons qu'elle nous affecte. Autrement dit, que nous laissons les choses nous affecter parce que nous plaquons sur elles des jugements et que ce sont ces jugements qui sont la cause réelle de notre souffrance. Prenons un cas concret. Imaginez qu'un ami vous trahisse. Vous pouvez imaginer n'importe quel type de scénario. Il bave sur vous derrière votre dos. Il vous vole de l'argent. Il drague votre fiancée. Bref, vous imaginez ce que vous voulez. Maintenant, imaginez que vous apprenez que cet ami vous a trahi. À ce moment-là, qu'est-ce que vous allez éprouver ? Ben si vous êtes à peu près comme tout le monde, vous allez lui en vouloir. Vous allez éprouver de la colère, peut-être même de la rage, de la haine. Cette colère viendra non seulement du tort qu'il vous aura causé, mais aussi de la déception. Un ami, c'est quelqu'un en qui on a confiance. C'est quelqu'un vis-à-vis de qui on a des attentes. Par définition, on ne peut être trahi que par quelqu'un en qui on a investi notre confiance. Et cette colère va vous ronger. Cette colère va vous consumer de l'intérieur. Vous allez souffrir, vous allez serrer les dents, serrer les points. Et si vous vous laissez aller à votre colère, vous allez sonner à sa porte. et lui faire comprendre en langage des signes que c'était une erreur de vous faire ça. Dans tous les cas, le résultat de cette trahison, ça va être une réaction émotionnelle. À ce moment-là, si quelqu'un vient vous voir en vous disant "Non mais tu sais, tu souffres mais en réalité ce n'est pas de la faute de ton ami. Ce n'est pas cette trahison qui te fait souffrir, c'est le jugement que tu t'en fais. Le seul responsable de ta colère, c'est toi-même." Ben là, vous allez vous dire "Mais sou moi Bien sûr que si, c'est sa faute. Bien sûr que si, c'est sa trahison qui me fait souffrir. Moi, je n'ai rien fait. Et bien si vous avez fait quelque chose pour les stoïciens, c'est vous le responsable de votre souffrance parce que vous avez attendu de cet ami qu'il se comporte d'une manière que vous n'étiez pas en mesure de maîtriser. Si votre ami vous a trahi, vous n'y êtes pour rien. Ce choix ne relève pas de votre volonté. C'est son choix. à lui. Or, être affecté par ce qui ne dépend pas de nous, c'est se condamner au malheur. On va prendre un autre exemple qui va nous permettre d'y voir plus clair. Imaginons que vous jouez au loto. Vous jouez au loto en vous disant bon, on sait jamais, avec un peu de chance, je vais finir millionnaire. Donc vous jouez, le tirage au sort lieu et vous perdez. À ce moment-là, qu'est-ce que vous allez ressentir ? Un peu de déception, c'est normal. Personne ne joue pour perdre. Mais en réalité, cette déception, elle va pas vous affecter très longtemps, ni de manière très intense, parce qu'au fond de vous, vous saviez que vous aviez peu de chance de gagner. Vous ne misiez pas votre avenir là-dessus. Vous auriez gagné, vous auriez été extrêmement contents. Mais dans le cas contraire, c'est pas si grave. Pourquoi ? parce que vous saviez dès le départ que vos chances de gagner étaient faibles. Et donc votre réaction sera à la hauteur de la probabilité qui était la vôtre de gagner. Faible probabilité de gagner égale faible attente égale faible déception. Donc en réalité c'est l'attente qui génère la déception. Si votre attente est faible, votre déception aussi sera faible. Si votre attente est importante, votre déception le sera tout autant. Maintenant, revenons-en au cas de votre ami qui vous a trahi. Ce qui vous affecte, ce n'est pas que votre ami vous ait trahi, c'est que vous ne vous attendiez pas à ce qu'il vous trahisse. Vous aviez vis-à-vis de lui une attente de loyauté, une attente de fidélité au sens étymologique de fidèle la foi. Et donc lorsque vous apprenez que cette attente n'est pas satisfaite, vous souffrez. C'est donc bien l'attente que vous aviez placé en lui qui est la cause de votre souffrance. Un ennemi, il n'y a rien de surprenant à ce qu'il nous trahisse. C'est même la moindre des choses. Le problème de la trahison ne se pose qu'avec des personnes en qui on a confiance. Ce sont toujours nos proches qui nous trahissent. Par extension, ce sont toujours nos proches qui nous font le plus souffrir parce qu'on place en eux des attentes et que ce sont ces attentes qui nous reviennent en pleine figure lorsqu'elles ne sont pas remplies par la personne en qui on a confiance. C'est donc bien que le problème ne vient non pas de la personne mais de nos attentes envers la personne. La trahison ne nous fait souffrir que parce qu'on juge que la trahison d'un ami est quelque chose d'inadmissible. Maintenant, que nous disent les stoïens ? Ils nous disent que nous sommes responsables de l'attente que nous avons placé dans notre ami. Nous lui avons fait confiance. Nous avons cru littéralement dans sa loyauté, mais cette croyance n'engageait que nous. Je rappelle à l'instant que l'étymologie de confiance, c'était fidesse, la foi. La confiance est toujours une affaire de foi. Pourquoi faisons-nous confiance ? Parce qu'on sent qu'on peut faire confiance. Alors oui, il y a des cas où la personne nous a prouvé qu'on pouvait lui faire confiance, qu'on pouvait, pas qu'on devait parce qu'on ne sait jamais si on a eu raison de faire confiance à quelqu'un avant que ce quelqu'un ne trahisse cette confiance. On ne le sait jamais. Donc toute attente est basée sur de la projection, sur de la projection qui ne nous appartient pas de maîtriser. Est-ce que ça veut dire qu'il ne faut plus faire confiance à personne ? Non. Ça veut dire que si vous faites confiance à quelqu'un, vous devez vous attendre à ce que cette personne trahisse votre confiance parce que ça arrive. Parce que c'est dans l'ordre des choses. Parce que l'être humain n'est pas pur, qui lui arrive de trahir, qui lui arrive de commettre des fautes et vous n'y pouvez rien. Croire que la personne en qui vous avez confiance ne vous trahira jamais. C'est ça la faute parce que c'est partir du principe que l'être humain pourrait être infaillible. Mais vous savez pertinemment que l'être humain n'est pas infaillible. Donc pourquoi attendre de l'être humain qu'il se comporte comme aucun être humain ne peut se comporter ? Est-ce qu'elle n'est pas là la faute ? Est-ce que la faute ce n'est pas d'avoir des attentes inatteignables ? Est-ce que la faute ce n'est pas de ne pas avoir compris ce qu'était la réalité ? Alors bien sûr, face à ce discours vont se dresser les discours idéalistes et moralisateurs. Mais comment peut-on dire ça ? La confiance, c'est fondamental. Il faudrait donc tout accepter, tout tolérer. C'est ça le modèle des stoïcien. Non, ce n'est pas ça le modèle destoïen. Le modèle desto de dire qu'on a jamais raison contre la réalité. Or, la réalité, c'est que la trahison existe. La réalité c'est que l'être humain est animé par des forces qui ne sont pas toujours des forces morales. L'être humain est animé par l'ego, par le désir de pouvoir, par l'intérêt et qu'on aura beau chanter des sérénades à la gloire de la vertu, ce n'est pas ça qui rendra l'être humain plus vertueux. L'être humain est ce qu'il est. Il a ses qualités et ses défauts. Et en plaquant sur l'être humain des attentes morales et idéales, on se condamne à la déception, on se condamne au malheur. Marcurel disait dès l'aurore, dis-toi d'avance, je vais rencontrer un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste. Pourquoi Marcorel disait-il ça ? Parce qu'il considérait que tous les êtres humains étaient immoraux ? Non, parce qu'il considérait que ces choses-là existaient. pas qu'elles étaient systématiques, pas qu'il n'existait aucune vertu chez les êtres humains, mais parce que l'être humain n'est pas constitué seulement de vertus. Elle est là la nuance. Quand on a des attentes envers quelqu'un, on projette sur lui un idéal. Un idéal dont on sait pertinemment quand on connaît un peu la nature humaine, qui n'est pas atteignable. Mais tout le problème se situe dans le quand on connaît la nature humaine, pas quand on idéalise la nature humaine, pas quand on fantasme la nature humaine. La grande leçon du stoicisme, c'est la leçon du réalisme. du réalisme qui nous fait comprendre et accepter qu'on ne peut pas attendre de l'être humain ce qu'il n'est pas en capacité d'atteindre. du réalisme qui doit nous inciter à la prudence, à la prémunition qui nous fait comprendre et accepter que si on attend de l'être humain, ce qu'il n'est pas en mesure d'atteindre, on va souffrir et que ça ne sert à rien de rejeter la faute sur l'autre parce que premièrement, ça ne changera rien à la situation et deuxièmement ça ne fera que nous enfermer. dans le déni. Notre problème c'était pas que l'être humain se comporte en être humain avec ses défauts, ses failles et ses vis. Notre problème, c'est que nous attendons de l'être humain qu'il se comporte comme s'il n'était pas un être humain, comme s'il n'était pas soumis aux défauts, aux failles et aux vis. Il est là le problème. Le problème vient de nos attentes. Le problème vient de notre jugement et de notre désir que la nature humaine se conforme à notre jugement alors que ça devrait être l'inverse. Ce n'est pas à la nature humaine de se conformer à notre jugement sur la nature humaine. C'est à notre jugement de se conformer à ce qu'est la nature humaine. C'est ça la clé. Accepter l'être humain tel qu'il est pour ne pas en être déçu. Accepter l'être humain tel qu'il est pour ne pas nourrir des attentes inatteignables. Et vous aurez beau dire tout ce que vous voudrez. Vous aurez beau maudir la nature humaine, dire que les gens sont méchants ou décevants, ça ne changera rien. La seule question est : "Êtes-vous prêt à changer vos attentes vis-à-vis de l'être humain ? Êtes-vous prêt à admettre que vos attentes vis-à-vis de l'être humain ne proviennent pas de l'observation de la nature humaine, mais d'un idéal que vous projetez sur elle ? C'est ça la vraie question. Le reste c'est du blabla. Le reste, c'est du prétexte pour ne pas avoir à modifier votre jugement de ce que devrait être la nature humaine. Et c'est en ça que vous êtes responsable de vos émotions. Vous êtes responsable de vos émotions parce que vos émotions dépendent non pas de la réalité de la nature humaine mais du jugement sur ce que devrait être la nature humaine. Le problème ce n'est pas la réalité, c'est le jugement sur la réalité. Quand Marc Orel fait la liste des défauts humains, ce n'est pas pour dire que tous les êtres humains sont nécessairement méchants ou hostile. C'est pour dire qu'il faut s'attendre à retrouver ses défauts chez l'être humain parce que ces défauts sont constitutifs de la nature humaine. Et qu'attendre de l'être humain qu'il ne soit pas l'être humain ? C'est insensé. C'est insensé. Et c'est parce que c'est insensé que ça nous rend malheureux. Ce qui rend malheureux, ce ne sont pas les choses. Ce ne sont pas les choses telles qu'elles sont. C'est l'écart entre les choses telles qu'elles sont et les choses telles qu'on voudrait qu'elles soit, tel qu'on les imagine, tel qu'on les idéalise, tel qu'on les juge. Il est là le problème dans notre jugement. Tout le problème vient de notre jugement sur les choses. Les stoïciens disent il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. Être affecté par ce qui ne dépend pas de nous, c'est insensé parce que c'est croire que ce qui ne dépend pas de nous pourrait dépendre de nous. C'est croire que nous pourrions avoir une influence sur ce qui ne dépend pas de nous. C'est irrationnel. Les stoïciens prôent la raison. Il prône la conformité au logos. Les lois logiques auxquelles sont adossés, les lois de la nature. S'il pleut, vous n'allez pas pleurer. Vous allez prendre un parapluie. S'il fait froid, vous n'allez pas pleurer, vous allez vous couvrir. En d'autres termes, face à une situation, vous allez vous adapter parce que vous savez que vous ne pouvez pas demander au ciel qu'il fasse soleil ou qu'il fasse chaud. Vous savez que ça ne dépend pas de vous. Ce qui dépend de vous, c'est de vous prémunir contre les intempéries. C'est de faire en sorte d'amortir les effets du réel sur vous. Alors, pourquoi devrait-il en être autrement pour l'être humain ? Pourquoi l'être humain devrait-il se conformer à vos attentes, à ce que vous espérez de lui ? Ça marche pas comme ça. Et vous le savez. Donc si vous le savez, pourquoi continuer à vivre et à agir comme si vous ne le saviez pas ? Pourquoi continuer à être déçu par quelqu'un qui ne se conforme pas à votre vision de ce qu'il devrait être ? Avez-vous oublié que les êtres humains sont régis par des motivations qui leur sont propres ? Avez-vous oublié que les êtres humains n'attendent pas de savoir ce que vous pensez d'eux pour faire ce qu'ils estiment avoir à faire ? Pour qui vous prenez-vous ? C'est ça au fond la question que vous pose les stoïciens. Pour qui vous prenez-vous pour croire que la réalité va s'adapter à vous ? C'est à vous de vous adapter à la réalité. Et si vous ne le faites pas, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même. Si vous êtes malheureux parce que vous n'avez pas pris en compte la réalité telle qu'elle est, la faute n'en revient pas à la réalité. La faute en revient à vous. La réalité, elle est. C'est son boulot. Votre boulot à vous, c'est de comprendre cette réalité et de vous y adapter, de l'accepter, pas de projeter sur elle ce que vous aimeriez qu'elle soit, pas de lui faire endosser le poids de vos propres attentes. Donc l'alternative est simple, l'acceptation ou le malheur. accepter ce qui ne dépend pas de nous pour ne pas être malheureux, pour ne pas faire dépendre notre bonheur de ce qui ne dépend pas de nous. On est habitué au jugement. On est habitué à dire ce qui est bien et ce qui est mal, à dire ce que les autres devraient ou ne devraient pas faire. On est d'ailleurs beaucoup plus pr chez les autres qu'à dire ce qui ne va pas chez nous. Parce que nous voyons le monde à travers nos propres schémas de perception parce que nous voyons le monde à travers le prisme de notre propre conscience. Partant de là, tout ce qui ne correspond pas à notre propre mode de fonctionnement sera disqualifié. L'altérité nous échappe même chez ceux qui se prétendent ouverts et tolérants. Ce n'est pas vrai que nous soyons ouverts et tolérants. Nous sommes sectaires, foncièrement sectaire. Dès que quelque chose nous déplaît, nous nous empressons de le juger. Pas de le comprendre, pas d'essayer de le comprendre. de le juger. Il ne faudrait pas faire comme si il faudrait faire comme ça. Et à chaque fois que nous jugeons ce qui nous déplaît, c'est comme si on s'infligeait un coup de canif dans notre modèle de représentation. On s'énerve, on s'indigne, on se scandalise et ce faisant, on se fait souffrir au lieu de simplement nous dire "C'est comme ça." Et si c'est comme ça, c'est qu'il y a une raison. Les gens sont ce qu'ils sont. Ils agissent comme ils agissent, ils pensent comme ils pensent. Et c'est pas grave. C'est pas grave dès lors qu'on ne cherche pas à plaquer sur l'autre nos propres jugements. Alors bien sûr, il y a des fois où on sait qu'on a raison et où l'autre ne veut pas l'entendre. des fois où on sait que l'autre est dans l'erreur, qu'il ne s'en rend pas compte parce que sa sensibilité ou son expérience ne lui ont pas fourni les clés de compréhension. Mais nous on sait et parce qu'on sait on veut le faire savoir. On veut faire savoir à l'autre qu'on sait qu'on sait mieux que lui. Et s'il ne l'entend pas, ça nous dérange. Mais encore, ce n'est pas tant ce que fait l'autre qui nous dérange, c'est le jugement qu'on s'en fait. Un ami qui se fait exploiter à son travail et qui ne se rend pas compte. On a envie de lui dire "Réveille-toi, révolte-toi." Un ami qui est malheureux dans son couple dont on sait qu'il devrait mettre un terme à sa relation parce qu'on voit bien que c'est sans issue. Réveille-toi, révolte-toi. Mais ça ne sert à rien. C'est toujours après coup que les conseils raisonnent en nous quand on a compris. Vous pouvez juger comme il vous plaira la situation de votre ami. Vous pouvez lui conseiller ce que vous voulez. La question est de savoir à quel point le jugement que vous portez sur votre ami vous affecte-t-il vous ? À quel point le fait de ne pas être écouté, de ne pas être entendu vous fait-il souffrir vous ? C'est ça la vraie question. votre souffrance, la souffrance issue de votre jugement. On va prendre un autre exemple. Vous marchez dans la rue, vous glissez sur un pavé et vous tombez. Fort heureusement, vous ne vous êtes pas blessé. Mais tout le monde vous a vu. Tout le monde vous a vu vous mettre les quatre fer en l'air. À ce moment-là, qu'est-ce que vous allez éprouver ? De la honte ou tout du moins de la gêne. Votre souffrance n'est pas tant physique que morale. C'est votre dignité qui s'est fait mal. Et pourquoi votre dignité s'est fait mal ? Parce que le jugement des autres sur vous vous affecte parce que vous vous dites "J'ai l'air con." Et avoir l'air c'est très important. C'est dans un monde d'hypocrisie qu'on prétend que le regard des autres ne nous atteint pas. Bien sûr qu'il nous atteint. Bien sûr qu'on veut donner aux autres la meilleure image de nous-même. Le nier, c'est nier la réalité, la réalité de l'ego qui veut gouverner notre image de soi. La morale de cette histoire, c'est que de la même façon que c'est le jugement qui nous affecte plutôt que les événements, c'est le jugement des autres qui nous affecte plutôt que la situation concrète que nous vivons devant eux. Parce qu'on se projette dans leur conscience, on pense à leur place et on imagine ce qu'ils doivent se dire. Et c'est très important ce qu'ils se disent. Rappelez-vous quand vous étiez au collège et que vous deviez passer devant toute la classe pour faire un exposé. Dans cette situation, beaucoup d'entre vous étaient en panique parce qu'il se disait "Qu'est-ce qu'on va penser de moi ? Qu'est-ce que les autres vont se dire ?" Et le stress émotionnel qu'on ressent quand on se sent observé, quand on se sent scruté, c'est le stress du jugement, d'un jugement qui n'est pas tant le jugement réel de ceux qui nous observent que le jugement qu'on projette sur ceux qui nous observent. C'est ça l'ironie du jugement. C'est qu'il nous affecte même quand il n'existe pas. c'est qu'il nous affecte dès lors que c'est nous qui le faisons exister. Le problème du jugement, c'est nous que les gens pensent ce qu'ils pensent. Concrètement, qu'est-ce que ça va changer ? Qu'est-ce que ça va changer à part ce que nous acceptons que ça change ? Pourquoi des jugements, c'est-à-dire des choses immatérielles, des choses qui n'ont pas de prise directe sur nous ? Peuvent-ils nous affecter, nous stresser, nous déranger, nous attrister parce que nous les faisons exister. Alors que dès qu'on rationalise, dès qu'on se met réellement à la place de cet autre sur lequel on plaque des jugements imaginaires, on se rend bien compte que tout ça c'est de la pure projection. Quand vous faisiez votre exposé, la plupart des élèves, ils pensaient à autre chose, à ce qu'ils avaient fait la veille ou à ce qu'ils allaient faire après les cours. Tout le monde s'en fiche. Tout le monde s'en fiche de vous. La plus grande quantité de jugement sur vous qui ait jamais été accumulée, c'est la vôtre. C'est votre jugement sur vous-même qui a le plus empoisonné votre existence, pas celui des autres. Et vous le savez. Donc la question qui se pose, c'est pourquoi continuer d'accord de la valeur au jugement des autres ? Pourquoi continuer d'accorder de l'importance à quelque chose qui n'a d'impact que celui que vous consentez à lui accorder ? C'est ça la vraie question. Donc pour les stoïciens, notre souffrance émotionnel, le stress, la honte, l'inquiétude, tout ça, c'est nous qui en sommes responsables. C'est dans notre tête. Rien ne peut vous affecter émotionnellement que vous n'ayez consenti à vous laisser affecter. Et quand vous faites l'état des lieux, quand vous compez ce qui vous est arrivé à vos réactions à ce qui vous est arrivé, vous allez voir du premier coup d'œil de quel côté penche la balance. Elle penche du côté de la réaction. Elle penche du côté de l'amplification par le jugement. C'est ça la réalité. Et ça marche pour tout. Les gens ne vous aiment pas. OK. Et donc ça change quoi ? Ça change quoi pour vous concrètement ? Tout se situe dans le concrètement. Concrètement, ça veut dire sans que ce ne soit une production de votre mental, sans que ce ne soit une pure construction de votre esprit. Et c'est crucial comme différence parce que c'est la différence entre ce qui vous concerne et ce qui ne vous concerne pas. C'est la différence entre ce qui vous atteint par la force des choses et ce qui vous atteint parce que vous avez accepté que ça vous atteigne. La différence c'est vous. Donc si on résume, il y a le jugement que vous portez sur les situations et qui vous affecte davantage que les situations elles-mêmes. Et il y a le jugement des autres ou plutôt le jugement que vous projetez sur les autres et qui vous affecte davantage que ce pourquoi vous pensez qu'il vous juge. Dans les deux cas, ce qui vous affecte, c'est le jugement. Ce qui vous affecte, ce sont des projections mentales. Des projections mentales qui soit ne changeront rien à la situation, qui ne feront que rendre douloureuse une situation qui ne le serait pas sans votre jugement, ou soit qui projette sur les autres un jugement qui n'est le fruit que de votre imagination. et qui vous affecte en retour par pur effet boomerang comme si on construisait soi-même les raisons de sa propre souffrance mentale. Donc la leçon des stoïens c'est que nous devons épouser ce qui nous arrive. Nous devons ne faire qu'un avec ce qui arrive parce que le jugement nous dissocie, il nous dissocie de la réalité et il nous dissocie de nous-même. Il nous disent aussi de cette capacité à recevoir les choses telles qu'elles sont, à accepter plutôt qu'à réagir, à vivre plutôt qu'à juger. Je cite parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas. Celles qui dépendent de nous, c'est l'opinion, le vouloir, le désir, l'aversion. En mot, tout ce qui est notre œuvre, celle qui ne dépend pas de nous, c'est le corps, les biens, la réputation, les dignité. En amot, tout ce qui n'est pas notre œuvre. Et les choses qui dépendent de nous sont par nature libre. Nul ne peut les empêcher, rien ne peut les entraver. Mais celles qui ne dépendent pas de nous sont impuissantes, esclaves, sujet à empêchement, étrangère à nous. Souviens-toi donc que si tu crois libre ces choses qui de leur nature sont esclaves et propre à toi celles qui sont étrangères, tu seras entravé, affligé, troublé. Tu accuseras Dieu et homme. Mais si tu crois tiens cela seule qui est tien et étranger, ce qui en effet est étranger, nul ne te forcera jamais à faire une chose. Nul ne t'en empêchera. Tu ne te plaindras de personne. Tu n'accuseras personne. Tu ne feras pas involontairement une seule action. Personne ne te nuira et d'ennemis, tu n'en auras point. Car tu ne pourras pas même souffrir rien de nuisible. Aussitôt donc devant toute imagination pénible, exerce-toi à dire "Tu es imagination et apparence, nullement l'objet que tu parais être." Ensuite, son de là et jugela avec les règles que tu possèdes. La première et la principale, c'est de voir s'il s'agit des choses qui dépendent de nous ou de celles qui n'en dépendent pas. S'agit-il de ces dernières ? Sois prêt à dire, il n'y a rien là qui me regarde, moi. Souviens-toi que ce qu'on se promet dans le désir, c'est d'obtenir l'objet désiré. Ce qu'on se promet dans l'aversion, c'est d'éviter l'objet en aversion. Et celui qui est frustré dans son désir est malheureux. Celui qui tombe dans ce qu'il fuit misérable. Fuis donc seulement les choses qui dépendant de toi sont contraires à la nature et tu ne tomberas point dans ce que tu fuis. Mais si tu veux éviter la maladie ou la mort ou la pauvreté, tu seras misérable. Écarte donc ton aversion de toutes les choses qui ne dépendent pas de nous et reporte-la sur des choses qui, dépendant de nous sont contraire à la nature. Quant au désir, supprime-le tout à fait en ce moment. Car si tu désires quelquun de ces choses qui ne dépendent pas de nous, tu seras nécessairement malheureux. Et d'un autre côté, parmi les choses qui dépendent de nous et qu'il serait beau de désirer, aucune pour toi n'est encore présente. Borne-toi donc à t'approcher ou à t'éloigner des choses par un mouvement volontaire, mais peu énergique, avec des réserves et en modérant ton élan. Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'il portent sur les choses. Par exemple, la mort n'est rien de terrible car Socrate aussi l'aurait trouvé terrible. Mais notre opinion sur la mort qui nous l'a fait regarder comme terrible, voilà ce qui est terrible. Lors donc que nous sommes entravés ou troublés ou affligés, n'accusons jamais autrui, mais nous-mêmes, c'est-à-dire nos opinions, œuvre d'ignorant que d'accuser les autres de ses propres mots. L'homme qui commence à s'instruire s'accuse lui-même. L'homme instruit ni les autres ni soi. Ne t'en orgueillis de nul avantage étranger. Si le cheval s'en orgueillissant disait "Je suis beau", ce serait supportable. Mais toi, quand tu dis avec orgueil un beau cheval, sache que c'est des qualités d'un cheval que tu t'en orgueillis. Qu'y a-t-il donc là de tiens ? L'usage que tu fais de tes représentations aussi, lorsque tu te serviras de ces représentations conformément à la nature, alors seulement sois fier car tu seras fier d'un bien qui t'est propre. N'attends pas que les choses arrivent comme tu le souhaites. Décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux. L'estocien passe très souvent pour des philosophes inhumains, des philosophes qui nientaient notre dimension émotionnelle et qui nous encouragerait à nous couper de tout sentiment, de tout lien affectif avec l'être humain. La mort ne doit pas t'affecter car elle est une chose inévitable et naturelle. La trahison ne doit pas t'affecter car elle est une chose inévitable et naturelle. La honte et le regret ne doivent pas t'affecter car ce sont là des choses inévitables et naturelles. Mais alors, qu'est-ce qui doit nous affecter ? Pour les stoïciens, seul doit nous affecter ce qui dépend de nous. pas avant, pas après, pendant agir au moment où nous devons agir avec toute notre attention, avec toute notre concentration, agir en pleine présence, sans projection mentale, sans peur du jugement. Mais avec la conviction de faire ce qui est juste parce que nous n'emporterons rien dans la tombe, rien si ce n'est la satisfaction d'avoir bien vécu. Je vous remercie. Bonjour à tous. Aujourd'hui, on va reparler du stoicisme. Ce qu'il y a de bien avec le stoicisme, c'est qu'on a jamais fini d'en faire le tour. J'ai déjà fait trois épisodes sur le stoicisme, quatre même si on compte celui sur les disitations. Et malgré ça, bien, il me reste encore beaucoup de choses à vous dire. Et aujourd'hui, j'ai choisi de vous parler du stoicisme sous l'angle d'un sujet en particulier, à savoir la colère. Il nous arrive tous de nous mettre en colère. Pour certains, c'est même un mode d'être permanent. Enlever leur colère à certaines personnes, vous leur enlevez leur raison d'être. Des personnes qui s'énervent dès que quelque chose les contrarie. des personnes qui se sentent obligées d'agresser les gens pour communiquer leurs besoins ou qui font preuve d'animosité envers tous ceux qui ne partagent pas leur point de vue. On connaît tous des gens comme ça et peut-être même que certains d'entre vous se sont reconnus dans ce portrait. Alors, pour qu'on soit d'accord sur les termes, qu'est-ce qu'on appelle la colère ? La colère, c'est un état émotionnel qui résulte d'un désagrément. d'une frustration ou d'une offense et qui se traduit par un comportement violent et un désir de punition à l'égard de ce qui nous a offensé. Alors, on ne va pas rentrer dans une bataille sémantique. Par exemple, la différence entre la colère et l'énervement, entre la colère et l'indignation ou l'irritation. Parce que pour les stoïs, tout ça, c'est la même chose. Toutes ces émotions sont des modalités de la colère qui ne se distingue entre elles que par leur degré d'intensité ou par leur objet. Dans tous les cas, la colère, c'est un bouillonnement intérieur. C'est une pression qui monte et qui brûle à l'intérieur de nous et qu'on doit littéralement exprimer, c'est-à-dire pousser en dehors de nous pour s'en libérer. Or, ce que nous disent les stoïciens, c'est que la colère n'est pas quelque chose de normal. Pourquoi ce n'est pas normal ? Parce que ce n'est pas une réponse adaptée, parce que la colère ne résout pas le problème qui est à l'origine de la colère. Au contraire même, la colère augmente le problème puisqu'elle l'entretient, elle le nourrit, elle le relance. Pour le dire en un mot, la colère est une émotion destructrice. Et croire qu'on résout les problèmes par la colère, c'est comme croire qu'on obtient la paix par la guerre. C'est une illusion. La colère engendre la colère. D'ailleurs, vous aurez remarqué que quand il y a un désaccord entre deux personnes et que la colère commence à monter, très vite, on oublie l'objet du désaccord, on oublie le fond et on se retrouve dans une espèce de joue verbal où le but n'est plus du tout de savoir qui a raison, mais d'écraser l'autre, de l'humilier ou de le réduire au silence. Un petit tour sur les réseaux sociaux suffira à vous en convaincre. Mais la bonne nouvelle dans tout ça, c'est que la colère n'est pas une fatalité. C'est en tout cas ce que nous disent les stoïciens. Ce qu'ils nous disent, c'est qu'on peut se libérer de sa colère, qu'on peut la perdre. Et perdre sa colère, ça passe par deux étapes. Première étape, comprendre que la colère ne sert à rien. Deuxième étape, comprendre que la colère est le signe d'un problème plus profond. Comprendre que quand nous nous mettons en colère, nous exprimons un mal-être dont l'objet de notre colère n'est pas le vrai responsable. Et qu'est-ce que nous exprimons lorsque nous nous mettons en colère ? Et bien, c'est ce qu'on va essayer de comprendre aujourd'hui. Alors, avant d'aller plus loin, je rappelle que le stoicisme, c'est une école philosophique fondé au tout début du 4e siècle avant Jésus-Christ par Zénon de Kiton, à ne pas confondre avec Zénon Dé, l'auteur des célèbres paradoxes. Et donc pour l'anecdote, le stoicisme s'appelle le stoicisme parce que sto en grec, ça veut dire le portique et que les stoïens se réunissaient sous un portique. Un portique, vous savez, c'est une galerie soutenue par deux rangés de colonnes. Et c'est amusant comme quoi le hasard fait bien les choses puisque quel meilleur symbole de la philosophie stoïcienne qu'une colonne parce qu'une colonne ça s'élève vers le ciel. Donc c'est l'idée de prendre de la hauteur sur les choses. La colonne c'est aussi la stabilité, la fixité, la régularité, tout ce que prône le stoicisme. Donc il y a eu plusieurs grandes figures du stoicisme dans l'antiquité. On a cité Zénon, son fondateur. Il y a eu aussi Crisip, Panetios de Rod, Cicéron chez les Romains. Et il se trouve que les trois stoïciens les plus connus sont justement des Romains et que c'est sur eux qu'on va s'appuyer aujourd'hui pour parler de la colère, à savoir SCE, Épictette et Marc Orel. Donc si vous voulez lire ce qu'on écrit ces philosophes, Marc Orel, je vous conseille évidemment penser pour moi-même. C'est l'ouvrage classique que je recommande à chaque fois. Epic Tet, vous avez le manuel qui d'ailleurs est disponible en livre audio sur cette chaîne. Et enfin pour SCEC et bien il y a un livre spécialement dédié à la question qui s'appelle de la colère. Je vous mets le lien dans la description. Donc qu'est-ce qu'on disait ? On disait que pour les stoïciens, la colère n'était pas une fatalité, qu'il était possible de perdre sa colère. Et rien que ça, ça n'a l'air de rien, mais c'est déjà très important. Pourquoi c'est important ? Parce qu'au quotidien, on fonctionne comme si notre colère ne dépendait pas de notre volonté, comme si notre colère était juste une réaction mécanique aux événements. Une réaction mécanique aux événements, ça veut dire que dès que quelque chose de négatif nous arrive, on se met en colère comme par réflexe. De la même façon que quand quelque chose de positif nous arrive, on éprouve de la joie comme par réflexe. Et là, vous allez me dire "Bah oui, c'est normal, c'est normal de réagir positivement aux choses positives et négativement aux choses négatives. Ah bon ? C'est normal ? Ben non, c'est pas normal. C'est pas normal parce qu'alors ça veut dire que votre état émotionnel ne vous appartient plus, que votre vie intérieure ne vous appartient plus mais qu'elle appartient au hasard des événements. Et si vous ne voyez pas le problème qu'il y a à faire dépendre vos émotions de ce qui vous arrive, bah les Stoiens, ils peuvent pas faire grand-chose pour vous parce que ça veut dire que vous avez abandonné le contrôle sur votre vie intérieure et donc sur votre vie tout court. Faire dépendre nos états émotionnels de ce qui nous arrive, c'est ce que font les enfants, c'est ce que font les bébés. Un bébé quand il a faim, il pleure, il s'énerve, il devient tout rouge et dès que vous lui mettez le biberon dans la bouche, hop, terminé. Envole sa colère. Chez un bébé, les émotions sont calquées sur les événements. Et justement, tout le but de l'éducation, c'est d'apprendre à différer ses désirs. À les différer, c'est-à-dire à attendre, à patienter, à supporter. de sorte que ces émotions ne soient plus des réactions mécaniques aux événements. Donc l'enfant va apprendre à exprimer un besoin sans pleurer, sans s'énerver. Il va apprendre à attendre son tour, à ne pas faire de caprice. Il va apprendre à supporter la frustration parce que supporter la frustration, c'est la porte d'entrée vers la maîtrise de ses émotions. Donc comment se fait-il qu'on apprenne aux enfants à maîtriser leurs émotions et que vous adultes, trouviez normal que vos émotions ne vous appartiennent pas ? Qu'el soit le simple reflet des événements ? C'est pas logique et vous trouvez peut-être que j'exagère en prenant l'exemple de l'enfant. Mais prenez le temps d'analyser la manière dont vos réactions émotionnelles sont souvent déterminées par les événements. Votre patron vous donne une augmentation, joie. Votre patron vous refuse une augmentation colère. Vous avez matché sur Tinder, joie. On vous a swipé sur Tinder, colère et vous pouvez décliner ça à tout. Au quotidien, sur le plan émotionnel, nous fonctionnons comme des enfants. Et il est là le problème. Le problème, c'est que nous laissons les événements nous dicter nos états émotionnels. Nous laissons les événements prendre le contrôle de notre vie intérieure. Mais ça c'est pas possible. L'enfant a des excuses, l'adulte n'en a pas. Un adulte, ça se maîtrise, ça n'abandonne pas ses émotions au hasard des événements. Et c'est ça que les stoïciens pointent du doigt dans notre comportement, à savoir que nous avons intériorisé la logique de la passivité émotionnelle. La passivité émotionnelle, c'est le fait que nos émotions ne soient pas sous notre contrôle, mais sous la dépendance des événements. Et dire que nous l'avons intériorisé, ça veut dire que c'est quelque chose qu'on n'interroge même pas, dont on ne s'étonne même pas alors qu'on devrait trouver ça inacceptable. C'est la phrase d'épictet quand il dit "Tu n'accepterais pas de donner ton corps au premier venu. Alors, pourquoi acceptes-tu de lui donner ton âme ? Lui donner ton âme, ça veut dire lui donner le contrôle de tes émotions, le laisser décider si tu éprouveras de la joie, de la peine ou de la colère. On peut pas vivre comme ça. Notre vie intérieure, elle nous appartient parce que sinon ça veut dire que n'importe qui peut arriver faire quelque chose qui nous déplaît et nous on va le laisser saccager notre sérénité. Je vais prendre une image. Imaginons que quelqu'un frappe à votre porte. Vous demandez qui est là et là on vous répond le sacageur. Je viens saccager votre appartement. Qu'est-ce que vous allez faire ? Est-ce que vous allez lui dire "Allez-y, entrez, faites comme chez vous Non, vous allez le faire des guerres pires ou en tout cas au minimum vous allez lui refuser l'entrée. On est bien d'accord. Bon bien maintenant dites-vous que votre appartement c'est votre âme, votre résidence émotionnelle et que laisser les événements saccager votre sérénité, c'est exactement la même chose que laisser des vandales saccager votre appartement. Là, on est d'accord que ça vous paraît beaucoup moins normal. Alors, pourquoi est-ce que vous acceptez de laisser entrer en vous des émotions que vous n'avez pas envie d'éprouver ? Pourquoi est-ce que vous laissez votre âme se faire saccager ? C'est quand même incroyable. Et là, il y a une objection qu'on entend souvent qui est de dire "Oui, mais on ne le fait pas exprès. Se mettre en colère, c'est pas volontaire. Ce que nous disent les stoïciens, c'est que si c'est volontaire. Alors, c'est pas volontaire au sens où on ne veut pas éprouver de la colère évidemment, mais c'est volontaire au sens où on laisse la colère nous envahir, on la laisse entrer en nous. Et ça c'est la conséquence directe de la normalisation dont je parlais tout à l'heure. Autrement dit, si nous laissons les événements nous mettre en colère, bah c'est juste par habitude. Parce qu'on prend tout simplement pas le temps de se dire pourquoi j'accepte ça ? OK, il m'arrive ça, c'est fâcheux, c'est regrettable, mais est-ce que c'est grave ? Est-ce que ça mérite que je me mette en colère ? Est-ce que ça mérite que je rajoute de la douleur à la contrariété ? Non, ça ne mérite pas. Et pourtant, c'est ce qu'on fait. C'est ce qu'on fait tous, tout le temps. Le guicheté de la poste est désagréable avec moi. Ça m'énerve. Le livreur a laissé un avis de passage alors que j'étais à la maison. Ça m'énerve. Mon équipe de foot a perdu. Ça m'énerve. Mais à quel moment je ne m'énerve pas ? Quand le guichetier de la poste est de bonne humeur, quand le livreur a bien fait son travail, quand mon équipe a gagné ? Très bien. Donc je ne m'énerve pas quand les autres le décident. Je ne m'énerve pas quand le monde fonctionne comme je voudrais qu'il fonctionne. Voyez le problème ? Le problème, il est tout simple, c'est qu'on se rend dépendant de choses qui ne dépendent pas de nous. Et ça c'est pas seulement délétaire pour notre sérénité, c'est surtout absurde. C'est absurde parce que où est-il écrit que le monde va se comporter dans le sens de ce qui m'arrange ? Où est-il écrit que par le pouvoir de ma pensée, les choses vont arriver comme je voudrais qu'elles arrivent ? Est-ce que vous êtes au courant qu'il n'y a absolument aucune raison que les choses arrivent comme vous le souhaitez ? que les gens agissent comme vous le souhaitez. Est-ce que vous êtes au courant que oui, il y a des livreurs qui font mal leur travail et que c'est pas grave que si on devait se mettre en colère à chaque fois que quelque chose ne tourne par rond, on n'en finirait pas de se mettre en colère. Et c'est là qu'on doit garder à l'esprit la citation de Marc Orel. Je cite "Dè l'aurore, dis-toi d'avance, je vais rencontrer un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste. La liste n'est pas exhaustive. Vous pouvez rajouter un incompétent, un malpoli, un mauvais conducteur. Toutes ces choses font partie de la vie. Elles font partie de l'ordre du monde et croire qu'il serait possible de ne jamais les rencontrer, c'est aussi illusoire que puérile. La question c'est de savoir une fois qu'on a intégré ça, une fois qu'on a intégré que l'humanité était criblée de défaut et que le monde ne se comportait pas comme on voudrait qu'il se comporte, on fait quoi ? On se plaint ou on fait avec ? On s'apitoie ou on s'adapte ? On pleur niche ou on agit. Alors qu'est-ce que les stoïciens cherchent à nous dire à travers tout ça ? Il cherche à nous dire que dans la vie, il y a ce qui dépend de nous et il y a ce qui ne dépend pas de nous. Ce qu'on appelle la dichotomie du contrôle. Ce qui dépend de nous, on doit faire notre maximum pour l'influencer positivement. Et alors attention, faire son maximum, ça veut dire ce que ça veut dire. Ça veut dire qu'on ne peut pas faire plus que son maximum. On peut encourager son équipe à gagner, on peut pas jouer à sa place. On peut donner un conseil à un ami, on ne peut pas agir à sa place. Et ça aussi, il s'agirait peut-être de l'intégrer parce que s'énerver du fait qu'un ami n'a pas suivi vos conseils, comprenez bien que ça ne changera strictement rien à la situation. Désolé de vous l'apprendre, mais la colère ne modifie pas le passé. Ce qui est fait est fait et vous mettre en colère n'y changera rien. Donc dans cette situation, qu'est-ce qui dépend de vous ? Il dépend de vous de dire à votre ami écoute tu sais tu n'es pas obligé de suivre mes conseils, mais si tu ne compte pas les appliquer, évite de m'en demander. Alors vous pouvez le dire plus gentiment en y mettant davantage les formes. Mais plutôt que de vous énerver, agissez. Plutôt que de reprocher à votre ami de ne pas avoir suivi vos conseils, prenez vos dispositions pour qu'à l'avenir, vous n'ayez plus à lui reprocher. Ce qui compte, ce n'est pas ce qui est arrivé puisque ce qui est arrivé ne changera plus. Ce qui compte, c'est ce qui va arriver. Donc, agissez dans la mesure de vos possibilités sur ce qui va arriver. Et si vous n'agissez pas, et bien dans ce cas-là, supporter. Agir ou supporter, c'est ça la devise des stoïciens parce qu'il y a pas d'autres options. Pas d'autres option cohérente. Je reprends mon exemple du livreur. Si le livreur fait mal son travail, qu'est-ce que vous allez faire ? Vous énervez. Serrez les dents, serrer les points et le traiter de tous les noms comme ça chez vous. Très bien. Et ça va changer quoi ? Il en a rien à faire le livreur. Il est déjà parti. Tout ce que vous allez faire, c'est que vous allez gaspiller votre énergie pour un résultat nul, pour une perte sèche d'énergie. Donc à quoi ça sert ? Pourquoi s'infliger une colère dont on est la seule et unique victime ? Si le livreur a mal fait son travail, vous avez deux options. Option 1, agir. Vous allez voir le livreur et vous lui dites "Sonnez la prochaine fois." Ou alors vous mettez un mot sur la porte pour qu'il sache que vous êtes là. Ou alors vous déposez une réclamation ou vous vous faites livrer en point relais. Peu importe des possibilités, vous en avez plein. Mais se mettre en colère, c'est pas une possibilité parce que c'est une possibilité stérile. Option 2, supporter. Vous dire qu'après tout, bah c'est pas si grave. Et c'est vrai d'ailleurs, c'est pas si grave. Bien souvent, on s'énerve du fait d'une contrariété davantage que des conséquences réelles contrariété. On s'énerve du fait que les choses ne se passent pas comme on voudrait qu'elles se passent, quand bien même ce qu'il se passe ne constituerait pas un problème en soi. On s'énerve par principe. Et ce qu'il faut bien comprendre, c'est que d'un point de vue stoïcien, supporter supporter au sens d'accepter, au sens de laisser couler, c'est pas une défaite si vous préférez. Ce n'est pas de la faiblesse. La faiblesse, c'est au contraire de se laisser affecter par des événements insignifiants ou sur lesquels on a aucune influence. La faiblesse, c'est de se plaindre, c'est de rouspéter, c'est de se laisser submerger par ses émotions. Mais accepter, ce n'est pas de la faiblesse. Au contraire, c'est de la force. puisque c'est la force de ne pas être affecté par les choses, la force du détachement. Quand le faible insulte, le fort ignore. Quand le faible trépigne, le fort patiente. Quand le faible s'énerve, le fort accepte. Parce que l'âme du fort ne se laisse pas déstabiliser par les aléas insignifiants de la vie quotidienne. Et c'est là où il faut maintenant s'arrêter sur cette expression, une expression qu'on utilise tous alors même que du point de vue, c'est un non sens à savoir mettre en colère. On dit telle chose m'a mis en colère ou telle personne m'a mis en colère. Et à ça, les stoiciens répondent : "Non, tu t'es mis en colère, tu t'es laissé mettre en colère, mais le responsable de ta colère, c'est toi." On va prendre un exemple. Vous allez chez le boulanger pour acheter une baguette, sauf que pas de chance, il y a plus de baguette. Bon bah, ce que vous faites, c'est que vous prenez une ficelle à la place. C'est pas grave. C'est pas grave, ça dépend pour qui. Pour certaines personnes, devoir prendre une ficelle alors qu'ils avaient prévu de prendre une baguette, bah ça les énerve, ça les irrite, ça modifie leur plan. Maintenant, imaginez qu'en sortant de la boulangerie, vous tombez sur une vieille connaissance avec qui vous n'avez mais pas du tout envie de parler parce que vous n'avez pas le temps. Mais bon, comme vous êtes poli et bien éduqué, vous prenez sur vous et vous acceptez de faire un peu la conversation, les banalités d'usage. Et puis cette vieille connaissance est tellement contente de vous revoir qu'elle insiste pour que vous alliez prendre un café. Vous n'avez toujours pas envie évidemment mais la personne insiste. Donc vous acceptez. Le niveau d'énervement monte encore un peu. Et puis vient le moment enfin de vous dire au revoir et là la personne vous dit qu'elle a oublié son portefeuille. Donc vous payez les consommations. À ce moment-là, vous commencez à être bien énervé. Vous décidez de rentrer chez vous. Vous ruminez tellement que vous ne faites pas attention en traversant et là vous manquez de vous faire écraser par une voiture. Là vous êtes très énervé. Et quand vous arrivez chez vous, votre conjoint est là en train de prendre son café et vous lui racontez. Alors vous lui racontez, disons plutôt que vous vous énervez sur lui pour lui raconter ce qui vous a énervé. J'ai failli me faire écraser par un avec sa bagnole de Oh oh oh ! Je suis pas responsable moi. C'est pas moi qui é énervé. Quelle est la morale de cette histoire ? La morale de cette histoire c'est que bah vous vous êtes énervé tout seul. Vous vous êtes vous-même placé dans une situation qui a déclenché votre colère. Reprenons chaque étape de votre périple. Première étape, la boulangère vous dit qu'il y a plus de baguette. Au lieu de vous rabattre sur une ficelle, vous aviez la possibilité d'aller dans une autre boulangerie. C'est vous qui avez choisi de prendre une ficelle par défaut. Donc ce petit agacement initial déjà vous auriez pu l'éviter. Ça dépendait de vous. Deuxième étape, la vieille connaissance à qui vous n'aviez pas envie de parler. Il dépendait de vous de lui dire que vous n'aviez pas le temps de lui parler ou pas envie. Ça aurait peut-être pas été très poli, mais ça aurait au moins eu le mérite d'être efficace. Donc c'est vous qui à nouveau avez fait le choix de subir cette situation. Même chose quand vous avez accepté d'aller prendre un café. Même chose quand vous avez accepté de payer l'addition. Même chose quand vous avez traversé la rue sans regarder. Conclusion : lorsque les choses dépendaient de vous, vous avez laissé les événements prendre le contrôle de vos choix. Et une fois que vous avez eu fini de subir les événements, vous vous êtes plein des événements. Vous vous êtes plein de ce que vous aviez le pouvoir de ne pas subir mais que vous avez choisi de subir. La faute à qui ? La faute aux événements ? Non, la faute à vous. Accepter de subir, ce n'est pas subir, c'est accepter. Donc c'est notre responsabilité. On ne peut pas se plaindre d'une situation qu'on accepte de subir. Donc on en revient à la devise des stoïs. Soit vous agissez, soit vous supportez. Ce que nous disent les stoïens, c'est que pour éviter de se mettre en colère, la première des choses à faire, c'est de ne pas se mettre dans des situations qui vont provoquer notre colère parce qu'après bah c'est trop tard. Ça a l'air d'une évidence mais c'est tout sauf une évidence. Il est très fréquent que nous acceptions des choses dont nous savons qu'elles vont nous mettre en colère, que nous construisions les conditions de notre colère future en acceptant une surcharge de travail alors qu'on sait très bien qu'on aura jamais le temps de tout faire en parlant politique au repas de famille alors qu'on sait qu'on va se prendre la tête avec Tonton Gérard en voulant avoir une discussion constructive sur Twitter. Mais on savait que ça allait nous énerver. Pourtant, on l'a fait. Le stoicisme prône l'anticipation. C'est quoi l'anticipation ? C'est le fait d'utiliser sa raison pour déduire ce qui va arriver ou ce qui a de fortes chances d'arriver à partir de ce qui est ou de ce qui a été. Donc si vous faites quelque chose que vous n'avez pas envie de faire, si vous acceptez de subir une situation qui risque de vous mettre en colère alors que vous aviez la possibilité de refuser, pourquoi l'avoir accepté ? Par facilité, comme lorsque vous choisissez de prendre une ficelle parce que vous n'avez pas envie de marcher jusqu'à la prochaine boulangerie par politesse, comme lorsque vous acceptez de discuter avec votre vieille connaissance alors que vous n'en avez pas du tout envie. par inattention comme lorsque vous traversez la rue sans regarder que des mauvaises raisons. Parce que toutes ces raisons conduisent à la colère. Chacun de ces choix a conduit à des conséquences désagréables qu'il était possible d'anticiper. Mais vous ne l'avez pas fait. Vous avez cru que vous alliez pouvoir gérer. Mais on ne gère pas ces émotions. Ça ne veut rien dire. gérer ses émotions. Si on doit gérer sa colère, c'est que la colère a déjà gagné. Le meilleur moyen qu'elle ne gagne pas, c'est de ne pas la laisser naître. Et pour ne pas la laisser naître, il faut anticiper. Si vous n'anticipez pas, si vous vous contentez de vivre comme sur un tapis roulant, c'est-à-dire en laissant les choses arriver pour ensuite vous plaindre de ce qui vous est arrivé, bah il faut pas vous étonner. Le stoicisme est une philosophie de la responsabilité. On doit répondre des conséquences de nos choix parce qu'on est des êtres humains, parce que les êtres humains ont une raison et parce que si on ne se sert pas de sa raison, bah il faut pas en faire porter le chapeau aux autres. Suivre le mouvement, c'est pas une excuse, c'est pas une raison valable de faire quelque chose. Ne pas vouloir froisser, ne pas vouloir vexer, c'est pas une excuse non plus. Parce que dans la vie, on fait des choix. Or, si on choisit subir quelque chose qu'on n pas envie de subir parce qu'on a peur de ceci ou qu'on a pas envie de cela, bah il faut assumer. Assumer les conséquences de ce qu'on choisit. On ne peut pas vendre son lit le matin et se demander le soir où on va dormir. On ne peut pas choisir de subir une situation qui nous énerve pour ensuite se plaindre de cette situation. Perdre sa colère, ça commence par ne pas laisser à la colère des occasions de s'infiltrer en nous. Et donc maintenant, j'aimerais parler d'un cas un peu plus délicat parce que jusqu'à présent, on a parlé de choses soit assez futile. Le livreur, le match de foot, Tinder, soit de choses sur lesquelles nous avions un pouvoir d'influence. Mais il arrive aussi qu'il y ait des choses qui ne dépendent pas de nous et qui soient beaucoup plus compliqué à encaisser. des choses dont on peut estimer qu'il est légitime qu'elle nous mette en colère. Quoi par exemple ? Par exemple la trahison. La trahison d'un ami ou la trahison de votre conjoint. Qu'une trahison suscite notre colère, même un stoïen peut le comprendre parce que ça fait mal. Et qu'est-ce qui fait mal ? C'est le sentiment d'avoir été dupé et donc humilié. Qu'un ennemi nous fasse du mal, on le conçoit parfaitement. Comme on dit, un ennemi ne nous trahit pas. Il joue son rôle parce qu'on ne donne pas sa confiance à un ennemi. On donne sa confiance à un ami. Et quand on fait confiance à son ami, ben on ne le surveille pas, on ne le soupçonne pas. C'est le principe de l'amitié. Donc la trahison d'un ami, c'est peut-être l'une des choses les plus susceptibles de nous mettre en colère et même de nous faire basculer dans la haine. Vous savez, on dit souvent il faut avoir aimé pour pouvoir détester. On peut pas haïir quelqu'un qui nous est indifférent. La haine, ce n'est pas tant le contraire de l'amour que le renversement de l'amour. Et qu'est-ce qui nous fait passer de l'amour à la haine ? La déception. On bascule dans la haine quand celui ou celle qu'on aimait ne répond plus à nos attentes, ne répond plus à l'image idéalisée qu'on s'en faisait. Et c'est là que les stoïciens interviennent pour nous dire quelque chose de très désagréable mais de très vrai. À savoir que ce qui nous met en colère dans la trahison d'un ami, ce n'est pas tant l'acte de trahison que le sentiment de déception. Autrement dit, et au risque d'être brutal, ce qui nous met en colère dans la trahison d'un ami, c'est nous-même. Ce sont nos attentes, nos espoirs, nos projections. Imaginons qu'un jour votre meilleur ami tente de séduire votre compagne ou votre compagnon. Imaginons que votre compagne les envoyer balader et qu'ensuite elle vous en ait parlé. Dans les faits, il ne s'est rien passé. La situation est matériellement inchangée, mais émotionnellement, il s'est passé quelque chose. Votre ami a trahi la confiance que vous aviez placé en lui. Il a trahi vos attentes. Autrement dit, il a trahi quelque chose dont vous êtes responsable, ce qui a provoqué votre colère. Ce n'est pas la trahison de votre ami, ce sont vos attentes envers lui. Alors, évidemment, j'entends d'ici les réactions, mais c'est n'importe quoi. Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'il ne faut plus faire confiance, que l'amitié n'existe pas ? Ça ne veut pas dire ça. Ça veut dire qu'il faut être conscient. Conscient que l'être humain vous décevra. Pas toujours, pas tout le monde, mais certains vous décevront parce qu'il est dans l'ordre des choses que certaines personnes soient portées à la trahison. Comme il est dans l'ordre des choses, que certaines personnes soient portées au mensonge, au vol, à la corruption et vous ne changerez rien à ça. Vous ne changerez rien à l'ordre du monde. Tous les êtres humains ne sont pas moraux. Tous les êtres humains ne sont pas infailliblement vertueux. Nous-mêmes, nous ne sommes pas infailliblement vertueux. Il nous arrive de faire des choses dont on sait qu'il n'y a pas de quoi en être fier. Ça ne veut pas dire qu'il faut tout excuser, ni qu'il faut tout relativiser. Ça veut dire qu'on ne peut pas l'ignorer. Ça veut dire qu'il faut être conscient que ça existe et faire avec. Et ça veut dire encore une fois que dans une telle situation, il y a deux options. Agir ou supporter. Agir en tournant le dos à votre ami ou supporter en lui pardonnant. Que votre ami vous ait trahi ne dépendait pas de vous. Mais la manière dont vous allez réagir à cette trahison dépend entièrement de vous. Vous pouvez décider d'entrer en guerre avec cet ami, de vous venger. La question est de savoir à quoi ça sert. Est-ce que ça va annuler sa trahison ? Non. Est-ce que ça va vous faire vous sentir mieux ? Non. Vous pouvez croire que oui, mais non. Votre colère ne s'en trouvera pas apaisée, elle s'en trouvera redoublée. Ça va juste vous entretenir dans votre colère, vous le savez très bien. Et n'allez surtout pas dire que si vous vous vengez, c'est juste pour qu'il comprenne qu'il a malag. Vous n'êtes pas naïf au point de croire que votre ami ignore qu'en vous trahissant, il a malag. Donc si vous décidez de vous venger, si vous décidez de laisser aller votre colère, c'est pour une seule et unique raison l'amour propre. C'est l'amour propre qui est la cause de votre colère. Ce sentiment d'humiliation qui vous donne envie d'humilier en retour. Que votre ami retienne la leçon, qu'il ne trahisse pas d'autres personnes après vous. Avouez-le. C'est le cadet de vos soucis. Votre souci, c'est de le faire souffrir autant qu'il vous a fait souffrir. C'est ça la vengeance. Punir celui qui a blessé notre amour propre. La colère est mauvaise conseillère parce que la colère ne cherche pas à optimiser l'avenir mais à venger le passé. Comme disent les stoïens. La différence entre la vengeance et la punition, c'est que la punition sert à dissuader de recommencer tandis que la vengeance sert uniquement à satisfaire l'ego. Il n'y a pas besoin d'être en colère pour punir. Il suffit d'être ferme. On ne punit pas par ressentiment, on punit par pragmatisme. Se venger, c'est différent. C'est assouvir ses passions négatives. C'est vouloir détruire. Et c'est oublier qu'à chaque fois que vous éprouvez de la colère pour votre ennemi, vous le laissez entrer dans votre âme. Marc Orel a une phrase très juste. Il dit "Considérez les occasions où votre chagrin et votre colère vous ont causé plus de souffrance que les faits eux-mêmes. Ce ne sont pas les faits qui nous atteignent. C'est la représentation qu'on s'en fait. C'est le jugement qu'on s'en fait. Ce n'est pas la trahison qui vous a mis en colère, c'est l'idée d'avoir été trahi. Et plus vous ressasserez cette idée, plus vous la laisserez prendre de la place dans votre esprit, de la place dans votre âme, plus vous donnerez de la force à l'objet de votre colère. Ce n'est pas celui qui nous a trahi, qui fracture la porte de nos pensées. C'est nous qui le laissons entrer. La cause de notre colère, ce n'est pas l'autre, c'est nous. Je cite "Si le sage doit s'emporter contre les actions honteuses et s'émouvoir et s'attrister de tous les crimes, rien n'est plus misérable que lui. Toute sa vie se passera dans l'irritation et le chagrin. Peut-il faire un pas sans heurter quelque scandale ? Peut-il sortir de chez lui qu'il ne traverse une foule de pervers, d'avar, de prodigues, d'impudents ? tous triomphant par leur vis même. Nulle part ses yeux ne tomberont sans découvrir de quoi s'indigner. Jamais la colère du sage ne cessera si une fois elle commence. Pourquoi donc l'injure qui vient d'un ennemi nous aime-t-elle si fort ? C'est qu'elle a lieu contre notre attente ou qu'elle la dépasse. C'est l'effet de notre excessif amour propre. Nous croyons que pour nos ennemis même, nous devons être inviolables. Chaque homme a dans son cœur les prétentions d'un roi. Il veut pouvoir tout sur les autres et qu'on ne puisse rien sur lui. On est donc irracible que par ignorance des choses d'ici-bas ou par présomption. Par ignorance. Car quoi d'étonnant que le méchant fasse le mal. Qu'y a-t-il d'étrange qu'un ennemi nuise, qu'un ami désoblige, qu'un fils s'oublie, qu'un val et manque à sa tâche ? Fabius trouvait que la plus pitoyable excuse pour un général est de dire "Je n'y ai pas pensé. Selon moi, c'est la plus pitoyable pour tout homme. Il faut croire tout possible, s'attendre à tout. Dans les plus doux caractères, il y aura quelques aspérité. La nature humaine produit des amis perfides. Elle produit des ingrats, des hommes cupides, des hommes pour qui rien n'est sacré. Avant de prononcer sur la moralité d'un seul, songe à celle du plus grand nombre. C'est au sein de la plus vive joie qu'il faut craindre le plus. Alors que tout te semble calme, ne crois pas à l'absence, mais au sommeil de la tempête. Compte toujours sur quelques fléau près de surgir contre toi. Le pilote ne livre jamais toutes ses voiles avec une confiance absolue. Il veut pouvoir les replier vite et tient ses cordages près. Surtout, rappelle-toi que la passion de nuire est hideuse, aïable, la moins faite pour le cœur de l'homme dont les bons traitements apprivoisent jusqu'aux plus farouches animaux. Vois l'éléphant courber sa tête au jou. Le taureau laissait impunément sauter sur son dos des enfants et des femmes. Des serpents rampaient et se glissaient innocemment parmi nos coupes et dans notre sein. Et sous nos toits, des lions et des ourses livraient patiemment leur gueule à nos attouchements et caressaient leur maître. Tu rougiras d'avoir laissé tes mœurs à la brute pour prendre les siennes. Le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré de prison où il avait été incarcéré pendant 27 ans pour avoir voulu libérer l'Afrique du Sud du jou colonial et de l'appartide. ans plus tard, il est élu président. Et alors que 27 ans de sa vie ont été gâchés par ses opposants politiques, alors qu'il a assisté au massacre de centaines d'innocents en raison de leur couleur de peau, alors que tout était réuni pour que son mandat soit placé sous le signe de la colère et du désir de vengeance, Mandela a réalisé la grande réconciliation. La réconciliation des africains noirs et des africaneurs blancs. La réconciliation des anciens oppresseurs et des anciens opprimés et ce pour une seule et bonne raison. Le passé c'est le passé. Mandela a compris qu'on ne pouvait pas changer le passé et qu'une fois qu'on a admis ça, tous nos efforts doivent être dirigés vers l'avenir. C'est difficile, c'est douloureux, mais il y a pas d'autres option. La leçon que Mandela a donné au monde, c'est que quand tout nous pousse à la colère, quand tout nous pousse au ressentiment et à la vengeance, c'est nous qui décidons. décider de détruire ou de construire, décider de reculer ou d'avancer, décider de garder à l'esprit ou non que l'avenir commence toujours maintenant. Je vous remercie. Bonjour à tous. Aujourd'hui, on va parler du stoicisme. Il y a un dicton qui dit "L'espoir fait vivre. Le monde va mal mais l'espoir fait vivre. J'ai une maladie grave mais l'espoir fait vivre." Les Stoïciens répondent "Non, l'espoir ne fait pas vivre. L'espoir fait périr. Il nous rend malheureux." Pourquoi l'espoir nous rend-il malheureux ? Parce que le propre de l'espoir, c'est de miser sur des choses qui ne dépendent pas de nous. c'est de miser sur de l'inconnu, sur de l'imprévisible, sur de l'incontrôlable. Et donc, c'est faire dépendre notre bonheur ou notre malheur de choses qui ne sont pas sous notre contrôle. Autant jouer directement son bonheur au lancer D. Quand on espère quelque chose, qu'est-ce qu'on fait ? On dit "Si telle chose arrive, je serai heureux. Et si elle n'arrive pas, je serai malheureux. Très bien. Donc ça veut dire que ce sont les événements qui décident si oui ou non on est heureux. Ce n'est jamais nous-même. En ce sens, l'espoir, c'est la délégation de sa vie intérieure aux choses extérieures. C'est l'abandon de sa responsabilité émotionnelle. Prenons un exemple. J'espère gagner au loto. Donc je joue puisqu'il paraît que 100 % des gagnants ont tenté leur chance. Je regarde le tirage à la télé. Je vois sortir les numéros. J'ai un premier bon numéro. Un deuxè un trè. Mince, j'ai pas le 4e et j'ai pas le 5e ni le 6e. J'ai eu ce qu'on appelle un faux espoir. Ce que nous disent les stoïciens, c'est qu'un espoir est toujours faux par définition parce qu'un espoir repose toujours sur de l'incontrôlable. Les numéros du loto, c'est pas moi qui en décide. Je suis spectateur du tirage du loto. Je suis dans une situation de passivité. L'espoir, c'est la passivité. Alors, vous allez me dire "OK, mais l'espoir, c'est pas juste l'espoir de gagner au loto. On peut espérer des choses totalement différentes, des choses qui ont une probabilité d'arriver un peu plus élevée que celle de gagner au loto. Des choses qui ne dépendent pas entièrement du hasard. Par exemple, votre meilleur ami est venu passer la soirée chez vous. Il a bu quelques verres puis bah il est rentré chez lui. Vous espérez qu'il soit bien rentré, qu'il n'ait pas eu d'accident sur la route. Bon et bien ça tombe bien, il vient de vous envoyer un message pour vous dire qu'il était bien rentré. Mais sauf que s'il est bien rentré, bah c'était pas parce que vous l'avez espéré. Votre espoir n'a pas eu d'influence. Il n'a pas eu d'impact sur le fait qu'il soit bien rentré. La meilleure preuve, c'est que s'il n'était pas bien rentré, s'il avait eu un accident sur la route, votre espoir lui aurait été exactement le même. Donc ça n'a rien à voir avec l'espoir, le fait que votre ami soit bien rentré chez lui. Çair avec des choses qui ne dépendent pas de vous. Autre exemple, vous espérez sans doute que votre enfant vive longtemps, qu'il soit en bonne santé, qu'il soit heureux, mais le fait est que malheureusement votre espoir que votre enfant vive longtemps ou votre espoir que votre enfant soit heureux ou en bonne santé, mais c'est pas ça qui fera que ce sera le cas. ce sera ce qui va lui arriver ou ce qu'il va faire. Votre espoir est une donnée neutre dans l'équation, une donnée superfétatoire. Superfétatoire, ça veut dire qui s'ajoute inutilement à la situation. une donnée qui ne change rien ou plutôt une donnée qui vous fait oublier qu'elle est inutile. Le problème de l'espoir, c'est qu'il nous donne une impression de maîtrise. C'est qu'il nous fait oublier que ce qu'on espère ne dépend précisément pas de nous. C'est la phrase d'épictet dans son manuel quand il nous dit, je cite, "Quand tu embrasses ton enfant, garde à l'esprit que tu embrasses un mortel." C'est dur comme phrase, ça fait mal. Mais c'est vrai, la vie de notre enfant ne dépend pas de notre espoir qu'il vive. On aura beau espérer qu'il ne meur jamais, un jour ou l'autre, il mourra. Et notre incapacité à admettre cette réalité, la souffrance qu'on éprouve à l'idée de cette mort inéluctable, elle est la preuve que nous voulons croire que nous pourrions échanger quelque chose. Elle est la preuve que nous n'acceptons pas la réalité telle qu'elle est et que nous préférons la remplacer par nos espoirs. L'espoir, c'est toujours l'espoir de ce qui ne dépend pas de nous. C'est l'espoir que ce qui ne dépend pas de nous dépend de nous. C'est un mensonge, c'est une illusion. Il y a des espoirs qu'on pensent raisonnables. Vous préparez un entretien d'embauche, vous êtes qualifié, vous présentez bien, vous avez bon espoir d'être engagé. Très bien. On est d'accord qu'avoir bon espoir d'être engagé, ça ne veut pas dire que vous serez forcément engagé. Il est possible que le recruteur choisisse quelqu'un d'autre. Il est possible que malgré toutes vos qualités, malgré votre CV, malgré votre expérience, le recruteur vous préfère quelqu'un d'autre. C'est possible. Bien sûr que c'est possible. Autrement dit, même dans les cas où vous avez un espoir raisonnable que quelque chose se produise, si ce quelque chose ne dépend pas entièrement de vous, vous ne pouvez pas en être sûr. Vous ne pouvez pas en être sûr à 100 %. Ce que nous disent les stoïciens, c'est que si le résultat ne dépend pas de vous à 100 %, dans ce cas, pourquoi espérer ? Pourquoi miser émotionnellement sur quelque chose s'il n'est pas garanti à 100 % que ce quelque chose va arriver ? Pourquoi pas ? Parce qu'on est bien d'accord qu'espérer quelque chose qui finalement n'arrive pas. Ben, c'est plus difficile à supporter, c'est plus frustrant émotionnellement que le fait que ce quelque chose n'arrive pas sans qu'on l' espéré. D'ailleurs, c'est bien pour ça qu'on parle de déception. C'est quoi la déception ? La déception, c'est quand ce qu'on avait espéré ou ce qu'on aurait souhaité n'arrive finalement pas. Tout est dans le finalement. Finalement, ça sous-entend qu'on s'était déjà mis virtuellement dans la situation qu'on espérait. Autrement dit, quand on espère, on anticipe. Mais on anticipe ce qui ne dépend pas de nous. Ce qui veut dire que lorsque ce qu'on anticipe n'arrive pas, on s'inflige une double peine, on s'inflige un double préjudice, un préjudice factuel, matériel. La chose n'est pas arrivée et un préjudice émotionnel, la chose n'est pas arrivée alors qu'on attendait qu'elle arrive. Douleur plus souffrance. Ce que les bouddhistes appellent la deuxième flèche. La première flèche la douleur, c'est l'événement des plaisants. La deuxième flèche, c'est la souffrance. C'est la douleur psychologique issue de l'anticipation du résultat qui n'a pas été obtenu. Et là, je vais faire un petit détour par Rousseau pour qu'on comprenne bien cette idée d'espoir déçu. Rousseau disait "On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère. On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère. Ça veut dire c'est dans l'espoir qu'on jouit réellement. C'est dans l'espoir qu'on éprouve le plus de plaisir. Pourquoi ? Parce que l'espoir, c'est la visualisation de ce qu'on espère. L'espoir, nous dit Rousseau, rend l'objet désiré présent à l'esprit. C'est l'enfant qui attend son cadeau de Noël. Ilattend avec impatience. C'est dur d'attendre, c'est pénible d'attendre, mais c'est agréable d'attendre parce que c'est agréable de se projeter mentalement dans la situation où on aura enfin ce qu'on espère. Ça marche aussi pour les adultes. Quelqu'un vous plaît, vous comprenez que vous lui plaisez aussi. Vous vous donnez un rendez-vous et là qu'est-ce qu'il se passe en vous ? Il se passe que vous êtes excité. Excité au sens émotionnel, au sens quasi nerveux, au sens d'impatient. En plus de l'être au sens sexuel. Vous vous imaginez la fin du rendez-vous. Vous vous imaginez embrasser la personne, coucher avec la personne, vous fantasm Et ça veut dire quoi fantasmer ? Ça veut dire se faire une représentation mentale. Se faire un film littéralement, vous jouez mentalement le film de la relation sexuelle. Et votre excitation, c'est l'anticipation par votre corps de quelque chose qui a des chances d'arriver mais qui pour vous exciter autant doit ne pas être encore arrivé. Il faut que ce soit encore virtuel, encore seulement imaginaire et ça finit par arriver. Et quand ça arrive, bah c'est bien mais finalement sans plus, c'est décevant. Et c'est là où ce que nous dit Rousseau est très intéressant. Écoutez bien, l'espoir est toujours déçu. Pourquoi l'espoir est toujours déçu ? parce que soit il ne se réalise pas et donc on est déçu, soit il se réalise et donc on est déçu. On est déçu parce que ce qui arrive n'est jamais à la hauteur de ce qu'on avait imaginé. Ce qui est à l'œuvre dans l'espoir, nous dit Rousseau, c'est l'idéalisation. On idéalise ce qu'on désire. Et une fois qu'on l'a, une fois qu'on l'obtient, qu'on le consomme, on ne peut plus l'idéaliser parce que l'idée est devenue réalité. Il faut qu'il y ait absence pour qu'il y ait idéalisation. Rien n'embellit plus l'objet aux yeux de son possesseur, écrit Rousseau. L'imagination ne part plus rien de ce qu'on possède. Donc qu'est-ce que l'espoir ? L'espoir, c'est une anticipation idéalisante. Et quand cette anticipation ne débouche sur rien ou plutôt quand elle débouche sur autre chose que sur ce qui avait été anticipé, on est déçu, on souffre. On souffre à cause non pas de l'objet, non pas de la réalité. On souffre à cause de notre imagination. On souffre à cause de ce qu'on avait espéré. Et c'est ça que nous disent les stoïciens. Ils nous disent que notre souffrance vient non pas des choses mais de ce qu'on attend des choses, de nos espoirs, de nos projections. Et alors, je sais ce que vous allez me dire. Vous allez me dire que l'espoir et l'attente, c'est pas la même chose que dans l'attente, contrairement à l'espoir, il y a l'idée de quelque chose qui nous est d. Il y a l'idée que ce qu'on attend, comme quand on dit qu'on attend quelque chose de quelqu'un, c'est quelque chose qu'on est en droit d'exiger. Par exemple, j'attends de mon mari qu'il me soit fidèle. J'attends du président de la République qu'il gouverne correctement le pays. Et bien ce que nous disent les stoïciens, c'est qu'attendre quelque chose ou l'espérer, c'est exactement la même chose. Pourquoi est-ce que c'est la même chose ? Déjà, parce que pour ceux qui sont sensibles à la polycémie des mots, attendre c'est effectivement exiger quelque chose. Quand on attend de son mari qu'il soit fidèle, c'est qu'on exige qu'il soit fidèle. Mais au sens courant, attendre, c'est ne rien faire. Attendre, c'est rester immobile jusqu'à ce que l'événement se produise. J'attends le bus. J'attends que ce soit à mon tour dans la salle d'attente du médecin. J'attends qu'il fasse beau pour sortir la table de jardin. Donc attendre, c'est être passif. D'ailleurs, qu'est-ce qu'on dit quand quelqu'un attend quelque chose ? On dit qu'il patiente. Et être patient, c'est être passif. Donc toujours cette idée de se rendre dépendant de ce qu'on attend. toujours cette idée d'être soumis à ce qu'on attend. Mais j'entends l'objection qui consiste à dire "Oui, mais si on met de côté cette définition du verbe attendre, attendre au sens de patienter, attendre quelque chose de quelqu'un, c'est pas la même chose qu'espérer. Il y a quelque chose de plus fort, il y a quelque chose de plus attendu précisément que dans le simple espoir." On est d'accord. On est d'accord mais en réalité bah vous allez voir que non. Je reprends l'exemple de la femme qui attend de son mari qu'il lui soit fidèle. Quand on dit qu'on attend de son mari qu'il nous soit fidèle, cette attente ce n'est pas juste un espoir. On se dit pas "J'espère que mon mari ne m'a pas trompé aujourd'hui." Non. La tente c'est une exigence. l'exigence que l'autre remplisse les termes du contrat, l'exigence que l'autre fasse son devoir tout simplement. OK, mais alors dites-moi, est-ce que tous les maris sont fidèles ? Est-ce que oui ou non tous les maris remplissent leurs devoirs de fidélité ? Bah non, ça serait bon mais alors du coup quand on dit qu'on attend de son mari qu'il nous soit fidèle, ça ne veut pas nécessairement dire que notre attente va être honorée. Qui décide si l'attente va être ou non honorée ? Bah c'est le mari ou la femme si c'est la femme qui est tentée d'aller voir ailleurs. Autrement dit et c'est là où je vais en venir. Vous aurez beau attendre de quelqu'un qu'il fasse ce qu'il est censé faire. Vous aurez beau exiger de lui qu'il remplisse son devoir s'il décide de ne pas le faire. S'il décide de ne pas satisfaire votre attente, il ne le fera pas. Et s'il peut décider de ne pas le faire, et bien ça veut dire que votre attente ne vaut pas mieux qu'un simple espoir. Elle ne vaut pas mieux au sens où, tout comme dans l'espoir, le résultat ne vous appartient pas. Le résultat ne dépend pas de vous. Dans les deux cas, attente et espoir, on est dans la projection. On est dans le désir de l'imagination. On n'est pas dans la certitude, on n'est pas dans le contrôle. On ne contrôle pas ce que va faire l'autre. On est suspendu à ce qu'il fera. On est suspendu à ce qui ne dépend pas de nous. Vous attendez du président de la République qu'il gouverne correctement le pays. Pourquoi ? Bah parce que c'est pour ça qu'il a été élu. parce que c'est son boulot, c'est le contrat qu'il a signé. Est-ce que vous pensez vraiment ? Vous allez peut-être me dire "Oui, je sais pas." Mais est-ce que vous pensez vraiment que parce que c'est son boulot, parce que c'est ce que les gens attendent de lui, il va le faire. Où avez-vous vu qu'avoir des attentes vis-à-vis de quelqu'un ? L'empêcher de ne pas remplir vos attentes ? Je vais le dire encore plus clairement. Où avez-vous vu que les gens faisaient ce que vous vouliez ? Les gens font ce qu'ils veulent. Ils font ce qu'ils veulent. Et dans l'immense majorité des cas, vous n'y pouvez rien. Ça ne vous appartient pas. Vous savez ce qu'on dit ? Les promesses n'engagent que ceux qui y croient. Votre attente envers l'autre, c'est une attente que vous avez placé dans l'autre. Qu'il le fasse ou qu'il ne le fasse pas, c'est plus de votre sort. Ce n'est plus sous votre contrôle. Et c'est là qu'on peut maintenant comprendre que d'un point de vue stoïcien, entre un espoir et une attente, il y a pas de différence. C'est la même chose en réalité. C'est la même chose puisque dans les deux cas, on ne décide pas. Dans les deux cas, il y a projection d'un désir dont la réalisation ne dépend pas de notre volonté. Et donc à partir de maintenant, ce que je vous invite à faire, c'est à remplacer dans mon propos le verbe attendre par le verbe espérer et le verbe espérer par le verbe attendre. Et vous allez voir qu'en réalité ça fonctionne. Ça dit la même chose. J'attends de mon ami qu'il me rende un service. Pourquoi j'attends ça ? parce que c'est ainsi que je conçois l'amitié ou parce que je lui ai moi-même rendu service par le passé et que donc il a une dette envers moi. Très bien. Vous demandez donc à cet ami qu'il vous rende un service et là il ne le fait pas, il refuse. Pourquoi ? parce qu'il a pas envie, parce qu'il a pas le temps, peu importe ses raisons. La seule question qui vaille, c'est qu'est-ce que vous allez faire ? Est-ce que vous allez lui dire "Je suis déçu ?" Est-ce que vous allez lui dire "Tu n'es plus mon ami ? Tu n'es qu'un sale égoïste Vous pouvez faire tout ça, vous pouvez exprimer votre déception, ça ne changera rien. D'ailleurs, même s'il finissait par accepter, par culpabilité ou par peur de perdre votre amitié, le fait est que son refus initial aura brisé quelque chose. Le problème ne vient pas du fait que votre ami est refusé de vous rendre service. Le problème vient du fait que vous avez fait dépendre votre état émotionnel de quelque chose qui ne dépendait pas de vous. La dichotomie du contrôle. C'est comme ça qu'on appelle la distinction stoiccienne, la frontière stoiccienne entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Il dépend de vous de demander un service à votre ami, mais il ne dépend pas de vous que votre ami accepte de vous rendre ce service. Et vous aurez beau dire tout ce que vous voulez, vous aurez beau invoquer les valeurs de l'amitié, les valeurs de l'entraide, de la réciprocité. Si votre ami a décidé qu'il ne vous aiderait pas, c'est sa décision. Ça ne dépend pas de vous. Quand on pense à cette distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous, bien souvent on se leure. On met dans la catégorie des choses qui dépendent de nous, des choses qui en réalité n'en dépendent pas. En l'occurrence le comportement des autres. C'est d'ailleurs pour ça que certains passent leur temps à vouloir influencer les autres, influencer leurs opinions, influencer leurs actions, influencer leurs votes aux élections parce qu'ils sont animés par un besoin de contrôle, le besoin de contrôler les autres comme si les autres étaient une extension de nous-même. Parce qu'on part toujours du principe qu'on sait mieux que les autres ce que les autres devraient faire. L'autre n'est pas une conscience autonome dans notre esprit. L'autre est l'exécutant de notre scénario idéal et notre estime pour lui est proportionnelle à sa tendance à respecter notre scénario. Mais sauf que ça c'est seulement dans notre tête. Les gens ne font pas ce qu'on veut qu'ils fassent. Ils ne font pas ce qu'on attend d'eux qu'il fasse. Déjà parce que les gens ont vécu toute leur vie sans nos directives. Donc on ne voit pas très bien pourquoi subitement ils en auraient besoin. Et puis aussi parce que personne n'attend des autres. Autre signification du verbe attendre. Personne n'attend des autres qu'il leur disent ce qu'ils doivent faire. Les gens ont un libre arbitre. Les gens ne sont pas des enfants. C'est toujours amusant d'entendre ceux qui disent "Je ne comprends pas. Je lui avait pourtant dit de faire ça et il a pas fait." Bah oui, ça s'appelle l'autonomie de la volonté. Je ne comprends pas. Il m'avait dit qu'il le ferait et finalement il l'a pas fait. Ben oui, ça s'appelle le choix, ça s'appelle l'indépendance du choix. Indépendance au sens de ce qui précisément ne dépend pas de nous. Alors oui, on peut avoir une influence sur les autres, mais avoir une influence, ça ne veut pas dire contrôler. Ça ne veut pas dire agir à la place d'eux. Le piège des attentes, c'est de croire que sous prétexte qu'on pourrait avoir une influence sur les autres, on pourrait prendre les manettes de leur comportement, ce qui est évidemment faux. Et c'est comme ça qu'on se retrouve à éprouver ce sentiment qui est sans doute le sentiment à la fois le plus naïf et en même temps le plus orgueilleux pour les stoïciens, à savoir la déception. Je suis déçu. Mais pourquoi es-tu déçu ? Parce que l'autre ag agi comme il le voulait et non pas comme tu le voulais. Parce que l'autre a exercé son libre arbitre, parce qu'il a contrarié ton idéal. Ça s'appelle la liberté, ça s'appelle l'altérité. Certaines choses ne dépendent pas de nous et le comportement des autres fait partie de ces choses. Acceptez-le. Acceptez-le parce que si vous ne l'acceptez pas, vous serez forcément déçu. La déception est un sentiment naïf parce qu'elle repose sur une croyance elle-même naïve qui est la croyance selon laquelle les gens s'intéressent à notre avis sur ce qui les concerne. Et la déception est un sentiment orgueilleux parce qu'elle est le symptôme d'un désir de maîtrise, d'un besoin de contrôle, d'un besoin que l'autre se conforme à notre volonté, que l'autre se conforme à nos schémas, à notre logique, à notre point de vue. L'orgueil, c'est croire qu'il n'y a pas de différence entre notre point de vue et la vérité. C'est croire que si les autres ne font pas ce qu'on voudrait qu'ils fassent, ils ont tort. C'est une intolérance à l'altérité. On est d'accord avec moi et si on n'est pas d'accord avec moi, on fait erreur. Quoi de plus orgueilleux. Alors, on va quand même nuancer un peu tout ça. Avoir des attentes en société, ça s'entend. Ça s'entend au sens où toute vie en société repose sur des contrats explicites ou tacite et que ne pas respecter le contrat, bah c'est davantage l'exception que la norme. On attend de l'employé qu'il fasse son travail. La plupart du temps, il le fait. On attend du parent qu'il s'occupe de son enfant. La plupart du temps, il le fait. Mais attendre de quelqu'un qu'il fasse ce que le contrat prévoit et être déçu du fait qu'il ne le fasse pas, c'est donner au contrat un pouvoir qu'il n'a pas. C'est donner au contrat un pouvoir de modélisation de la réalité humaine quand la réalité humaine est d'abord une affaire de choix. Le mari infidèle est infidèle même s'il y avait un contrat. Le criminel est un criminel même s'il y avait un contrat. Le contrat social qui prévoit de respecter la loi et de ne pas nuire à son prochain. La vie est faite de contrats non respectés. La vie est faite d'attente non satisfaite. Et donc c'est là où il faut bien comprendre l'intention stocienne. L'intention stoiccienne ce n'est pas de nous dire ce qui devrait être, c'est de nous dire ce qui est. Pour les stoïciens, il faut arrêter de vivre dans l'idéal. Il faut arrêter de vivre dans les grands principes. Ces grands principes que personne ne respecte, encore moins ce qui les prô ce ne sont pas des gens polis, honnêtes, serviables bienveillants. Ce sont des gens qui peuvent être tout ça, mais qui peuvent aussi être tout l'inverse. qui peuvent être désagréables, vicieux égoïstes méchant et il faut en avoir conscience. Il faut avoir conscience de ce qu'est la réalité et pas seulement de ce qu'on voudrait que soit la réalité. C'est la célèbre phrase de Marc Aurel quand il dit "Dè l'aurore, dis-toi d'avance, je vais rencontrer un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste." Ce n'est pas du cynisme, c'est du pragmatisme, c'est du réalisme anthropologique parce que rien ne peut décevoir celui qui n'attend rien ou plutôt rien ne peut décevoir celui qui s'attend à tout. 4e signification du verbe attendre. S'attendre à tout, ça veut dire se tenir prêt à tout. tout envisager, tout considérer, être conscient que tout est possible. Seul celui qui s'attend à tout n'attend rien. Seul celui qui sait que tout est possible a la sagesse de ne pas miser sur une possibilité. N'avoir aucune attente. N'avoir aucune attente vis-à-vis de ce qui ne dépend pas de nous. La morale prévoit que certaines choses ne se font pas, mais la morale n'empêche pas que les gens fassent ce qui précisément ne se fait pas. Avoir des attentes, ce n'est pas le meilleur moyen d'être déçu. C'est le seul moyen d'être déçu. Parce qu'on peut être déçu qu'à partir du moment où on attend quelque chose de l'autre, où on attend de l'autre quelque chose qui précisément ne dépend pas de nous. Comprenez bien une chose, une attente porte toujours en elle la possibilité de sa non réalisation. Être stoïen, c'est avoir intégré ce que signifie le mot possibilité. Je m'explique. Si vous faites quelque chose, par exemple, si vous invitez votre voisine à boire un verre chez vous parce qu'elle vous plaît, parce que vous aimeriez apprendre à la connaître. Bon bien, il est possible qu'elle accepte, mais il est aussi possible qu'elle n'accepte pas parce qu'elle n'est pas intéressée par vous ou parce qu'elle a déjà quelqu'un dans sa vie, peu importe. Le fait est qu'il est possible que votre attente demeure insatisfaite. Dans ce cas-là, qu'est-ce qui s'est produit que vous n'étiez pas en mesure d'envisager ? Qu'est-ce qui s'est produit qui est relevé de l'impossible ? Absolument rien. Donc quand une chose est possible, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'elle arrive puisqu'elle était possible. Ce que nous disent les stoicciens, c'est ne sois pas étonné et à forceorie ne soit pas déçu quand le possible se réalise. Parce que c'est ça qui est irrationnel. jouer, c'est prendre le risque de perdre. Donc c'est accepter de pouvoir perdre. Maintenant, prenons le problème à l'envers. Quand une chose est possible, elle n'est que possible. Elle peut ne pas se produire. Je reprends mon exemple de tout à l'heure. Vous postulez à un emploi, il est possible que vous soyez pris comme il est possible que vous ne soyez pas pris. La possibilité, c'est l'essence du réel. Et le problème de la plupart d'entre nous, c'est que nous oublions qu'une possibilité n'est qu'une possibilité. Nous l'oublions dans le sens où quand une possibilité que nous souhaitions voir arriver n'arrive pas, on est déçu, on s'énerve, on s'agace, on en veut à la terre entière, on s'agite intérieurement. pour quelque chose qu'on savait déjà, à savoir qu'il était possible que notre attente soit déçue. Si on admettait que les choses possibles peuvent arriver comme elles peuvent ne pas arriver, si on l'acceptait réellement au plus profond de nous, ce qui ne devrait pas être un effort surhumain puisque c'est simplement admettre la définition des mots et possible ce qui peut arriver ou ne pas arriver. Si on admettait ça, la déception n'existerait pas parce qu'on se programmerait mentalement à accepter par avance ce qui va arriver dans la mesure où ce qui va arriver faisait partie des possibilités. Il n'y a rien de ce qui arrive qui n'est d'abord été possible. raisonnement logique et le reste, l'espoir, l'attente, la déception, la colère, c'est du sentimentalisme adolescent. Sentimentalisme adolescent parce que c'est faire passer le sentiment avant la réalité. Vous savez, l'adolescence, c'est celui qui bénéficie des avantages de ses parents, mais sans le travail, il a un toit sur la tête. à manger dans l'assiette, des vêtements, des cadeaux pour son anniversaire. Mais quand on lui demande de faire son lit, il est pas d'accord. Il rouspète, il se rebife, il veut les droits sans les devoirs, il veut les avantage sans les inconvénients. Vouloir les avantages sans les inconvénients, c'est ne pas comprendre comment la réalité fonctionne. S'être ignorant de ce que Freud appelait le principe de réalité. L'adolescent n'est pas dans le principe de réalité, il est dans le principe de plaisir. Il ne voit pas le travail invisible qui rend l'accès au plaisir possible. Il prend son désir pour la réalité. Et bien ça, ce fonctionnement adolescent, c'est exactement ce que nous faisons, nous adultes, quand nous sommes déçus qu'une possibilité que nous ne souhaitions pas voir se produire se produit ou quand une possibilité que nous souhaitions voir se produire ne se produit pas, on fait la tête, on boude parce que nous avons absolu utiliser notre désir et nous en voulons au monde de ne pas s'être conformé à notre désir. Nous en voulons au monde de ne pas tourner autour de nous. Alors, qu'est-ce qu'il faut conclure de tout ça ? Est-ce qu'il faut en conclure que nous devons tout accepter ? Que nous devons dire amen à tout ? Il faut commencer par remettre au centre de nos vies la première distinction faite par les stoïs. La distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Ce qui ne dépend pas de nous, oui, nous devons effectivement l'accepter. Pourquoi ? Mais parce qu'on a pas le choix. parce que ça n'a pas de sens de refuser ce qui ne dépend pas de nous ou plutôt si ça a du sens. Ça s'appelle le déni. Et le déniè, une réalité mentale, une réalité imaginaire. Ré imaginaire qui tôt ou tard entrera en collision avec la réalité matérielle. Ça peut faire mal. Donc accepter ce qui ne dépend pas de nous. Maintenant, qu'en est-il de ce qui dépend de nous ? Bien, concernant ce qui dépend de nous, c'est très simple. Il faut remplacer l'espoir. Il faut remplacer l'attente par la volonté. Vous pouvez surligner cette phrase : "Remplacez l'espoir par la volonté." C'est la phrase qu'on attribue à SC mais dont André Conponville m'a dit qu'elle était peut-être de lui. Je cite "Quand tu auras désappris à espérer, je t'apprendrai à vouloir." C'est très puissant comme phrase. Ça dit tout. Désaprendre à espérer parce que l'espoir c'est la version passive de la volonté. C'est la volonté sans les actes de la volonté. C'est la volonté sans le travail d'actualisation de la volonté. C'est quoi le travail d'actualisation ? sont les actions qu'on met en œuvre pour transformer une possibilité en réalité. On dit actualiser parce qu'on philosophie exister en acte ça veut dire de manière effective. Exister réellement par opposition au fait d'exister en puissance. Acte et puissance. Exister en puissance ça veut dire exister comme potentialité. Donc comme possibilité. Ce que nous disent les stoïciens, c'est tu veux qu'une chose arrive, tu veux qu'une possibilité se transforme en effectivité. Ne l'espère pas, ne l'attends pas. Travaille à la faire advenir. Fais en sorte qu'elle advienne. Fais en sorte. C'est ça la volonté. La volonté, ce n'est pas le désir. La volonté, c'est le désir accompagné des moyens de sa réalisation. Donc concrètement, ça veut dire quoi ? Bien, ça veut dire que quand on veut qu'une chose arrive, on déploie un ensemble d'actions conçues pour favoriser l'advenue du résultat. Je veux obtenir mon permis de conduire. Je prends des heures de conduite, je potasse mon code. Je m'entraîne, je fais ce qu'il faut pour l'obtenir. Entendez bien cette expression. faire ce qu'il faut pour si vous voulez obtenir votre permis mais que vous ne voulez pas prendre de leçons de conduite si vous voulez obtenir votre permis mais que vous ne voulez pas vous entraîner bah ça veut dire que vous ne voulez pas obtenir votre permis. Ben non, puisque vous voulez les résultats sans les moyens. Vous voulez les résultats sans la mise en œuvre des moyens. Encore une fois, comportement adolescent. Quand on veut quelque chose, on veut ce qu'il faut pour l'obtenir. Qui veut les conséquences veut les causes. Et alors, attention parce que je revois venir certains, faire ce qu'il faut pour l'obtenir, ça ne veut pas dire qu'on l'obtiendra forcément. Ça ne veut pas dire il suffit de le vouloir. Bien sûr que non. Personne n'est aussi naïf. Mais ce qui est encore plus naïf, c'est de croire qu'un désir qui ne s'accompagne pas d'un travail de réalisation peut avoir la moindre chance d'aboutir. Il n'y a pas d'effet sans cause. Chacun en conviendra. Il n'y a pas d'effet sans cause appliqué au champ pratique, ça donne. Il n'y a pas de résultat sans efforts. Un athlète qui voudrait gagner la médaille d'or aux Jeux Olympiques, mais qui aurait la naïveté de penser que sa victoire est indépendante de ses efforts, bah c'est un athlète qu'on ne verra jamais sur le podium. C'est pour ça je dis souvent, les sportifs sont des stoïciens mentaux. Ce sont des stoïciens par défaut parce qu'ils ont conscience de par leur pratique. La conscience étant généralement issu de la pratique. Ils ont conscience de par leur pratique qu'on obtient aucun résultat si on ne s'en donne pas les moyens, si on ne s'entraîne pas, si on n'analyse pas, si on a aucune hygiène de vie. Ce n'est pas une méritocratie, c'est un raisonnement mathématique. On ne passe pas de 0 à 100 sans additionner des nombres. La volonté, c'est produire les nombres qu'on additionne. On attend pas que ça tombe tout seul parce que ça ne tombera pas tout seul. Il y a que les fruits pourris qui tombent tout seul. Et si on n'atteint pas le résultat qu'on voulait atteindre, si on n'atteint pas l'objectif qu'on s'était fixé, ce qui est certain, c'est qu'on en sera beaucoup plus proche que si on s'était contenté d'attendre, que si on s'était contenté d'espérer. L'espoir sans volonté est impuissant. Là où l'espoir est une attitude passive et non consciente, la volonté est une attitude active et lucide. Beaucoup de gens pensent que le stoicisme est une philosophie qui ne tient pas compte de la réalité, une philosophie qui prend l'homme pour un être dénué de sentiments, des nué de faiblesse et au final dénué d'humanité. C'est ironique. C'est ironique de reprocher au stoicisme d'être une philosophie qui ne tient pas compte de la réalité. Quand la raison d'être du stoicisme, c'est précisément de nous dire tenez compte de la réalité, tenez compte des possibilités et des impossibilités contenues dans la réalité. Tenez compte du fait que vous n'êtes pas tout-puissant, qu'il ne suffit pas de désirer, d'espérer, d'attendre pour que la réalité se plie à nos attentes. Tenez compte du fait que le monde n'est pas à votre service. Soyez humble. C'est ça le stoicisme. Le stoicisme n'est pas une philosophie inhumaine. C'est au contraire une philosophie qui comprend si bien l'homme qu'elle se consacre à lui dire "Je sais ce que tu penses et tu te trompes. Je sais ce que tu voudrais et tu te trompes." Tu penses que le monde est injuste et parce que tu penses qu'il est injuste, tu t'opposes à lui. Tu entres en résistance contre lui. C'est une erreur. Ça ne marchera pas. Tu voudrais que le monde soit conciliant avec toi et parce que tu considères qu'il ne l'est pas, tu te bats contre lui, tu lui en veux. Tu es en colère, c'est une erreur. Ça ne marchera pas. Le problème, ce n'est pas le monde, c'est ce qu'on aimerait qu'il soit. Le problème, ce n'est pas la réalité, c'est le temps perdu à refuser que la réalité soit ce qu'elle est. Je vous remercie. Le manuel d'épicetê. Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d'autres non. De nous dépend la pensée, l'impulsion, le désir, la version, bref, tout ce en quoi c'est nous qui agissons. Ne dépendent pas de nous le corps, l'argent, la réputation, les charges publiques, tout ce n'est pas nous qui agissons. Ce qui dépend de nous est libre naturellement, ne connaît ni obstacles ni entraves. Ce qui n'en dépend pas est faible, esclave, exposé aux obstacles et nous est étrangers. Donc rappelle-toi que si tu tiens pour libre ce qui est naturellement esclave et pour un bien propre ce qui t'est étranger, tu vivras contrarié, chagriné, tourmenté. Tu en voudras aux hommes comme au Dieu. Mais si tu ne juges tiens que ce qu'il est vraiment et tout le reste étranger, jamais personne ne saura te contraindre ni te barrer la route. Tu ne t'en prendras à personne, n'accuseras personne, ne feras jamais rien contre ton gré. Personne ne pourra te faire de mal et tu n'auras pas d'ennemis puisqu'on ne t'obligera jamais à rien qui pour toi soit mauvais. À toi donc de rechercher des biens si grands en gardant à l'esprit que une fois lancé, il ne faut pas se disperser en œuvrant chichement et dans toutes les directions, mais te donner tout entier aux objectifs choisis et remettre le reste à plus tard. Mais si en même temps tu vises le pouvoir et l'argent, tu risques d'échouer pour t'être attaché à d'autres buts alors que seul le premier peut assurer liberté et bonheur. Donc dès qu'une image viendra te troubler l'esprit, pense à te dire tu n'es qu'image et non la réalité dont tu as l'apparence. Puis examine-la et soumets-la à l'épreuve des lois qui règlent ta vie. Avant tout, vois si cette réalité dépend de toi ou n'en dépend pas. Et si elle ne dépend pas de toi, sois prêt à dire cela ne me regarde pas. Souviens-toi que le désir estendu vers son objet tandis que le but de l'aversion, c'est de ne pas tomber dans ce qu'on redoute. Si l'on est infortuné en manquant l'objet de son désir, on est malheureux en tombant dans ce qu'on voulait éviter. Donc si tu ne cherches à fuir que ce qui est dépendant de toi et contraire à la nature, il ne t'arrivera rien que tu ais voulu fuir. Mais si tu cherches à éviter la maladie, la mort ou la misère, tu seras malheureux. Supprime donc en toi toute aversion pour ce qui ne dépend pas de toi. Et cette aversion, reporte-la sur ce qui dépend de toi et n'est pas en accord avec la nature. Quant au désir, pour le moment, supprime-le complètement. Car si tu désires une chose qui ne dépend pas de toi, tu ne pourras qu'échouer, sans compter que tu te mettras dans l'impossibilité d'atteindre ce qui est à ta portée et qu'il est plus sage de désirer. Borne-toi à suivre tes impulsions, tes répulsions, mais fais-le avec légèreté de façon non systématique et sans effort excessif. Pour tout objet qui t'attire, te sert ou te plaît, représente-toi bien ce qu'il est en commençant par les choses les plus petites. Si tu aimes un pot de terre, dis-toi : "J'aime un pot de terre." S'il se casse, tu n'en feras pas une maladie. En serrant dans tes bras ton enfant ou ta femme, dis-toi, "J'embrasse un être humain. S'ils viennent à mourir, tu n'en seras pas autrement bouleversé. Quand tu te prépares à faire quoi que ce soit, représente-toi bien de quoi il s'agit. Si tu sors pour te baigner, rappelle-toi ce qui se passe au bain public. On vous éclabousse, on vous bouscule, on vous injurit, on vous vole. C'est plus sûrement que tu feras ce que tu as à faire si tu t'es dit "Je vais aller au bain et exercer ma liberté de choisir en accord avec la nature, de même pour toutes tes autres tâches. Car ayant fait cela, s'il arrive quelque chose qui t'empêche de te baigner, tu auras la réponse toute prête." Je ne voulais pas seulement me baigner, mais exercer ma liberté de choisir en accord avec la nature. Si je me mets en colère à cause de ce qui m'arrive, ce ne sera pas le cas. Ce qui tourmente les hommes, ce n'est pas la réalité, mais les opinions qu'ils s'en font. Ainsi, la mort n'a rien de redoutable. Socrate lui-même était de cet avis. La chose à craindre, c'est l'opinion que la mort est redoutable. Donc, lorsque quelque chose nous contrarie, nous tourmente ou nous chagrine, n'en accusons personne d'autre que nous-mêmes, c'est-à-dire nos opinions. C'est la marque d'un petit esprit de s'en prendre à autrui lorsqu'il échoue dans ce qu'il a entrepris. Celui qui exerce sur soi un travail spirituel s'en prendra à soi-même. Celui qui achèvera ce travail ne s'en prendra ni à soi ni aux autres. Ne te monte jamais la tête pour une chose où ton mérite n'est pas en cause. Passe encore que ton cheval se monte la tête en disant "Je suis beau". Mais que toi tu sois fier de dire "J'ai un beau cheval". Rends-toi compte que ce qui t'excite c'est le mérite de ton cheval. Qu'est-ce qui est vraiment à toi ? l'usage que tu fais de tes représentations. Toutes les fois qu'il est conforme à la nature, tu peux être fier de toi. Pour le coup, ce dont tu seras fier viendra vraiment de toi. Pendant un voyage en bateau, si le navire jette l'encre et que tu mettes pied à terre pour aller chercher de l'eau, tu ramasseras en chemin ici un bigorneau, là un petit bulbe de plante. Mais il te faut concentrer ta pensée sur le navire, te retourner sans cesse au cas où le pilote appelle. S'il appelle, il faut tout planter là de peur d'être jeté à fond de cale et ligoter comme du bétail. C'est pareil dans la vie. Si en guise de bigornoau, on te donne une petite femme ou un esclave, il n'y a pas de mal à cela. Mais quand le pilote t'appelle, cours vers le navire et laisse tout sans te retourner. Et si en plus tu n'es plus tout jeune, reste à proximité du navire de peur de manquer l'appel. N'attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites. Décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux. La maladie est une gêne pour le corps, pas pour la liberté de choisir, à moins qu'on ne l'abdique soi-même. Avoir un pied trop court est une gêne pour le corps, pas pour la liberté de choisir. Et cette réponse à l'esprit en toute occasion. Tu verras que la gêne est pour les choses ou pour les autres, non pour toi. Devant tout ce qui t'arrive, pense à rentrer en toi-même et cherche quelle faculté tu possèdes pour y faire face. Tu aperçois un beau garçon, une belle fille. Trouve en toi la tempérance. Tu souffres, trouve l'endurance. On t'insulte, trouve la patience. En t'exerçant ainsi, tu ne seras plus le jouet de tes représentations. Ne dis jamais à propos de rien que tu l'as perdu. Dis, je l'ai rendu. Ton enfant est mort, tu l'as rendu. Ta femme est morte. Tu l'as rendu. On m'a pris mon champ. Eh bien, ton champ aussi tu l'as rendu. Mais c'est un Céa qui me l'a pris. Que t'importe le moyen dont s'est servi pour le reprendre ? Celui qui te l'avait donné. En attendant le moment de le rendre, en revanche, prends-en soin comme d'une chose qui ne t'appartient pas, comme font les voyageurs dans une auberge. Si tu veux faire des progrès, laisse tomber les réflexions du genre si je néglige mes intérêts, je n'aurai même pas de quoi vivre. Si je ne suis pas assez sévère avec mon esclave, il me servira mal. Mieux vaut mourir de faim, délivré du chagrin et de la peur que vivre dans l'abondance au milieu des angoisses. Mieux vaut être mal servi par son esclave que malheureux. Commence donc par les petites choses. On gaspille ton huile, on vole ton vin. Dis-toi, c'est le prix de la tranquillité. C'est le prix d'une âme sans trouble. On n' jamais rien pour rien. Quand tu as besoin de ton esclave, souviens-toi qu'il peut ne pas venir et que s'il vient, il exécutera peut-être tes ordres à tort et à travers. Mais il n'a pas le pouvoir que ta tranquillité dépende de lui. Si tu veux progresser, accepte de passer pour un ignorant et un idiot dans tout ce qui concerne les choses extérieures. N'essaie jamais d'avoir l'air instruit. Si certains ont bonne opinion de toi, méfie-toi. Tu dois savoir qu'il n'est pas facile de suivre ce qu'enjoint la nature en s'attachant aux objets extérieurs. Si tu poursuis l'un de ces objectifs, il est inévitable que tu négliges l'autre. Si tu souhaites que tes enfants, ta femme et tes amis soient éternels, tu es un fou. Car c'est vouloir que ce qui ne dépend pas de toi en dépende, que ce qui n'est pas à toi t'appartienne. De même, si tu veux un serviteur sans défaut, tu es stupide puisque tu voudrais que la médiocrité soit autre chose que ce qu'elle est. Mais si tu veux atteindre l'objet de tes désirs, tu le peux. Exerce-toi à ce qui est en ton pouvoir. Tout homme a pour maître celui qui peut lui apporter ou lui soustraire ce qu'il désire ou ce qu'il craint. Que ceux qui veulent être libres s'abstiennent donc de vouloir ce qui ne dépend pas d'eux seul. Sinon inévitablement ils seront esclaves. Souviens-toi de te comporter comme dans un banquet. Quand le plat faisant le tour des convives arrive devant toi, tends la main et ser-toi comme il convient. S'il te passe sous le nez, n'insiste pas. S'il tarde, ne louche pas dessus en salivant, mais attends qu'il arrive devant toi. Fais de même pour les enfants, pour une femme, pour les charges officielles, pour l'argent et un jour tu seras digne de boire à la table des dieux. Mais si les choses t'étant offertes, tu t'abstiens même d'y toucher, d'y jeter les yeux, tu seras digne non seulement de boire avec les dieux, mais de régner comme eux. C'est ainsi qu'on vécu Diogène, Héraclite et leur semblable, s'égalant par là au Dieu et gagnant le renom d'homme divin. Lorsque tu vois quelqu'un se lamenter sur son fils parti en exil ou parce qu'il a perdu ses biens, ne te laisse pas aller à croire que ces événements font son malheur. Ce qui cause du chagrin à cet homme, ce n'est pas ce qui lui arrive, sinon cela ferait le même effet à tel ou tel. Mais l'opinion qu'il se fait de cet événement. Cependant, ne refuse pas de t'associer raisonnablement à sa peine et même aux besoins. Pleure avec lui. Prends seulement garde de ne pas pleurer aussi en toi-même. Souviens-toi que tu joues dans une pièce qu'a choisi le metteur en scène. Courte s'il l'a voulu courte, longue, s'il l'a voulu longue. S'il te fait jouer le rôle d'un mendiant, joue-le de ton mieux. Et fais de même que tu joues un boiteux, un homme d'état ou un simple particulier. Le choix du rôle est l'affaire d'un autre. Si un corbeau pousse un cri de mauvais augure, ne te laisse pas entraîner par ton imagination. Définis ce dont il s'agit et dis-toi : "Rien de ce qui est annoncé là ne me concerne. Seulement ma petite carcasse, ma petite fortune, ma petite réputation, ma femme ou mes enfants. Quant à moi, pourvu que je le veuille, tous les présages me sont favorables. Car quoi qu'il résulte de ce signe, il est en mon pouvoir de faire tourner la chose à mon profit. Tu peux être invaincu si jamais tu n'engages de lutte ou la victoire ne dépend pas de toi. Garde-toi d'estimé heureux un homme choisi pour une charge officielle ou très puissant ou jouissant pour une raison ou une autre de l'estime publique. En effet, si l'essence du bien réside dans ce qui dépend de nous, il n'y a de raison ni d'être jaloux ni d'être envieux. Quant à toi, ce n'est pas général, magistrat ou consul que tu veux être, mais libre. Or, pour y arriver, il n'y a qu'un chemin, le mépris de ce qui ne dépend pas de toi. Souviens-toi que ce qui te cause du tort, ce n'est pas qu'on t'insulte ou qu'on te frappe, mais l'opinion que tu as qu'on te fait du tort. Donc si quelqu'un t'a mis en colère, sache que c'est ton propre jugement le responsable de ta colère. Essaie de ne pas céder à la violence de l'imagination. Car une fois que tu auras examiné la chose, tu seras plus facilement maître de toi. Que la mort, l'exil et tout ce qui te semble redoutable soit présent à tes yeux tous les jours. La mort surtout et jamais tu n'auras de pensées lâche ni de désir immodéré. Si ton désir te pousse vers la philosophie, prépare-toi à être partout en but aux moqueries et au sarcasme. À entendre dire : "Voyez-le nous revenir en philosophe ou qu'est-ce qui nous vaut ce front superbe ? Et toi, garde ton front de tous les jours. Tiens-tenant fermement aux conduites qui te semblent les meilleurs, conscient que c'est Dieu qui t'a mis à ce poste. Et souviens-toi que si tu restes constant dans ces principes, ceux qui au début se moquaient de toi finiront par t'admirer. Tandis que si tu ne te montres pas la hauteur, on rira de toi deux fois plus fort. S'il t'arrive un jour d'accorder du poids aux objets extérieurs par désir de plaire à quelqu'un, sache que tu réduiras à néant tes principe de vie. Porne-toi donc à être toujours philosophe. Mais si tu tiens aussi à le paraître, que ce soit à tes propres yeux et tu en auras fait assez. Ne te laisse pas décourager par des réflexions du genre "Je vais vivre sans honneur, je ne serai qu'un zéro. Si vivre sans honneur est un mal, aucun mal ne peut arriver par la faute d'autrui. Rien de honteux non plus. Crois-tu qu'il dépend de tes efforts d'être tiré au sort comme magistrat ? Invité à un banquet ? Pas du tout. Alors, comment serait-ce un déshonneur de ne pas l'être ? Comment peux-tu dire que tu n'es qu'un zéro puisque tu n'es tenu d'être quelque chose qu'au regard de ce qui dépend de toi ? domaine où tu peux prétendre aux plus grands honneurs. Tes amis resteraient sans secours. Comment cela ? Ils ne recevraient pas de tes mains leurs petites pièces ? Tu ne les ferais pas nommer citoyen romain ? Qui te dit que ces choses-là dépendent de toi et te regardent ? Qui peut donner à autrui ce qu'il n'a pas lui-même ? Or, procure-le toi, dira-t-on, pour nous en faire profiter. Si je peux me le procurer sans déchoir à mes propres yeux, en restant loyal et sans bassesse, qu'on me montre le chemin. J'y vais. Mais si l'on veut que je perde mes biens propres pour vous procurer des choses qui ne sont pas des biens, considérez comme vous êtes injuste et ingrat. Et puis, qu'est-ce que vous aimez le mieux ? de l'argent ou un ami loyal et digne d'estime. Aidez-moi à être tel au lieu de vouloir que j'agisse d'une façon qui me ferait cesser de l'être. Mais dis-tu, ma patrie resterait sans secours quand je pourrais l'aider. Là encore, de quelle aide parles-tu ? Tu ne peux lui offrir ni terme ni portique. Et alors ? Le forgeron lui offre-t-il des chaussures ? Le cordonnier des armes ? Il suffit à chacun d'accomplir sa tâche en travaillant à fabriquer pour elle un citoyen de plus, plein de loyauté et de respect de soi, ne ferais-tu rien pour elle ? Si fait donc, tu peux par toi-même lui être utile. Quelle place aurais-je dans la cité ? celle où tu pourras rester loyal et digne d'estime. Mais si, voulant servir la patrie, tu réduis à néan et vertus, une fois perdu toute loyauté et tout respect de toi, quel service pourrais-tu lui rendre ? Pour un festin, un discours, un conseil, on t'a préféré quelqu'un d'autre. Si ce sont des biens, réjouis-toi qu'il lui est choix. Si ce sont des mots, ne te plains pas d'y avoir échappé. D'ailleurs, souviens-toi aussi que si tu n'en fais pas autant que d'autres pour obtenir ce qui ne dépend pas de toi, tu ne peux pas t'attendre au même résultat que si tu ne vas pas rendre visite aux gens qui comptent, comment pourrais-tu être récompensé comme ceux qui y courent ? Comment si tu ne flattes personne obtenir autant que les flatteurs ? Tu as refusé de payer le prix de ses faveurs et tu voudrais qu'on te les accorde pour rien. Tu es injuste et insatiable. Combien coûte une laitue ? Une au plus ou moins. Suppose que quelqu'un donne une au laite. Tu ne donnes rien et ne reçois rien. Ne considère pas avoir eu moins que lui. Il a saute. Toi l'obol que tu n'as pas donné. Et bien là encore, c'est la même chose. On ne t'a pas invité à un festin, c'est que tu n'as pas donné le prix auquel on estimait le repas. Et ce prix ? C'était flatterie ou service. Donc si cela te sert, donne ton du quel qu'en soit le prix. Mais si tu veux être payé de retour sans rien donner, tu n'es qu'un insatiable et un fou. N'as-tu rien obtenu à la place de ce repas ? Si. L'honneur de n'avoir pas flatté qui tu ne voulais pas, de n'avoir pas eu à supporter la morgue des serviteurs devant sa porte. L'expérience commune nous sert à comprendre ce que veut la nature. Ainsi, quand le jeune esclave du voisin casse une coupe, nous sommes prêts à dire "Ce sont des choses qui arrivent. Sache donc que si c'est une de tes coupes qu'on a cassé, tu dois avoir la même réaction que pour celle du voisin. Applique cette règle aux choses les plus graves. Quelqu'un perd son enfant, sa femme. Chacun de dire "Nous sommes tous mortels." Mais si l'on est soi-même frappé par un deuil, on s'écrit aussitôt hélas, pauvre de moi. Nous devrions avoir à l'esprit la réaction que nous avons eu en apprenant la nouvelle à propos de quelqu'un d'autre. De même que la marque n'est pas là pour faire rater la cible, de même il n'y a pas de place pour le mal dans l'ordre universel. Si on livrait ton corps au premier venu, tu serais indigné. Et pourtant, tu livres à n'importe qui ton jugement avec pouvoir d'y jeter trouble et confusion pour peu qu'on t'injurie. et tu n'as pas honte. Pour tout ce que tu entreprends, examine les tenants et aboutissant avant de passer à l'action. Sans cela, tu seras d'abord plein de ziles parce que tu ne penseras à rien de ce qui va s'en suivre. Et puis, dès que surgiront les difficultés, tu abandonneras lâchement la partie. Tu aimerais être vainqueur aux Jeux Olympiques ? Moi aussi parler Dieu. Gagner au jeu, c'est bien agréable. Mais avant de te lancer, examine un peu les tenants et aboutissants. L'abstinence sexuelle, le régime, le renoncement aux friandises, les exercices sous la contrainte et aux heures réglementaires qu'on cuise ou qu'il gèle. Il ne faut pas boire frais, dans certains cas même pas de vin, sans remettre entièrement à son entraîneur comme à un médecin. Ensuite, en luttant, piétiner dans la poussière au coude à coude avec son adversaire. parfois se démettre un poignet, se tordre la cheville et peut-être recevoir le fouet pour finalement être vaincu. Pense à tout cela et après si tu en as encore envie, entre dans la carrière. Sinon, tu ne seras qu'un gamin qui joue tantôt au lutteur, tantôt gladiateur, tantôt au sonneur de trompettes, tantôt aux acteurs de tragédie. Un jour, tu seras athlète, un autre gladiateur, un autre rêteur, un autre philosophe. Mais jamais tu ne seras rien à fond. Comme un singe, tu imiteras tout ce que tu vois et tu choisiras tantôt une chose, tantôt l'autre. Car tu ne te seras pas mis à la tâche après réflexion en ayant fait le tour de la question, mais au petit bonheur, poussé par une éphémère envie. C'est ainsi que Ducin, en voyant un philosophe, en l'entendant parler comme Eufrat, et pourtant qui pourrait se vanter de parler comme lui veulent aussitôt se lancer dans la philosophie. Mais mon brave, il faut d'abord examiner ce dont il s'agit, bien observer ton caractère pour voir si tu pourras tenir. Tu as envie d'être champion au pentathlon ou à la lutte ? Regarde tes biceps, tes cuisses, tes reins. Nous ne sommes pas tous doués pour les mêmes choses. Crois-tu en te mettant à la philosophie que tu pourras boire et manger comme à présent ? Céder à tes désirs et te laisser emporter par la colère comme à présent ? Il te faudra veiller, souffrir, quitter tes proches, endurer le mépris d'un petit esclave, être tourné en dérision par les passons et toujours avoir le dessous. Qu'il s'agisse d'honneurs officiels, du pouvoir de procès ou d'autres affaires de même farine. Voilà ce qu'il te faut examiner. Seras-tu prêt alors à payer de ce prix l'insensibilité aux émotions ? liberté, la sérénité. Si c'est non, ne va pas plus loin. Ne sois pas comme les enfants, philosophe un jour, percepteur des impôts le lendemain et puis rêteur et puis encore procurateur de César. Tout cela ne fait pas bon ménage. Il faut que tu sois un, bon ou mauvais. Il te faut cultiver ou bien la part qui dirige ton âme ou alors tes biens matériels. Consacrer tes efforts au-dedans ou au dehors, c'est-à-dire régler ta vie en philosophe ou en homme ordinaire. La plupart du temps, notre conduite se mesure à l'ône de nos relations. Celui-ci est mon père. Je dois prendre soin de lui, lui céder en tout, supporter ses injures, ses coûts. Mais c'est un mauvais père. Et bien, la nature ne t'a pas fixé pour rôle de vivre avec un bon père, mais avec un père. Mon frère me fait du tort. Alors garde vis-à-vis de lui le poste qui est le tien et ne te demande pas comment il se conduit, mais comment toi tu dois te conduire pour suivre dans tes choix ce qu'enjoint la nature. Personne ne te fera de mal à moins que tu n'y consentes. Le mal ne viendra que lorsque tu jugeras qu'on te fait du mal. De la même façon, examine ce que doivent être tes relations avec tes voisins, tes concitoyens, le gouverneur de ta province et tu sauras quelle conduite adoptée à l'égard de chacun d'eux. Pour se conduire avec piété envers les dieux, l'essentiel est d'avoir d'eux une conception juste, à savoir qu'ils existent et régissent l'univers conformément au bien et à la justice. Ensuite, il faut être personnellement résolu à leur obéir, à céder au cours des événements et à le suivre de son plein gré en sachant que c'est un dessin idéal qui le gouverne. De cette façon, jamais tu n'adresseras de reproches au Dieu, ni ne les accuseras de te négliger. D'ailleurs, il est exclu que cela t'arrive si tu ne te laisses pas emporter par des buts qui ne dépendent pas de toi, si tu choisis de ne voir le bien et le mal que dans ce qui dépend de toi. De même, si tu considères un mal ou un bien, ce qui ne dépend pas de toi, si tu ne peux obtenir ce que tu voulais ou s'il t'échoit ce que tu voulais éviter, tu t'en prendras au responsable et tu leur en voudras. Car la nature fait que tout être vivant cherche à éviter et à fuir les événements qui lui semblent nuisibles, ainsi que les causes qui les déterminent. tandis qu'il accueille avec gratitude les événements conformment à son intérêt avec ce qui les cause. Il est donc impossible, quand on se croit laiser, d'être bien disposé envers l'auteur de ce tort supposé, tout comme on ne saurait se réjouir du dommage lui-même. Voilà pourquoi on voit des fils injurier leur père quand celui-ci refuse de leur donner une part de ce qu'ils considèrent comme des biens. Et de même ce qui adressait Étéocle contre Paulinis, c'est de croire que la tyrannie était un bien. C'est pour la même raison que le paysan blasphème le nom des dieux comme le marin, le marchand et ceux qui ont perdu leurs femmes ou leurs enfants. Car là où est l'intérêt, là est la piété. en sorte que si l'on s'attache à diriger ses désirs et ses aversions comme il convient, du même coup, on sera assuré de se conduire avec piété. Pour ce qui concerne les libations et les sacrifices au Dieu, il convient d'agir suivant les traditions de son pays, en état de pureté, sans négligence ni oubli, mais sans excès de minuie non plus et sans dépasser ses moyens. Quand tu as recours à la divination, souviens-toi que puisque tu es venu trouver le devin pour qu'il te la prenne, tu ignore ce qui doit t'arriver. Mais une fois l'événement prévu, pour ce qui est de sa nature, tu la connais si tu es vraiment philosophe. S'il s'agit de quelque chose qui ne dépend pas de toi, ce ne saurait être ni un bien ni un mal. Donc, quand tu vas voir un devin, laisse derrière toi désir et aversion. Ne t'avance pas en tremblant, mais en homme pénétré de cette vérité que tout ce qui peut arriver est indifférent et ne te concernant en rien. Alors, quel que soit l'événement, tu seras en mesure d'y faire face comme il convient et sans que personne ne puisse t'en empêcher. Donc, n'ai pas peur. Va vers les dieux comme on va demander un conseil. Pour le reste, une fois le conseil reçu, note bien qui était ton conseiller. Note à qui tu désobéir si tu t'écartais de son avis. Suis le précepte de Socrate. Ne recours à la divination qu'en des circonstances où tout porte sur l'issue d'un événement, quand ni le raisonnement, ni aucun art d'une autre sorte ne peuvent plus être d'aucun secours pour connaître ce qui t'attend. Par conséquent, s'il te faut risquer ta vie pour un ami ou pour la patrie, ne demande pas au devin si tu dois le faire. S'il t'annonçait que les présages sont mauvais, il est clair que cela signifierait la mort ou une quelconque mutilation ou encore l'exil. Ici, la raison commande, même dans ces circonstances, de prêter secours à son ami et de risquer sa vie pour la patrie. Pense au plus grand des devains, l'oracle de Delf qui jeta hors du temple l'homme qui avait choisi de ne pas secourir son ami. À partir d'aujourd'hui, décide d'un style, d'un genre de vie que tu garderas aussi bien seul que devant les autres. La plupart du temps, tais-toi ou si tu veux parler, attends d'y être contraint et fais-le en peu de mots. Exceptionnellement, quand l'occasion t'y convit, parle. Mais ne t'occupe pas de l'actualité. Combat de gladiateur, course de chevaux, jeu du stade, nourriture et boissons. Ici ou ailleurs, tiens ta langue et surtout pas de réflexion sur les gens en bien ou en mal, ni de comparaison. Aiguille autant que faire se peut les conversations de ceux avec qui tu te trouves sur des sujets convenables. Si tu te trouves seul au milieu de gens que tu ne connais pas, tais-toi encore. Ris rarement et pas à tout propos ni à gorge déployée. Abstiens-toi de prêter serment, sinon en toute occasion, du moins chaque fois que c'est possible. Laisse tomber les invitations à dîner, officielles ou privé. Et si un jour les circonstances justifient que tu t'y rendes, sois extrêmement attentif à ne pas te laisser aller à la vulgarité. Car si ton partenaire est plein debout, en luttant avec lui, même si tu étais propre en arrivant, tu en sortiras tout crotter. Pour ce qui concerne le corps, soigne-le autant qu'il faut pour répondre aux besoins. Nourriture, boisson, vêtements, un toit et des esclaves. Tout ce qui est pour la galerie, tout le luxe, rejette-le. Quant au sexe, dans la mesure du possible, garde-toi pur jusqu'au mariage. Quand tu fais l'amour, prends ta part de ce qui est permis. Toutefois, ne deviens pas béguel envers ceux qui se livrent à la fornication. Ne te pose pas en senseur de ces gens-là. Ne va pas non plus proclamer partout que tu es continent. Si l'on te rapporte qu'un tel a dit du mal de toi, ne cherche pas à te défendre de ces accusations, mais réponds simplement. Je vois qu'il ne connaissait pas tous mes défauts. Sinon, il en aurait dit bien davantage. Il n'est pas nécessaire d'aller souvent au spectacle. Mais si un jour l'occasion se présente, fais voir à tous que c'est à toi que va la préférence. Applique-toi à vouloir que ce qui arrive arrive et que le meilleur gagne. De cette façon, rien ne viendra te contrarier. Défense absolue de crier, de te moquer d'un concurrent ou de te passionner outre mesure. Une fois sortie, ne discute pas longuement de ce que tu viens de voir. Toutes ces choses n'ont aucun rapport avec ton progrès moral. Ce serait la preuve que tu t'es passionné pour le spectacle. Ne va pas pour un oui ou pour un non écouter des lectures publiques, mais une fois dans l'auditoire, garde une attitude à la fois digne, tranquille et sans provocation. S'il te faut rendre visite à quelqu'un, surtout s'il fait partie de ce que l'opinion publique place au sommet du pouvoir, demande-toi ce qu'aurait fait Socrate ou Zénon à ta place et tu n'auras plus le moindre doute sur la conduite à tenir en cette circonstance. Lorsque tu te rends chez un personnage influent, prévois qu'il ne sera pas chez lui, qu'on te fermera la portonnée en la faisant claquer bien fort et qu'on ne se souciera pas de toi le moins du monde. Si malgré tout ton devoir te commande d'insister, vas-y et montre-toi à la hauteur des circonstances. Mais ne te dis jamais, le jeu n'en valait pas la chandelle. C'est une réflexion vulgaire et d'un esprit esclave des choses extérieures. Au cours de la conversation, abstiens-toi de t'étendre sur tes actions passées, sur les risques que tu as pris. Car s'il t'est doux de te remémorer les dangers que tu as couru, le récit de tes aventures n'a pas les mêmes charmes pour les autres. évite également de faire rire car non seulement cela peut facilement tomber dans la vulgarité mais cela risque en plus de faire abandonner à tes interlocuteurs leur retenu envers toi. Un autre terrain glissant, c'est quand on en vient à parler de choses obsèes. Quand cela se produit, si c'est possible, n'hésite pas à reprendre celui qui a commencé. Sinon, exprime au moins clairement par ton silence, ta rougeur et ton air réprobateur que cette conversation te déplaît. Quand il te vient l'envie d'un plaisir, comme pour les autres sortes de représentation, prends garde de ne pas céder à sa violence. Laisse reposer la chose et accorde-toi un délai. Songe à ces deux instants, celui où tu goûteras le plaisir et celui où, après y avoir goûté, tu en auras le regret et t'insultera toi-même tout bas. Oppose à cela la joie que tu éprouveras et les louanges que tu t'adresseras si tu t'abstiens. Si tu trouves opportun à l'acte, fais attention de ne pas succomber à la douceur agréable et séduisante de la chose. Imagine pour y résister combien précieuse est la conscience d'avoir remporté cette victoire là. Lorsque tu en arrives à la conclusion qu'il faut faire une chose, fais-la et ne cherche pas à t'en cacher, même si les gens risquent d'en penser du mal. Car ou bien tu as tort d'agir ainsi et il ne fallait pas le faire, ou bien tu as raison et tu n'as pas à craindre les reproches injustifiées. De même que les phrases il fait jour et il fait nuit ont une grande valeur en tant que proposition disjointe, mais ne veulent rien dire si on les joint. De même, choisir la plus grosse part, si c'est valable du point de vue du corps, quand il s'agit de sociabilité dans un banquet, cela n'est pas bien. Donc quand tu dînes avec quelqu'un, ne considère pas seulement la valeur des plats pour le corps. Veille aussi à respecter ton autre. Si tu te lances dans une entreprise qui dépasse tes forces, non seulement tu te conduis comme un idiot, mais tu négliges d'accomplir ce qui était dans tes possibilités. Tout comme tu fais attention en te promenant à ne pas marcher sur un clou et à ne pas te tordre la cheville, fais attention aussi à ne pas faire de mal à ce qui dirige ton âme. En gardant cette nécessité à l'esprit, au seuil de chaque entreprise, tu feras plus sûrement ce que tu as à faire. Le corps est pour chacun la mesure des richesses comme le pied et celle de la chaussure. Si tu t'en tiens à ce critère, tu garderas la mesure. Mais si tu vas au-delà, tu seras forcément entraîné comme du haut d'une falaise. Pour la chaussure, si tu vas au-delà des besoins du pied, tu la voudras couverte d'or, puis teinte en pourpre puis broder. Une fois qu'on a passé la mesure, il n'y a plus aucune limite. Dès qu'elles ont passé 14 ans, les hommes appellent les femmes maîtresse. Elles, voyant que leur unique intérêt est de coucher avec eux, commencent à se maquiller et mettent en cet art toutes leurs espérances. Il faut donc leur faire comprendre que leur seule gloire est de donner à tous l'image d'une vie réglée et d'une âme pudique. C'est la marque d'un naturel débile que de s'attarder aux choses du corps, comme de passer trop de temps à prendre de l'exercice, à manger, à boire, à faire ses besoins, à copuler. Tout cela, il faut le faire comme en passant. C'est sur notre jugement que nous devons porter toute notre attention. Face à quelqu'un qui te fait du tort par sa conduite ou ses propos, souviens-toi que s'il agit ainsi, c'est qu'il pense avoir raison. Il ne lui est pas possible de régler sa conduite sur ta façon de penser. C'est la sienne qui le guide. Et si elle est erronée, il se fait du tort à soi-même en demeurant dans son erreur. En effet, si une vérité complexe passe pour un mensonge, ce n'est pas la complexité qui est en faute, mais bien celui qui se trompe. En te fondant sur ce principe, tu garderas ton sang froid face à ceux qui t'insultent. Chaque fois, tu n'auras qu'à te dire, c'est ce que lui pense. Toute chose a deux poignées. L'une permet de la porter, l'autre non. Si ton frère te fait du tort, ne prends pas cela en te disant qu'il te fait du tort. C'est le côté impossible à porter. Dis-toi plutôt que c'est ton frère, ton compagnon. Tu prendras ainsi la chose du côté où on peut la porter. Il n'est pas logique de dire "Je suis plus riche que toi, donc je vaux mieux que toi. Je parle mieux que toi, donc je vaux mieux que toi." Ce serait bien plus logique de dire "Je suis plus riche que toi, donc ma fortune vaut mieux que la tienne. Je parle mieux que toi, donc mon éloquence vaut mieux que la tienne. Car tu n'es ni ta fortune ni ton éloquence." Un tel se lave vite, ne dit pas qu'il se lave mal, mais qu'il se lave vite. Si un autre boit beaucoup de vin, ne le traite pas d'ivrogne. Dis simplement qu'il boit beaucoup. En effet, de cette façon, tu éviteras, devant ce que tu te représentes d'un objet de lui donner une autre représentation. Où que tu te trouves, ne te présentes jamais comme philosophe. Ne parle pas longuement devant des profanes des principes de la philosophie. Ag plutôt suivant ces principes. Par exemple, dans un banquet, ne dis pas comment on doit manger. Mange seulement comme il faut. Souviens-toi de Socrate, il s'était si bien débarrassé de toute envie de briller que lorsqu'on venait le trouver pour se faire présenter à des philosophes, c'était lui qui conduisait les gens tant il lui était égal d'être méconnu. Si dans une assemblée de profane, la conversation tombe sur un principe philosophique, d'une manière générale abstiens-toi d'intervenir. Tu risquerais fort de recracher des bribes de savoir mal digéré. Si un jour on te dit que tu ne sais rien et que tu n'en es pas mortifié, sache que tu es en bonne voie. Ce n'est pas en lui mettant l'herbe sous le nez que les moutons montrent au bergers qu'ils ont bien mangé. C'est à leur laine et à leur lait qu'on s'en aperçoit après qu'ils ont digéré leur nourriture. Et bien fais de même. Ne va pas mettre sous le nez des profanes les principes de la philosophie. Fais-leur en voir les effets quand tu les as digéré. Si tu te contentes de peu pour les besoins du corps, ne va pas en faire parade. Si tu ne bois que de l'eau, ne va pas dire à tout propos je ne bois que de l'eau. Si un jour tu décides de t'entraîner à supporter la douleur, fais-le en privé et non devant tout le monde. N'embrasse pas les statues. Si tu as trop soif, prends de l'eau fraîche dans ta bouche et recrache-la sans rien dire à personne. Attitude et caractère de l'homme ordinaire. Il n'attend rien en bien ou en mal de soi-même et tout des circonstances extérieures. Attitude et caractère du philosophe, il attend tout en bien comme en mal de soi-même. Signe distinctif de l'homme en progrès. Il ne blâme personne, ne loue personne, ne reproche rien à personne, n'accuse personne. Il ne dit jamais rien qui tente à faire croire qu'il sait quelque chose ou qu'il est quelqu'un. En cas d'échec ou d'obstacle, il ne s'en prend qu'à soi-même. S'il reçoit des éloges, il rit en secret de celui qui les fait. Si on le critique, il ne cherche pas à se défendre. Il marche comme les malades. Attentif à ne pas brusquer le membre en voie de guérison tant qu'il n'est pas cicatrisé. Tout désir, il l'a écarté de lui. Quant à l'aversion, il est entraîné à n'en éprouver que pour ce qui, tout en dépendant de lui, est contraire à la nature. Ses inclinations, quel qu'en soit l'objet, sont modérés. S'il passe pour stupide ou ignorant, il n'en a cure en un mot, le seul ennemi qu'il est à redouter, c'est lui-même. Si quelqu'un se vente de comprendre et d'expliquer les écrits de Crisip, dis-toi que si Crisip n'avait pas écrit dans un style obscur, celui-là n'aurait pas eu de quoi se vanter. Mais moi, qu'est-ce que je cherche ? À connaître la nature afin de la prendre pour guide. Je cherche donc un homme qui puisse m'expliquer la nature. J'entends dire que Crisip est cet homme. Je vais le trouver et je ne comprends rien à ses écrits. Je cherche alors quelqu'un pour me les expliquer. Jusque-là, rien qui mérite le respect. Quand j'ai trouvé cet interprète, il me faut me conformer aux principes énoncés. C'est cela qui mérite le respect. Mais si c'est seulement l'explication de texte que j'admire, ne serais-je pas plutôt que philosophe devenu un grammérien qui gloserait Crisip au lieu d'omè. Il y aurait de quoi rougir si lorsqu'on me dit apprends-moi à lire Crisip, je n'étais pas en mesure de montrer une conduite semblable et conforme à ses écrits. Une fois que tu t'es fixé des buts, tu dois t'y tenir comme à des lois qu'on ne peut transgresser sans impiété. Et quoi que l'on dise de toi, n'y prête pas attention. Cela ne te concerne plus. Combien de temps encore vas-tu attendre pour t'estimer digne des plus grands biens et cesser enfin d'enfreindre la règle qui doit déterminer ta vie ? Tu connais les principes qui doivent fonder ta réflexion. C'est assez réfléchi. Quel maître attends-tu à présent pour te décharger sur lui du soin de ton progrès moral ? Tu n'as plus 15 ans, tu es un homme mur. Si désormais tu te montres négligeent, si tu prends les choses à la légère, si tu continues à échafauder projet sur projet en reculant sans cesse le jour où tu devras enfin prendre soin de ta vie, tu ne feras aucun progrès et sans t'en rendre compte, tu finiras par vivre et mourir comme un homme ordinaire. Décide donc tout de suite de vivre en adulte résolu à progresser. Que tout ce qui te semble meilleur te soit une loi incontournable. En présence de quelque tâche pénible ou agréable, glorieuse ou honteuse. Dis-toi que tu dois te lancer, que les Jeux Olympiques sont ouverts, que tu ne peux plus tergiverser et qu'en un seul jour, une seule action peut anéantir ou confirmer ton progrès moral. C'est ainsi que se comporter Socrate qui n'écoutait en toute circonstances que la règle dictée par la raison. Pour toi, même si tu n'es pas encore Socrate, vis au moins en t'efforçant de limiter. Le premier domaine de la philosophie et le plus indispensable, c'est la mise en pratique des principes comme par exemple l'interdiction de mentir. Le second concerne les démonstrations. Pourquoi il ne faut pas mentir, par exemple ? Le troisième concerne l'établissement et l'articulation de ces démonstrations. Ce qui explique par exemple qu'on est en présence d'une démonstration. Ce que sont une démonstration, une déduction, le vrai, le faux. Pas conséquent, le troisième domaine est indispensable pour accéder au second comme le second pour accéder au premier. Mais le plus indispensable, le terme de toute recherche, c'est le premier. Seulement, nous faisons tout à l'envers. Nous nous attardons au troisième. Nous lui consacrons tous nos efforts en oubliant complètement le premier. Voilà pourquoi nous mentons sans cesse en étant prêt cependant à dégainer le raisonnement qui prouve qu'il ne faut pas mentir. En toute occasion, rappelle-toi ces mots. Emmène-moi au Zeus et toi au destiné où vous avez formé le vœu de me conduire. Je vous suivrai sans peur. Mais si, par l'acheter, je résiste, je sais qu'il faut vous obéir. L'homme qui cède dignement à la nécessité, on le nomme sage, car il connaît les secrets des dieux. Et bien, critons si c'est là la volonté de Dieu, qu'il en soit ainsi. Anitos et Méetos peuvent me tuer, ils ne peuvent me nuire. C'est dans la Grèce antique berceau de la civilisation occidentale que naît le stoicisme au 3e siècle avant notre ère. Héritier de la philosophie de Platon et des cyniques, le stoicisme n'est pas seulement une doctrine, c'est un art de vivre. Car pour les stoïciens, comprendre le monde n'est que la première étape vers le but véritable de notre existence. Être heureux. Dans cette vidéo, vous allez découvrir 10 citations qui résument la philosophie des stoïens. 10 citations qui renferment les clés d'une vie sage et heureuse. En espérant qu'elles éveillent en vous l'envie de découvrir cette fameuse école de pensée. N'attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites. Décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux. La philosophie stoïcienne est fondée sur une idée simple. Le monde est rationnel. Dire que le monde est rationnel, c'est dire que tous les événements qui se produisent sont le résultat d'un enchaînement de cause et d'effets. Autrement dit, que tout ce qui arrive doit arriver. La plupart du temps, nous réagissons de manière émotionnelle face aux événements. Nous nous réjouissons quand les faits nous sont favorables et nous nous plaignons quand ce qui arrive contrarie nos désirs ou nos attentes. Mais nous ne voyons pas qu'en nous comportant ainsi, nous nous condamnons à la déception. Nous nous condamnons à une vie de souffrance. En désirant que les événements nous soient favorables, nous nous rendons esclaves des événements. Nous faisons dépendre notre bonheur de ce qui précisément ne dépend pas de nous. Les stoïciens nous invitent à adopter une attitude rationnelle face aux événements. Comprendre que tout ce qui arrive a une raison d'arriver et l'accepter. Car alors, j'accède à la paix intérieure. Je goûte à la joie de l'harmonie avec le monde. Dès l'aurore, dis-toi d'avance, je vais rencontrer un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste. Pour les stoïciens, la cause de notre souffrance se situe dans nos attentes vis-à-vis du monde extérieur. Ainsi, nous faisons dépendre notre bonheur de facteurs qui, pour l'immense majorité, ne dépendent pas de nous. La conséquence de cette attente, c'est que lorsque les événements n'obéissent pas au scénario idéal que nous espéries, nous souffrons. Or, les stoïciens nous rappellent que le monde est ainsi fait, décevant et imparfait. Et que vouloir que le monde soit sans défaut, c'est vouloir que le monde ne soit pas le monde, ce qui est insensé. De même, la nature humaine est criblée d'imperfection. L'égoïsme, l'orgueil, la méchanceté, l'hypocrisie. Et nous devons faire avec. Nous devons l'accepter. Car vouloir que la nature humaine ne soit plus la nature humaine, c'est vouloir quelque chose d'impossible. En nous préparant mentalement à côtoyer les défauts du genre humain, nous nous déchargeons des émotions négatives liées à l'inaceptation de ce qui ne peut être changé. La raison veut décider ce qui est juste. La colère veut qu'on trouve juste ce qu'elle a décidé. L'âme humaine est le théâtre d'une lutte entre deux forces, la raison et les émotions. Les émotions que les stoïciens nomment les passions troublent notre jugement. Elles nous font prendre les choses personnellement, nous rendent hostiles ou complaisants, nous portent à l'exagération ou à l'atténuation. Bien souvent, nous croyons juger les choses de manière rationnelle alors que c'est une émotion qui guide notre raisonnement. Nous sommes persuadé d'être dans le juste parce que nous ne faisons qu'un avec l'émotion qui nous anime. Il en va ainsi de la colère qui nous fait perdre tout recul sur les choses et qui cherche à s'imposer au détriment de la raison. Lorsque nous sommes en colère, nous refusons toute nuance, toute concession envers l'objet de notre colère. Les émotions nous empêchent de voir la réalité telle qu'elle est ceant, elles nous conduisent à prendre de mauvaises décisions. Des décisions qui se retourneront ensuite contre nous, alimentant ainsi le cycle de la colère et du sentiment d'injustice. Pour les stoïciens, la colère est l'une des émotions les plus néfastes. Car en plus de nous détourner de la voix du juste, elle fait de nous la première victime de ses effets. Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur les choses. Lorsque nous souffrons, nous attribuons spontanément l'origine de notre souffrance à une cause extérieure à nous. Si je suis en colère, c'est parce qu'on m'a mis en colère. Si je suis déçu, découragé ou déprimé, c'est parce que telle personne m'a trahi, parce que les gens sont méchants ou parce que l'univers est contre moi. Les stoïciens répondent à cela que ce ne sont pas les choses qui nous affectent, mais la manière dont nous réagissons aux choses. Ce n'est pas la trahison de mon ami qui me fait souffrir, c'est la colère que j'éprouve envers lui. Or, je suis seul responsable de ma colère. Nous ne sommes pas responsables de ce que font les autres. Par contre, nous sommes entièrement responsables de la manière dont nous réagissons à ce que font les autres. Seul ce qui dépend de nous est de notre responsabilité. Et rien de ce dont nous ne sommes pas responsables ne saurait nous être imputé. Rien de ce dont nous ne sommes pas responsables ne saurait nous affecter. Cette citation est à mettre en parallèle avec la phrase de Marc Aurel qui disait : "Considérez les occasions où votre chagrin et votre colère vous ont causé plus de souffrance que les faits eux-mêmes. En apprenant à séparer les choses du jugement que nous portons sur ell, nous nous libérons du trouble lié à ce qui ne dépend pas de nous. L'hémeraude ne perd pas de sa valeur faute de louange. Nous sommes tous animés par un désir de reconnaissance. Lorsque nous faisons quelque chose de bien, d'utile ou d'admirable, nous aimons recevoir des compliments qui viendront confirmer la valeur de nos actes et par prolongement notre estime de nous-même. À l'inverse, rien ne nous est plus insupportable que l'ingratitude, l'inattention à nos efforts et l'absence de remerciement. Ce désir de reconnaissance traduit notre besoin de nous sentir important aux yeux des autres. Mais en nous comportant ainsi, nous faisons dépendre notre valeur du jugement d'autrui, c'est-à-dire de quelque chose qui ne dépend pas de notre volonté, ni même de nos actes. Il ne dépend pas de nous que les personnes que nous côtoyons soient sensibles à nos qualités, attentives à nos efforts ou conscientes de notre valeur. Et vouloir le leur reprocher, c'est considérer que leur jugement a plus d'importance que la réalité. L'émeraude ne perd pas de sa valeur faute de louange comme nous ne perdons pas de notre valeur faute de compliment. L'accepter c'est se libérer du besoin de reconnaissance qui nous rend dépendant du jugement des autres. Quand tu auras désapris à espérer, je t'apprendrai à vouloir. Espérer, c'est désirer ce qui ne dépend pas de nous. Vouloir désirer ce qui dépend de nous. L'espoir est souvent perçu comme un sentiment positif, comme un moyen de supporter les difficultés en attendant des lendemains meilleurs. "L'espoir fait vivre", dit le proverbe. Or, les stoïciens nous font remarquer qu'espérer, c'est compter sur la survenue d'un événement qu'il ne dépend pas de nous de faire advenir. espérer, c'est se placer dans la situation de dépendre de facteurs qui nous sont étrangers au lieu d'agir sur ce qui dépend de nous, de modifier ou de provoquer. L'espoir est une projection de l'esprit. Au contraire, la volonté est une force d'action. Espérer, c'est jouer à la loterie avec la réalité et c'est être déçu quand la réalité ne sort pas les numéros sur lesquels nous avions misé. Vouloir, c'est se donner les moyens de créer les numéros. que nous souhaitons voir sortir. Pour les stoïciens, nous devons remplacer l'espoir par la volonté. La volonté étant fondé sur la conscience de notre pouvoir d'influence et non sur les caprices du hasard. Nous avons la capacité de faire advenir certaines choses et pas d'autres. Nous avons la capacité d'influencer le monde dans la limite de notre rayon d'action. Seul importe ce qui dépend de nous. Et ce qui dépend de nous doit être soutenu non par nos espoirs, mais par notre volonté. Tout ce qui est possible à l'homme ne peut être au-dessus de tes forces. Le stoicisme est une philosophie de la lucidité. Être lucide, c'est voir la réalité de manière rationnelle, sans y projeter ni la lumière de nos espoirs, ni l'ombre de nos appréhensions. Or, notre conception de ce qui est possible et de ce qui ne l'est pas porte souvent l'empreinte de notre pessimisme. Nous baissons les bras avant même d'avoir commencé. Nous nous avons vaincus sans même nous être donné une chance de réussir. Pourtant, nous connaissons tous des personnes qui ont su surmonter les obstacles pour réaliser ce qui à première vue semblait impossible. Ces personnes sont la preuve qu'il existe un écart entre ce qui nous semble possible et ce qui est possible. Cette citation de Marc Orel est un appel à la conscience de notre pouvoir d'action. De la même façon qu'il est illusoire de vouloir changer ce qui ne dépend pas de nous. Il est tout aussi insensé de ne pas voir les choses qui dépendent de nous et que la seule chose qui nous sépare d'elles, c'est notre volonté d'agir. Loin d'être une philosophie de la passivité face aux événements, le stoicisme est une philosophie de l'action consciente. Agir en sachant distinguer ce qui ne dépend pas de nous et ce que nous avons le pouvoir de changer. Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé, le courage de changer ce qui peut l'être et la sagesse de distinguer l'un de l'autre. Que doit-on accepter ? Ce qui ne dépend pas de nous. Car refuser ce qui n'est pas en notre pouvoir de changer, c'est se condamner à une vie de malheur. Que peut-on changer ? ce qui dépend de nous, ce sur quoi nous avons un pouvoir d'influence par nos actions, par nos paroles ou nos décisions. Ces principes possèdent une telle évidence logique que les formulés s'apparentent à une offense contre l'intelligence. Et pourtant, nous repoussons ces principes comme si leur simplicité ne parvenait pas à satisfaire notre besoin de compliquer les choses. Comme si le fait d'intellectualiser des choses simples nous procurait un sentiment de sagesse. Pour les stoïs, la véritable intelligence ne se situe pas dans le fait de rejeter des principes évidents, mais dans notre pouvoir de discerner là où il s'applique et là où il ne s'applique pas. La véritable intelligence est d'ordre pratique. Elle concerne notre rapport à la réalité concrète de l'existence. Être sage, c'est faire primer la lucidité et la raison sur nos choix et nos actions. L'important n'est pas ce qu'on a fait de nous, mais ce qu'on fait de ce qu'on a fait de nous. Cette citation n'a pas pour autosophe stoïcien, mais un philosophe contemporain, Jean-Paul Sartre. Sartre est le fondateur du courant existentialiste, une école de pensée qui affirme que l'homme est absolument libre et qu'il n'est soumis à aucune autre contrainte que celle qu'il se donne à lui-même. Pour Sartre, l'existence humaine est une succession de choix et chaque nouvelle seconde de notre vie nous met face à une infinité de choix possibles. Quel rapport avec le stoicisme ? Et bien comme les stoïciens, Sartre nous montre que l'homme est maître de son destin. Il n'a certes pas le pouvoir de changer ce que la vie a fait de lui, mais il a le pouvoir d'agir sur ce qui dépend de lui ici et maintenant. Vous n'êtes pas libre de modifier votre passé, mais vous êtes libre d'agir au présent pour façonner votre avenir. Le stoicisme est une philosophie qui rend à l'homme son pouvoir de maîtrise. Ce pouvoir de maîtrise n'est pas un pouvoir de toute puissance. Il ne s'étend pas au-delà des limites de notre sphère d'influence. Il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. Mais à trop nous focaliser sur ce qui ne dépend pas de nous, nous en oublions tout ce qui nous est possible de changer en nous et autour de nous. Nous en oublions que personne d'autre que nous-mêmes ne sera l'auteur de notre prochaine action et qu'il ne tient qu'à nous de transformer le possible en réalité. Cette vidéo est maintenant terminée. J'espère qu'elle vous aura donné envie d'explorer plus en profondeur cette philosophie éminemment actuelle qu'est le stoicisme. On se retrouve bientôt pour un nouvel épisode et d'ici là, n'oubliez pas que la philosophie n'a d'intérêt que si elle nourrit votre âme et fait s'élever votre conscience. Je vous remercie.