Une machine à voyager dans le temps sous Paris
2026-07-14 22 min
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Une machine à voyager dans le temps sous Paris

URL : https://youtu.be/Gj9GmTUCi1Y

Si vous habitez à Paris, peut-être que vous êtes actuellement posé devant cette vidéo, installé confortablement dans votre canapé, dans votre petit appartement bien causé. Donc si là tout de suite, par exemple, je faisais une représentation en coupe de votre immeuble, la scène ressemblerait peut-être à ça. Sauf pour une personne sur c d'entre vous. Pour plusieurs personnes parmi vous, le plan de coupe donnerait ceci. C'est un fait documenté. 20 % des immeubles parisiens sont construits au-dessus d'anciennes carrière souterraine vide. Des trous que personne n'a bouché creusé pendant des siècles pour extraire la pierre avec laquelle on a littéralement bâti toute la ville. Pas que Paris d'ailleurs, c'est un truc qui est assez commun. Donc les nonparisiens ne vous sentaient pas exclus. Ce qui veut dire que finalement, il y a pas grand-chose entre votre canapé et des centaines de kilomètres de galeries, de carrière abandonnée, de tunnels, de nappes fréatiques, de réseaux techniques empilés les uns sur les autres depuis l'époque romaine. C'est tellement un gruyère que fun fact, il existe même une brigade de police parisienne dont le seul travail est de patrouiller sous terre. Et tenez-vous bien, il s'appelle les catatafliques. Je rigole zéro. C'est c'est le nom Catflique. Voilà, fin de vanne. Bref, si je vous raconte tout ça, c'était pas juste pour caler l'anecdote des catfliques. Quoique, mais bien parce que cette information qui est a priori assez banale est en réalité le point de départ d'une observation anthropologique très étrange. Ce qu'on observe quand on regarde l'histoire de l'humanité, c'est qu'à chaque fois qu'une civilisation a fait face à un problème qu'elle ne savait plus gérer en surface, elle est descendue. Et ça, c'est absolument pas un hasard. En réalité, cette petite anecdote un petit peu fun en soirée, genre Paris étangères, les catfliques, tout ça, ça pourrait même être une des clés pour comprendre comment faire survivre une civilisation. À chaque fois qu'on s'imagine le futur de l'humanité, genre là, si je vous dis imaginer une ville du futur, il est très probable que vous projetiez des images mentales dans ce style parce que ça fait des décennies que l'humanité s'étend en collisant à peu près toutes les surfaces habitables de la planète, que les gratciels montent toujours plus haut, les banlieux s'étalent toujours plus loin et même récemment, on l'a vu avec la conquête spatiale. Mais la question c'est et si on se trompait complètement de direction ? Et ça c'est pas du tout une idée stupide. Non seulement ça a déjà été fait dans l'histoire de l'humanité, c'est ce qui a permis de transformer la surface, mais ça a même déjà plusieurs fois sauvé notre espèce. En 1692, l'astronome Edmund Ellie aimait l'hypothèse que la Terre est creuse. Pour lui, elle serait en fait constituée de sortes de coquilles concentriques creuses potentiellement habitée par des peuples inconnus. Alors bon, maintenant depuis le temps, on sait quand même que c'est faux hein, même si Julie Verne a rendu l'idée assez sexy, je suis d'accord avec vous. On sait que c'est malheureusement improbable. Sauf que quand on parle de théorie de la terre creuse, on parle souvent en fait des couches profondes de la Terre, des civilisations qui seraient cachées euh des centaines de kilomètres sous la Terre dans des espèces de poches de vie entre deux morceaux de croûte en gros. Mais si on va moins loin, moins profond et ben figurez-vous que en fait l'idée est absolument pas dingue. Je vais vous demander de vous imaginer un truc 2 minutes. OK ? Petit exercice de pensée. Imaginez, vous habitez en Capot, vous ne savez pas où c'est. C'est à peu près au centre de la Turquie. Voilà, petite anecdote pour vos parties de géogisseur. C'est gagné. Vous décidez de faire des travaux chez vous et vous abattez un mur. Très très bien. Jusqu'ici tout va bien. Surprise, derrière ce mur, il y a une salle. Alors, vous entrez et dedans, ah surprise, derrière cette salle, il y a une galerie. Et au bout de cette galerie, il y a une nouvelle salle. et ainsi de suite sur 8 étages réparti sur 85 m de profondeur prêt à accueillir jusqu'à 20000 personnes. Voilà, fin de l'anecdote car c'est une anecdote, elle s'est vraiment passée, c'était en 1963. C'est un habitant qui est juste tombé par hasard sur Dering Kuyu qui est la plus grande cité troglodite découverte à ce jour en rénovant donc son sous-sol. Dedans, les archéologues ont identifié des habitations, des écoles, des étables et même une chapelle. Donc, on a une vraie ville souterraine qu'on estime remonter à 1200 avant Jésus-Christ environ. Maintenant, la question qui vous brûle les lèvres, c'est pourquoi ? Pourquoi est-ce que une civilisation se prendrait la tête ? Parce que c'est compliqué, hein, mais se prendrait la tête du coup à creuser une ville entière sous terre et ferait pas juste une ville à la surface. C'est mon sujet préféré. Merci beaucoup d'avoir posé la question. Personne ne l'a posé mais je vais quand même vous expliquer la réponse, c'est parce que c'est parfois une de meilleure idée que de construire à la surface. Je vous explique, on a beaucoup été habitué à avoir peur de ce qu'il y aurait en dessous de la terre. De manière générale, l'humanité et les sous-sols, c'est une histoire un petit peu euh d'amour haine, genre une fascination un petit peu bizarre, même en mettant de côté les gars qui font de l'aspéléologie, qui se retrouvent coincés dans des trous là, tout seul comme des grands par ailleurs, personne leur a demandé d'aller faire ça, mais c'est un hobby. OK. Par exemple, chez les Grecs, on associe les profondeurs au tartare. C'est une sorte d'abîme sans fin où sont enfermés les dieux déchus et les héros bannis. Et grosso modo, tout ce qui est considéré comme beaucoup trop dangereux pour vagabonder librement à la surface. Donc c'est pas cool. On y trouve par exemple Chronos, le roi des Titans connu entre autres pour avoir émasculé son père avec une fau sympa. Toujours mieux que de faire de l'aspect léologie comme Obi selon mon avis. Chez Platon, en revanche, le souterrain c'est l'ignorance. Il y a la fameuse allégorie de la caverne. Je pense que vous connaissez assez bien. C'est vous savez des humains qui sont enchaînés au fond d'une grotte et qui prennent les ombres projetées sur le mur devant eux. pour la réalité parce que bah ils sont jamais rien vu d'autre, ils ne connaissent que ça. Pour Dante au 15e siècle, plus on s'enfonce sous terre et plus on trouve le pire de l'humanité tout simplement. Bref, ce que je veux dire, c'est que très souvent les histoires de souterrain dans la culture populaire, c'est pas hyper good vibes et ça peut paraître surprenant de se dire que des civilisations puissent vouloir aller habiter là-bas. Et pourtant, on a trouvé des villes souterraines similaires dans la région, ce qui est la preuve qu'on a déjà réussi à vivre sous terre et même qu'on l'a envisagé plusieurs fois. Pour en revenir au cas de Dering Kuyu, c'était même la meilleure stratégie. En fait, la ville aurait été construite pour protéger les populations en cas d'invasion à la surface qui était très courante à l'époque. Et là, on pourrait se dire "OK, Derin Kuyu, c'est intéressant mais c'est un cas isolé." Une civilisation particulièrement paranoïque en Anatolie à une époque particulièrement violente. C'est pas un cas d'école. Sauf que sa dans le temps, cette fois-ci, on est à Rome au 6e siècle avant notre ère. Et Rome a un problème. Rome s'est construite en fait sur des marécages. Et vous savez ce qui est pas ouf dans la vie ? faire de la spéléologie comme Oby et construire une ville sur des marécages, grosso modo. Ce qui veut dire que l'eau stagne partout dans les rues ou les maisons, dans le forum, partout. Et qui dit au stagnance dit moustique et qui dit moustique dit paludisme. Et qui dit paludisme dit que certains historiens estiment qu'aujourd'hui la malaria a tué plus de Romains que toutes les guerres de l'empire réunies. Voilà. Alors la question c'est qu'est-ce qu'on fait ? Et ben on descend, on creuse la précisément la Cloaka Maxima. Je vous en avais déjà parlé, c'est le grand égout de Rome, un tunnel monumental qui draîne les marécages et qui évacue les eaux usées dans le Tibre. C'est l'un des premiers grands ouvrages souterrains de l'histoire urbaine et accessoirement, c'est une dinguerie d'ingénierie. Et d'ailleurs, une partie fonctionne encore aujourd'hui, 2600 ans plus tard. Si on remet en perspective, ça veut dire que ce tunnel a survécu à la chute de l'Empire, aux invions barbares, à la Renaissance et au bombardement de la Seconde Guerre mondiale. Avançons. Cette fois-ci, on est à Londres en 1858. La ville est en pleine crise. Il y a un énorme drama. Il se trouve que c'est une crise plutôt olfactive. On appelle ça l'épisode de la grande puanteur. Pareil, je vous en avais déjà parlé dans un épisode précédent. Euh pour rappel, c'est la TIS qui était tellement chargée en déchets humains que le parlement doit interrompre ces séances parce que bah les parlementaires ne supportaient carrément plus du tout l'odeur. On a les rideaux qui étaient imbibés de chlore à l'époque pour essayer de masquer la puanteur mais quoi qu'il arrive c'était vraiment une catastrophe. Voilà euh sanitairement et diplomatiquement c'était vraiment compliqué et c'était dû à la surpopulation de la ville. d'ailleurs sur population qui entraînent plein d'autres problèmes, pollution atmosphérique, circulation bouchée, les mêmes problèmes que on a aujourd'hui finalement dans les grandes lieux. La solution arrive 5 ans plus tard, en 1863 avec le Métropolitane Railway. C'est le premier métro souterrain au monde. Alors pour nous aujourd'hui, c'est un petit peu normal. Vous allez faire OK métro. Mais faut remettre dans le contexte, l'idée à l'époque, elle paraît complètement délirante. Faire circuler des trains à vapeur dans des tunnel fermé sous la ville pour les gens de l'époque, c'est soit du génie, soit c'est un suicide collectif. Bon, on sait pas trop encore mais on va tester. Voilà. Sauf que ça fonctionne, ça fonctionne même très bien. La surface se fluidifie, la ville respire et d'ailleurs le modèle va être copié par toutes les grandes villes du monde après ça. Et là, on a un pattern qui commence à se dessiner. On a Dering kouyu avec l'invasion imminente en surface. Donc qu'est-ce qu'on fait ? On descend, on survit. On a Rome avec l'épidémie en surface. Donc qu'est-ce qu'on fait ? On descend, on assaignit. Londres pareil, assixi en surface, on descend, on respire. À chaque fois, la surface atteint une sorte de limite liée au fait que la sédentarité, bah c'est dur à gérer quand on est autant d'humains dans un même petit endroit concentré. Et à chaque fois, la solution ne vient pas sur le fait de s'étaler encore plus ou de monter, elle vient d'en dessous. Et il se trouve que euh en ce moment même sous Paris et banlieu des centaines de personnes sont actuellement en train de creuser 200 km de tunnel. C'est la distance entre Paris et Tour mais centralisé dans l'Île-de-France. Voilà, ça c'est le projet du Grand Paris Express. Et donc là, la prochaine question, si vous suivez bien, c'est euh bah en 2026, qu'est-ce qu'on peut bien ne plus savoir gérer en surface et pourquoi est-ce queon est obligé de développer ça sous nos pieds ? Alors, le premier problème, vous le subissez d'ailleurs peut-être tous les jours si vous habitez en Île-de-France, c'est pas que on est trop nombreux, c'est que tout converge vers Paris. On est une société sédentaire et capitaliste. Et les grandes villes et bien c'est trop stylé pour coller exactement à ce modèle- là sur le papier. Mais d'un point de vue civilisationnel ou d'optimisation, c'est merdique. C'est vraiment une très mauvaise idée. Les emplois, les universités, les hôpitaux, tout rayonne depuis le centre. comme une étoile. Vous pouvez passer 2 heures dans les transports pour aller travailler à 20 km de chez vous. Tout ça parce que les banlieux sont hyper mal connectés entre elles. On a beau avoir des moyens de transport, un chouya plus performant que les charrettes et les chevaux et les trains à vapeur, pour aller de Versailles à Roissie sans passer par Paris, bon courage. Deuxième problème et ça c'est plus compliqué, c'est toujours pas le nombre de personnes, c'est la crise climatique. Et là, c'est la même logique qu'à Londres en 1863. Désengorger la surface pour la rendre respirable, c'est une problématique très difficile à gérer. Sauf que fun fact, on n'est pas à Londres et on n pas du tout en 1863. C'està-dire que il y a beaucoup de gens. On parle maintenant de 14,2 millions de tonnes de CO2 économisé d'ici 2050 si les gens prennent le métro plutôt que la voiture. Donc c'est même pas une question de il y a trop de monde en surface, c'est que il faut aussi optimiser comment est-ce que le monde en surface se déplace. Et donc c'est pour ça qu'on s'est encore remis à creuser et qu'on a le projet du Grand Paris Express. Alors je vous vois venir. Oui Charlie, merci. Mais le métro parisien ça existait déjà ? Oui, je sais. Mais là, avec les lignes 15, 16, 17 et 18 et le prolongement de la ligne 14, le but en fait du Grand Paris Express, c'est pas juste de rajouter des lignes, c'est de résoudre des soucis d'inégalité territoriale et de mobilité sans raser tout un quartier ni creuser des tranchées sur des dizaines de kilomètres. Voilà, juste en passant par en dessous. Voilà. Et quand je dis par en dessous, je veux dire par en dessous en dessous. Parce que oui, le truc c'est que le métro parisien, il circule entre 8 et 15 m de profondeur à peu près. Le Grand Paris Express, en plus d'être un métro ultra moderne qui roule à plus de 100 km/h, il descend entre 15 et 55 m de profondeur. Donc on est deux à trois fois plus profond. Par exemple, la gare de Saintmortcréteil va être la plus profonde d'Europe. Donc là, on se dit "Oh waouh, trop cool ! Encore une fois, le sous-sol va résoudre tous les problèmes. Ça va changer nos quotidiens, rendre la surface plus connectée, nos quartiers plus verts et piétonnés et sauver les humains de la crise climatique. Sauf que on a un autre problème, un problème historique. Pour comprendre pourquoi, il faut remonter au Moyen-Âge. En gros, pendant des siècles du 12e au 19e siècle, Paris s'est littéralement construite avec son propre sous-sol. C'estàd que la pierre calcaire avec laquelle on a bâti Notre Dame et ben elle vient de là. On a juste creusé, on l'a prise, on l'a mis au-dessus. Voilà le plâtre des façades osmaniennes, même chose, c'est extrait directement sous mon martre avec les les buts de chaumon, les fameuses. Donc les buts de Chaumon. Oh, tu vas énerver tous les tous les gens disent dont moi. OK. OK. Bon, excusez-moi, pardon les Parisiens, les buts chômagons, les buts de chômage quand on les appelle. OK. les buts chô mais moi je suis parisienne que depuis 3 ans. Je me sens d'ailleurs très illégitime de faire cette vidéo mais vous m'en voudrez pas. OK. Voilà les but chum. Bref, pendant 700 ans, grosso modo, on a arraché les entrailles de la ville pour construire la ville. Ce qui fait que résultat, on a un sous-sol parisien qui ressemble à ça. Des centaines de kilomètres de galeries vide, d'anciennes carrières abandonnées, de nafréatiques, de réseaux techniques empilés les uns sur les autres depuis des générations et évidemment les catapliques. Un gruyère géant ou plutôt un ément mental si on veut être précis. en vi la Suisse. Bref, et le truc c'est que ce gruyère et mental pendant longtemps, on ne savait même pas vraiment comment le cartographier, ce qui a eu des conséquences très directes. Le 17 décembre 1774, rue d'enfer, donc l'actuelle avenue d'enfer Rochera le sol s'ouvre. Des immeubles entiers s'effondrent dans le vide laissé par une ancienne carrière. Ce sera le premier effondrement catastrophique documenté et absolument pas le dernier. Car en effet, en 1961 à Clamar, un quartier entier a été englouti. Il y a eu en tout 21 morts. Voilà. Alors, évidemment, je vous raconte ça, on ne veut pas que ça arrive à nouveau aujourd'hui, ce serait vraiment très problématique. Donc, on a une brigade de 11 personnes. On n'est pas sur le catquad. Cette fois-ci, c'est d'autres personnes. D'accord. Donc les inspecteurs des carrières, ils passent leur journée sous terre à vérifier grosso modo que ça tient. Il vérifient chaque endroit de manière très routinière. Et donc voilà le défi réel du projet Grand Paris Express. Il s'agit pas juste de se dire "On va creuser 200 km de tunnel parce que ça va être super pour toutes les personnes qui vivent en banlieu". Non, ça à la rigueur. Même moi vous me filez assez de tune, je connais deux trois gars, ça peut s'arranger. Il s'agit de creuser 200 km de tunnel au-dessus des nafs fréatiques à travers des carrières dont certaines ne sont carrément pas cartographiées parce que rappelle, on n' pas fini de cartographier sous des immeubles habités où il y a des gens et sans que rien ne bouge en surface. Voilà, parce que nous on voit ça, on est en mode "Ah, l'Île-de-France faire un nouveau réseau métro." On est en mode "OK, très bien, pourquoi pas C'est très compliqué, très compliqué. Alors, comment est-ce qu'on fait ça ? Comment est-ce qu'on creuse 200 km de tunnel dans un gruyère vieux de 2000 ans sous des immeubles habités sans rien faire s'effondrer ? Et bien figurez-vous que des scientifiques se sont penchés sur cette question qui est en fait bien plus complexe que tout ce qu'on peut imaginer. Et la réponse s'appelle Virginie. 100 m de long, 10 m de diamètre, 1600 tonnes. Virginie avance à raison de 10 à 14 m par jour, ce qui est dans notre référentiel humanoïde pas franchement très impressionnant. Mais ça concerne assez peu Virginie qui est une foreuse géante, un tunnelier qui se fiche éperdument que vous la trouviez lente. Maintenant, j'ai une question pour vous. Pourquoi est-ce que Virginie s'appelle Virginie ? Et bien parce que tous les tunneliers du Grand Paris Express portent des prénoms féminins. Virginie, Florence, Sarah Malala, une quarantaine en tout pour creuser l'ensemble des nouvelles lignes de métro. À son pic, le grandpare Express a vu plus de 20 tunnelers creuser simultanément, ce qui est un record en Europe. Je crois qu'il y a que la Chine qui a dépassé ce chiffre. Et là, la question c'est pourquoi des prénoms féminins ? Et non, c'est pas une politique de communication ou un truc borderline sexiste comme les I. Ça remonte en fait à une tradition vieille de plusieurs siècles liée à une femme dont la plupart d'entre vous n'ont probablement jamais entendu parler et qui s'appelait Barbara. Barbara aurait vécu au 3e siècle sous le règne de l'empereur Maximien. Donc c'était il y a très longtemps. Une époque où être chrétien en public c'était globalement pas une très bonne idée. Ça l'aspect léologie. Donc Barbara choisit quand même de réaffirmer sa foi contre la volonté de son père qui finit donc par l'exécuter de ses propres mains. Immédiatement après, la foudre le frappe et Barbara devient donc sain barb. Je suis désolée, ça fait vraiment sain barb pour le fun. Je veux dire Saint Barb, patronne de tous les métiers liés au feu, aux explosifs et à l'électricité. patronne des mineurs. Donc ça c'est juste ici. Tous les gens qui travaillent dans les tunnels, on en une à l'entrée d'un tunnel et il y a certaines personnes si elle y est pas, ils vont pas rentrer. Et donc depuis par tradition, on baptise les grandes foreuses de noms de femmes en son hommage. La Virginie donc c'est Virginie Guilluyot, première femme à avoir commandé la patrouille de France, chevalière de la Légion d'honneur. Il y a Florence, donc ça c'est Florence Cocan, ingénieur de la société des grands projets, l'établissement public qui pilote d'ailleurs la réalisation du Grand Paris Express. On a Sarah pour Sarah Uramoun. la boxeuse française la plus médaillée à ce jour. Voilà, anecdote gratuite parce que je trouve ça quand même très stylé, que le projet d'infrastructure le plus ambitieux d'Europe soit creusé par une trentaine de machines qui portent les noms de femmes exceptionnelles dans la continuité d'une martyre du 3e siècle qui avait des dad issues. Bref, Virginie avance. Donc on est à 10 à 14 m par jour entre 15 et 55 m de profondeur selon l'endroit. Donc deux à trois fois plus profond que le métro parisien. OK. Là on se dit super nickel, bah tout roule du coup. Sauf que à des dizaines de mètres de profondeur sous Paris, le calcaire dans lequel Virginie progresse a entre 40 et 48 millions d'années. 48 millions d'années. Et à cette époque, donc il y a 48 millions d'années, Paris était sous l'eau. C'était en fait une mer tropicale peu profonde, pleine de coquillages, de corau de créatures qui n'ont absolument plus aucun équivalent aujourd'hui parce qu'on était il y a 48 millions d'années. C'est encore un fun fact, mais si vous remontez assez loin dans le temps, votre appartement sera probablement au Caraïbe ou en équivalent à ses proches. Ces organismes aujourd'hui, ils sont morts. Ils se sont compressés, fossilisés pendant des dizaines de millions d'années. Et donc, c'est devenu la fameuse pierre quel calcaire avec laquelle on a construit Notre Dame et cetera et cetera. Autrement dit, ce que j'essaie d'expliquer, c'est que quand Virginie avance de 10 m dans cette roche, elle traverse en réalité 2 millions d'années d'histoire géologique par jour. Et euh en 2 millions d'années, il s'est passé beaucoup de choses et donc parfois Virginie tombe sur des trucs, des trésors. Parce que oui, de siècle en siècle, chaque civilisation s'est installée sur les ruines de la précédente. Elles ont enterré leur mort, euh abandonné leurs outils et les fondations de leur ville. Tout ça, ça s'est compressé, ça s'est superposé et c'est devenu enfoui. Du coup, quand on creuse pour construire par exemple une gare, on est assez susceptible de tomber sur les vestiges de peuples qui ont habité les lieux à d'autres époques. Dites-vous que un Rome qui a habité sans aucune interruption depuis 2800 ans, il galère à faire avancer les travaux de certaines lignes de métro parce que il y a tellement de découvertes archéologiques à chaque maître. Sous le Colisée par exemple, ils ont retrouvé des vestiges de la Domus Area, donc le palais qui avait été construit par Néron. Mais ils ont aussi trouvé des puits remplis d'artefact sous le Paladzato Venitia. Euh il y avait des médailles en bronze daté parfois de 1465 et tout. Bref, c'est une merveille mais c'est aussi une galère. Et chez nous aussi, le Grand Paris Express a permis de faire des tas de trouvailles archéologiques. Est-ce que ça c'est la grande joie euh de la loi en fait ? Avant de démarrer des travaux, on vérifie évidemment s'il se cache pas des trucs sous les couches qu'on s'apprête à détruire. Helle par exemple. Donc là sur le chantier de la ligne 16, les opérations d'archéologie préventive ont mis en évidence qu'il y avait peut-être quelque chose et donc les archéologues ont pris le relais. Ils ont passé des semaines à genoux dans la boue, pinceau en main à dégager ce qu'il y avait là depuis 10000 ans. Des outils en silex, des vertèbres de poisson, des fragments de céramiques, des morceaux de hache, trois sépultures dont deux datant de l'âge de bronze et plus de 30000 objets en tout. 300 sur un seul site. Et là, on parle d'objets qui couvrent vraiment 10 millénaires d'occupation humaine du Mésolitique jusqu'au début du 19e siècle, soit autant que toute l'histoire de la civilisation humaine telle que on la raconte habituellement qui sont compressés comme ça dans quelques mètres carrés de banlieu parisienne. Il y a quelque chose d'assez vertigineux là-dedans. pas seulement parce que ça remet un petit peu en perspective l'échelle, la temporalité de tout ce que nous les humains on connaît, de ce qui nous a précédé aussi, mais parce que ça dit quelque chose de précis sur ce que c'est que de creuser. On découvre parfois des vies entières, leurs pratiques funéraires, leur maison bourgeoise du 17e siècle comme la maison des lières à Vitrie et même leur mamouth. Parce que oui, toujours à Vitri, les ouvriers ont trouvé un numérus de 80 cm de long. Un os de mammouth à Paris daté à plus de 13000 ans. 13000 ans sous une ville de banlieu parisienne. Et voilà ce qu'on fait en ce moment sous l'Île-de-France. On construit le futur en traversant tout notre passé. Et c'est là que la question que je me posais en début de vidéo prend une dimension que j'avais pas personnellement anticipé parce que on laisse pas seulement des tunnels et des gares aux génération qui viendront creuser après nous, c'est aussi une partie de notre témoignage à nous, les inégalités territoriales dont je vous parlais au début queon essaie justement de résoudre la crise climatique à laquelle on essaie de de répondre, les choix qu'on a fait et ou qu'on a pas fait en tant que société tout ça ça va s'imprimer dans ces couches de roche. Et dans Milan, si quelqu'un creuse sous la banlieue parisienne pour construire encore autre chose, parce que il y aura probablement encore un truc à construire, disons encore plus de métro, voilà, il va tomber sur nos tunnels à nous, sur nos gares, sur les câbles et les dalles et les armatures en acier des années 2020. et il va se demander exactement comme nous on se demande en regardant l'os de mamouth, qu'est-ce qui se passait là-haut pour que ils aient besoin de faire ça. Je trouve que à l'échelle individuelle, on a un peu dédramatisé le quotidien dans le sens où on se rend même plus compte de tout ce qu'il y a autour de nous et d' quel point c'est des trucs assez dingues en fait. Mais la prochaine fois que vous prendrez le métro sur une des premières lignes du Grand Paris Express qui ouvre d'ailleurs progressivement, certaines sont peut-être déjà ouvertes l'instant que je vous parle, essayez de regarder un petit peu autour de vous. ces murs, ce béton, ses railles. Quelqu'un a passé des mois à les creuser jusqu'à 50 m sous terre dans le noir dans le bruit en traversant des millions d'années de calcaire et des siècles de vie humaine. Et encore avant cette personne et bien il y avait peut-être quelqu'un il y a je sais pas 5000 ans qui vivait là et après on a construit par-dessus. Voilà. Et peut-être que dans 2000 ans quelqu'un d'autre creusera à travers ça et se demandera qu'est-ce qu'on voulait dire, qu'est-ce qu'on a cherché à fuir pour creuser autant de tunnels sous Paris. Donc, est-ce qu'il faudrait pas plutôt penser la ville de demain, nos villes du futur dans cette direction, sous nos pieds plutôt que d'espérer coloniser des espèces qui sont pour l'instant pas vraiment accessibles comme au hasard la Lune, Mars ou l'espace même de manière générale. À Montréal par exemple, il y a déjà des kilomètres de galerie qui forment une véritable ville alternative souterraine pour que des centaines de milliers de Canadiens puissent vivre normalement en cas de grand froid. parce que ça c'est une problématique qui les concerne vraiment très spécifiquement. Mais il y a pas que eux. En Espagne par exemple à Terruel, je dois mal le Teruel, je sais pas, des architectes ont creusé un centre culturel directement sous une place publique histoire de rendre la surface au passant plutôt que de l'encombrer d'un bâtiment supplémentaire. Dans un registre différent à Paris, on a transformé un parking désaffecté pour en faire une ferme à champignons qui produit 100 tonnes de champignons par an. le fameux champignon de Paris. Voilà ce que je veux dire, c'est que investir sous-sol, c'est non seulement pas un sujet chiant que peut-être que vous vous le trouver un peu boring comme sujet, mais en réalité c'est assez fascinant et c'est aussi une manière de protéger et transformer la surface. Par exemple, pour le Grand Paris Express, le truc évident, c'est que ça va rendre les quartiers enclavés plus accessibles. Mais il faut pas aussi oublier tout ce que ça entraîne autour. L'arrivée d'un métro, ça implique de repenser la ville et ses usages. Pouvoir se déplacer en souterrain, ça permet de réduire la place de la voiture, de favoriser le transport à pied et à vélo. En fait, en faisant ça, on crée pas juste plus de transport, on repense complètement nos modes de transport. Ça libère aussi de la place pour la construction de nouveaux logements ou des commerces. Faut imaginer tous ces changements à l'échelle de 68 gares et sur toute l'Île-de-Fance. Bref, comme tous les exemples cités, les grands projets souterrains permettent aussi et surtout d'améliorer la vie en surface et peut-être aussi que le futur est sous terre. Voilà, merci à tous d'avoir regardé cet épisode. Des projets comme celui-ci permettent de financer l'intégralité des vidéos. Donc merci à tous d'avoir regardé jusqu'à la fin. Voilà, je vous dis à très vite pour de nouvelles aventures.

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