Il se déconnecte d'Internet pendant un mois : voic
2026-07-14 13 min
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Il se déconnecte d'Internet pendant un mois : voici ce qui s'est passé

URL : https://youtu.be/Kol7yVC_NZ4

-Je dois pas être le seul

à me sentir pathétique à force de checker mon

cell sans arrêt. C'est plus un choix,

c'est un réflexe. Une mini-dépendance qui,

jour après jour, gruge un peu l'image que j'ai de moi-même. Puis, ça me gosse. Je l'ouvre pour rien, je scroll sans aucune destination, puis ça me vide. On n'en parle pas tant parce

que c'est gênant, mais on est plusieurs

là-dedans à se sentir dans une espèce de dépendance

collective, tolérée normalisée. Alors, pourquoi ne pas essayer

la sobriété numérique? On coupe. Pas juste Instagram,

pas juste Facebook, tout. Plus de GPS pour aller au coin

de la rue, plus de météo dans ma poche. Fini les group chats, les refresh de courriel sans arrêt, les codes QR. Fini YouTube, Reddit, LinkedIn, Twitter, Pornhub, Uber, Netflix Marketplace, DoorDash, Amazon, Zwift, Spotify, TikTok, même Communauto. On arrête tout. Fini la musique

ou des balados non-stop dans mes AirPods, demander à ChatGPT comment régler l'heure sur mon four. Fini Google Chat, Google Meet, Google Agenda, googler si je vais bien, parce que je suis plus capable

de regarder un film sans checker mon cell, plus capable de finir un livre, plus capable

de dormir comme du monde. Toujours joignable,

mais jamais vraiment là. Fait qu'essayons tout débrancher :

un mois sans internet Salut. -Yo, Antoine.

Ça va? -Ça va, toi?

-Yes. Donc, j'ai officiellement

mon nouveau flip phone. Je suis rejoignable. L'aventure peut commencer. Je te donne mon iPhone

que je reprends dans un mois. Ça marche? Non, j'suis pas stressé, mais il y a beaucoup d'inconnu à l'horizon,

je dirais, mais je suis fébrile. Donc, j'suis prêt. On s'en va rejoindre

le journaliste Patrick Lagacé à son studio. Ça fait presque 20 ans qu'il

se penche sur la place du cellulaire dans nos vies. Il a beaucoup écrit

là-dessus, autant sur ses propres angoisses que celles

au sens plus large qui traversent l'ensemble

de la société. Patrick,

tu t'es prêté à l'exercice de la déconnexion

à deux reprises. En 2007,

t'as flushé un BlackBerry que tu jugeais

trop fusionnel. En 2014,

dix jours sans Internet pour La Presse. Qu'est-ce qui a changé entre nos deux expériences? -En 2007, c'était pas

une époque aussi branchée. Ça a pas été si difficile. 2014, là, j'avais un iPhone,

on était dans une époque très numérique, déjà très branchée. J'avais tenu dix jours. Tu fais cet exercice-là,

ce test-là, Jean, dans une époque qui est encore plus branchée. Nos vies sont tellement

dépendantes d'Internet. La pression vient du fait

que ce sont des objets tellement attirants,

tellement séduisants, tellement efficaces. Moi, j'ai jamais fumé de ma

vie, mais je fais des gestes avec mon téléphone

que les fumeurs me racontaient faire quand ils fumaient. Oui, ces machines-là nous

simplifient la vie, mais s'immiscent partout dans nos vies. Ce qui a changé,

c'est le tout numérique. Puis t'es journaliste :

tu peux pas juste t'informer avec Le Devoir sur papier,

le Journal de Montréal sur papier. -Pour ma première fin

de semaine, j'ai regardé presque tout

le Masters à la télé, le tournoi de golf le plus

prestigieux au monde et j'ai appris dans le journal qu'il

est l'un des rares événements sportifs où les cellulaires

sont interdits sur le terrain, autant pour les joueurs

que pour les spectateurs. En lisant ça,

je me suis dit qu'il fallait absolument que je rencontre

le journaliste qui couvrait l'événement, une fois

de retour à Montréal. -Les gens, maintenant,

quand on les regarde sur les lieux de tournoi

ou même à la télévision, les gens, ils ont leur téléphone

comme ça. Ils regardent l'écran au lieu

de regarder en avant d'eux. Ça, c'est dommageable pour le sport. On n'est pas capable de de dire : On va en profiter. On va être connecté

directement à ce qui se passe devant nous. Tandis que les gens là-bas,

maintenant, ont pas le droit d'amener leur téléphone,

voient, apprécient. Ils sont connectés

directement à ce qui se passe devant. Les gens nous disaient comment

c'était agréable, comment on réussit

à déconnecter, il y a des choses plus

importantes dans la vie que tout le temps être

sur un fil Facebook pour voir qu'est-ce qui se passe, tandis

qu'ici, on apprécie le moment. -Ça fait une semaine,

aujourd'hui, que j'ai coupé Internet et honnêtement,

le premier constat, c'est que c'est moins

difficile que ce que j'imaginais. Le plus dur,

c'est pas l'absence d’Internet, c'est tous les réflexes qui restent ceux de mon iPhone. Je sors mon flip phone

pour absolument rien, je tapote sur l'écran,

même s'il est pas tactile, je cherche automatiquement

mon cellulaire au réveil, j'ai des fausses vibrations. Bref, tu catches assez vite

à quel point le cellulaire s'est infiltré partout

dans nos vies, du moins dans la mienne,

dans tous les petits entre-deux du quotidien. Pour bien me sevrer,

j'ai essayé de remplir mes journées au maximum : j'ai vu plein d'amis,

j'ai fait du sport, j'ai écrit, j'ai lu,

j'ai fait full de ménage. Bref, j'ai meublé

chaque temps mort. Sans les notifications,

je prends surtout conscience à quel point on en est

bombardé en permanence. Et quand tout ça disparaît,

il y a une espèce de calme qui s'installe. C'est étrange, mais je me sens

un peu comme en voyage, sauf chez nous. Ce qui m'a surpris aussi,

c'est la réaction des gens autour de moi. Quand j'explique ce que je

fais, beaucoup deviennent presque envieux, jaloux,

comme si décrocher un mois, c'était devenu

vraiment un luxe. J'en parlais avec

des amis, puis ils me disaient qu'il y

avait une certaine gêne à partager son temps d'écran

avec les autres, à dire qu'avant de se

rencontrer, ils avaient passé deux heures

à regarder des reels. Est-ce qu'il y a un tabou

sur notre consommation d'écran ou notre consommation d'Internet? -On commence à avoir

un regard moralisateur. Moi, ça, ça me préoccupe parce

qu'en dépendance, on a eu un regard moral

sur l'alcool, on a eu un regard

sur l'utilisation de drogues. Et là, je me dis : « Oups, est-ce qu'on s'en va vers là? » -Est-ce qu'on est tous un peu

dépendants, aujourd'hui, ou il existe une vraie ligne

de fracture entre un usage normal et un qu'on pourrait

juger problématique? -Oui, il existe

une vraie ligne. En santé mentale,

lorsqu'on parle de dépendance, on va parler d'un problème, donc,

qui va faire souffrir. C'est quelqu'un qui va avoir

perdu le contrôle de sa consommation, quelqu'un qui va

avoir des conséquences sévères en raison de sa consommation

et quelqu'un qui va avoir de l'obsession. On voit dans nos études quand

on demande aux jeunes : est-ce que vous pensez que vous

avez un problème? Des fois, jusqu'à 40,

50 % pensent qu'ils ont un problème.

Or, c'est pas le cas. C'est probablement 3 %. Fait qu'il y a beaucoup de gens

qui sont inconfortables avec leur utilisation,

mais amener des changements, c'est difficile parce que tout

est fait pour que lui, il perde le contrôle. C'est très facile parce

qu'il nous nourrit. On va toujours avoir

quelque chose à regarder. C'est comme sans fin. Devant l'abondance,

on a un peu de difficulté à s'autoréguler et l'humain

est pas fait pour ça. Il y a quelque chose où est-ce

qu'il faut que l'utilisateur reprenne possession. Il faut qu'on arrête de penser

que l'individu seul peut s'en sortir ou peut contrôler. -Clairement,

l'algorithme n'est pas neutre. L'objectif, comme je disais,

c'est d'avoir plus d'engagement. C'est ça, la clé,

puisque l'engagement est fortement corrélé au temps

en ligne, et donc au revenu que la plateforme peut générer. La question de : est-ce

que ça peut changer un jour? C'est surtout si la source

de revenu principale ou le modèle d'affaires

des plateformes change, ça pourrait. Mais tant que c'est de

la publicité ciblée et qui est fortement corrélée au temps

que tu peux passer en ligne, à moins d'avoir

une intervention par régulation ou quelque

chose de plus d'encadrement, j'ai peu d'espoir

pour les adultes qui est d'un coup, quelque chose qui fasse

que toutes les entreprises se disent : « Ce qu'on fait,

c'est inacceptable. » Il faut tous qu'on

change nos pratiques. -Après deux semaines,

je m'habitue au rythme qu'impose la déconnexion. Je sens que je m'éloigne

du rush constant qui vient avec l'économie d'attention. Par contre,

je dois avouer que j'ai connu mes premiers moments d'ennui,

du temps vide que j'ai essayé de meubler sans grand succès. Un autre truc que j'avais

sous-estimé, c'est les écouteurs. C'est fou à quel point ça te

coupe du monde, ça t'isole vraiment

de l'environnement dans lequel tu gravites. L'actualité reste quand

même difficile à saisir. Les nouvelles arrivent

par bribes, déformées, en retard, incomplètes. J'avais pas réalisé à quel

point tout se passe en temps réel, dans le creux de sa main. Lire les manchettes

le lendemain matin, c'est vraiment un autre beat. Ça reste cool,

l'expérience est cool, c'est juste des fois un peu

irritant de toujours être en marge, mais sinon,

on est à mi-chemin, tout va bien, on continue. Je viens tout juste d'aller récupérer mon dossard pour ma

première course de la saison, donc un 10 kilomètres

au parc Jean-Drapeau. Ça fait des années

que je cours. Ça fait des années que je

cours avec une montre qui donne accès à peu près

à toutes les stats inimaginables et je suis vraiment du genre

à les étudier, à courir en fonction d'elles. C'est la première fois que je

fais une course sans ma montre. Ça me stresse un peu, mais ça

fait partie de la game. J'ai couru les dernières

semaines sans. Je me suis un peu habitué,

mais pour une course, c'est jamais pareil,

donc on va voir demain matin. Bon! C'est enfin fini. Je pourrais pas dire que ça a

été mieux que d'habitude, ça a été infernal,

mais, au moins, j'avais aucune idée de ma

vitesse, de mon cœur, de où est-ce qu'on

était sur le « course », fait que j'y suis allé au feeling,

mais le feeling, il a été mauvais tout le long. Sans cell, tu remarques vite

à quel point après une course, tout le monde est direct

collé sur leurs écrans. Les gens ont à peine

franchi la ligne d’arrivée qu'ils sont déjà

sur Strava ou SportStats, à analyser leur rythme, leur

segment et leur classement. Pour ma part, j'ai appris pas

mal plus tard que j'avais finalement couru en 41

minutes, 17 secondes et terminé

neuvième sur 197 dans mon groupe d'âge, ce qui est pas

si pire pour quelqu'un qui courait à l'aveugle. Ça devrait pas être trop tough. Bon, Antoine, j'ai la carte. On s'en va au centre

de réhabilitation CASA, à Saint-Augustin-de-Desmaures,

en banlieue de Québec. Sans Google Maps, sans Waze,

il faut une bonne vieille carte à l'ancienne. J'sais parfaitement

où est-ce qu'on est. Je sais pas on est où. -Les parents sont dépassés, les

jeunes sont addicts là-dessus. J’pense que les réseaux

sociaux, c'est de la dope. Sérieux là. -Le Centre CASA, c'est un centre de traitement des dépendances. Tous les gens qui viennent

ici, c'est parce qu'ils ont perdu le contrôle en quelque

part, puis que les conséquences

de leur comportement d'addiction sont

significatives, puis ils choisissent de se

reprendre en main, puis de changer leur mode de vie. Nous, ce qu'on propose,

c'est un 28 jours fermé où les gens peuvent prendre

un temps de mieux comprendre qu'est-ce qui fait en sorte

qu'ils en soient arrivés là dans leur vie,

en plus de reprendre de saines habitudes de vie,

d'expérimenter une vie de groupe,

de travailler en temps réel, des fois, des enjeux aussi. C'est vraiment plus de faire

le point, prendre un temps d'arrêt,

puis se donner un élan pour repartir sur de nouvelles

bases. Ça fait quelques années qu'on accueille les gens

qui ont des problèmes de cyberdépendance. Ça passe par le jeu vidéo,

les achats compulsifs, la pornographie, la recherche,

la consultation en ligne. Le visage est assez large

parce qu'il y a pas encore de définition ultime

généralisée de la cyberdépendance. J'ose croire qu'on va être

capable de retrouver un équilibre là-dedans,

puis que la technologie redevienne à notre service

plutôt que de se sentir au service de la technologie. -J'suis arrivé ici

un peu désillusionné par rapport à la problématique

que j'avais de cyberdépendance, un peu... J'avais perdu mes repères. -T'étais dans quel

état avant d'être ici? Ça ressemblait

à quoi ta dépendance? -J'étais plus du côté de

l'utilisation à outrance des réseaux sociaux,

beaucoup plus du côté des messageries : Instagram,

Facebook, Messenger, Snapchat et toutes

les applications de messagerie qui existent,

beaucoup trop à l'extrême. J'étais en train de carrément

perdre le fil de ce qui se passait. L'escalade a fait qu'à un moment donné... Moi, j'ai fait plus du côté

d'un appel à l'aide. Qu’on me dise :

« Hey, t'as besoin d'aide, là. » -Mise à jour, semaine 3. Le boulot reste quand même

assez tricky sans Internet, mais j'arrive à m'en

sortir tant bien que mal. Je suis full analogue. J'ai un calendrier papier,

je prends des notes au stylo, je fais mes appels

à l'ancienne. À la maison, ça a

aussi pas mal changé. J'ai un cadran numérique, j'ai un Archie pour les toilettes, j'écoute plus de « records », je cuisine avec des livres

de recettes, j’ai même reçu des lettres. Puis, je prends ici et là

des photos avec mon flip pour m'amuser. Plus le temps avance,

plus la lecture revient, elle aussi, comme un muscle

qu'on réhabitue tranquillement à un autre type d'effort. Par contre, j'ai rien noté

sur la qualité de mon sommeil. La déconnexion,

ça me fait remarquer des trucs que je voyais moins,

comme les flyers collés sur les poteaux de la ville. Grâce à ça, je me suis

retrouvé dans des shows. Je suis allé à une foire

du vinyle, à une manif à vélo, même à une rencontre philosophique sur la question

de savoir si les animaux ont une âme, mais ils ont refusé

de laisser entrer un journaliste, qui donnait

quand même des grosses « vibes » de secte. Bref, une semaine bien remplie

et honnêtement pas si tough. Ce qui me frappe surtout,

c'est à quel point les experts que je rencontre ont une

vision préoccupante du sujet. Demain, je m'en vais voir

le professeur Vincent Gautrais pour comprendre ce que notre

système juridique peut faire ou ce qu'il devrait faire

face à la puissance des plateformes numériques. -Moi, je crois vraiment à

l'action positive du droit pour tenter de contrôler,

notamment, des acteurs qui sont dans des mondes

où tout est possible. Il y a, moi, ce que j'appelle

le modèle Google, c'est-à-dire : on développe,

on met en place et on réfléchit, après, aux effets

que ça peut avoir. Les conséquences financières

d'être premier sur le marché sont tellement importantes

qu'on verra les effets sociaux,

les effets juridiques, après. On construit l'avion en plein

vol, mais je pense effectivement qu'on est rendu

à un moment où il faut arrêter de se faire manger la laine

sur le dos par ces entités qui qui décident ce qu'elles veulent. Je crois que c'est important,

en bout de ligne, que les plateformes soient

responsables, qu'elles s'assurent,

encore une fois, que leurs outils soient

le plus inoffensifs possible. On l'a vu avec

des jurisprudences en Californie : vous

en subirez les conséquences. Il y a pas

de solution unique. Ça va être toujours

un combo de solutions. Il y a une solution qui est

le droit, clairement, qui devrait avoir une prise

de contrôle plus grande sur ces technologies qui ont

des conséquences lourdes. Et puis, il y a aussi,

effectivement, un autocontrôle. On sait qu'on a la capacité

de le faire, mais en fait, on se censure dans son action. Et je trouve que c'est

sans doute très sain de faire ce que vous faites. Moi, je crois beaucoup aussi

à cette capacité individuelle d'agir sur son propre destin. -Mon expérience tire à sa fin. Je me sens serein. Je suis pas si excité,

pour être honnête, à l'idée de retrouver mon cell,

parce que pendant 30 jours, j'ai eu l'impression de vivre

en dehors du rythme général, comme si le monde avançait

sur une autre fréquence que la mienne. Les dernières tendances

algorithmiques me passaient complètement

au-dessus de la tête. Les memes,

les chicanes Facebook, tout ça continuait sans moi. Puis honnêtement,

c'était vraiment cool. C'était simplement un mois, en 2026, sans l'habituel bruit numérique. Sans les plateformes qui remplissent chaque

silence, chaque attente, chaque seconde, dans le fond,

vide de mon quotidien. J'ai compris que tout

débrancher, ça crée pas tant

un isolement, mais révèle surtout tout

le vacarme qu'on finit par accepter comme quelque

chose de normal dans nos vies. Puis peut-être que le plus

troublant là-dedans, ce n'est pas tant qu'on soit

constamment connectés, c'est qu'on a un peu oublié ce

que ça faisait de ne plus l'être.

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